Éclairage

Coronavirus : les systèmes de santé à l'épreuve de la pandémie

Les équipes de Médecins Sans Frontières sont mobilisées face au virus Covid-19.

27/03/2020
© Daro Sulakauri/MSF

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Le 11 mars 2020, l'OMS a qualifié l’épidémie de Covid-19 de « pandémie ». Également appelé « coronavirus », il s'agit d'un nouveau virus contagieux dont beaucoup d’éléments restent encore à comprendre. Le niveau élevé de soins de soutien et de soins intensifs requis a imposé un lourd fardeau à certains des systèmes hospitaliers les plus avancés du monde. Contrairement à la grippe par exemple, il n'y a pas de pré-immunité connue, pas de vaccin, pas de traitement spécifique et tout le monde peut potentiellement être contaminé. Cette épidémie, par ampleur et la rapidité de sa propagation au niveau mondial a un impact énorme sur les systèmes de soins de santé dans les pays touchés.

 

Dans l’état actuel des connaissances, on sait que le Covid-19 est une maladie respiratoire bénigne pour la grande majorité des patients qui le contractent (estimée à 80 % des cas confirmés), mais on note un taux plus élevé de complications assez graves pour les personnes vulnérables (personnes âgées et personnes avec des comorbidités) par rapport à d'autres virus comme la grippe. Selon les données actuelles, entre 15 et 20 % des patients atteints de Covid-19 doivent être hospitalisés afin d’assurer une surveillance continue et une prise en charge étroite. 6 % du total des cas confirmés nécessitent une prise en charge en soins intensifs (environ 30 % des personnes hospitalisées).

2.

2 Prévention

Prévention du coronavirus Covid-19

3.

3 DÉCRYPTAGE

Quelles sont les priorités, les contraintes et les actions de MSF pour lutter contre le coronavirus ? Clair Mills, directrice du département médical de MSF à Paris, revient sur la réponse de nos équipes à la pandémie de Covid-19 en cours. En France, mais aussi en Italie et en Iran, pays violemment touchés par le virus, et également dans les pays où le système de santé est plus fragile.

4.

4 Les repères chronologiques

31 décembre 2019

Premiers cas d'une nouvelle maladie infectieuse respiratoire transmise par les animaux, à Wuhan, en Chine.

9 janvier 2020

Les autorités sanitaires chinoises et l’OMS annoncent officiellement la découverte d’un nouveau coronavirus, le Covid-19.

20 janvier 2020

D'autres pays déclarent des cas de Covid-19, notamment en Asie. L'OMS annonce une transmission possible d'humain à humain.

24 janvier 2020

Premiers cas de Covid-19 en France, au lendemain du confinement de la métropole de Wuhan en Chine.

30 janvier 2020

Alors qu'on dénombre des milliers de nouveaux cas en Chine, l'OMS déclare une « urgence de santé publique de portée internationale ».

19 février 2020

L'Iran annonce deux cas de Covid-19. En quelques jours, le nombre de personnes touchées explose.

21 février 2020

Flambée des cas de Covid-19 en Corée du Sud, qui devient l'un des principaux foyers de la maladie en dehors de la Chine.

23 février 2020

L'Italie est à son tour violemment touchée par la maladie. En quelques jours, des centaines de personnes sont diagnostiquées positif au virus et des villes entières sont confinées en Lombardie, dans le nord du pays.

28 février 2020

L'Afrique sub-saharienne annonce ses premiers cas, quelques jours après l'Amérique Latine.

12 mars 2020

Les premières mesures de confinement sont prises en France face à l'augmentation du nombre de personnes atteintes par le Covid-19.

Situation - L’éclairage

Évolution de la pandémie

Pour suivre la propagation du virus, les chercheurs du Center for Systems Science and Engineering de l'Université Johns Hopkins ont créé une carte interactive qui est mise à jour quotidiennement pour montrer le nombre et l'emplacement des cas de Covid-19 à travers le monde.

Un virus méconnu

La maladie est appelée Covid-19 (abréviation de Corona Virus Disease qui a émergé en 2019). Elle est causée par un virus découvert début janvier 2020 en Chine et identifiée comme faisant partie de la famille des coronavirus. Le virus semble être transmis par des gouttelettes propagées par la toux, qui peut être respiré ou infecter les surfaces que les gens touchent. Ce virus affecte le système respiratoire. Les principaux symptômes comprennent une faiblesse générale et de la fièvre ; de la toux, une pneumonie et des difficultés à respirer à un stade ultérieur. Le nez qui coule et les éternuements, qui sont souvent observés dans d'autres maladies respiratoires comme la grippe ou le rhume, sont largement absents chez les patients atteints par le Covid-19.

Sur la base des données connues à ce jour, un pourcentage important de personnes qui développent une forme grave de la maladie ont besoin d'une hospitalisation à long terme avec des soins très spécialisés. Environ 20 % du nombre confirmé de personnes infectées ont besoin en moyenne de 3 à 4 semaines de surveillance étroite avec un niveau élevé de soins, y compris une thérapie de soutien à l'oxygène. Environ 6 % des cas confirmés deviendront critiques et nécessiteront des soins intensifs spécialisés pendant plusieurs semaines, avec notamment le recours à des ventilateurs mécaniques. 

Immunité et vaccination

« Plusieurs facteurs rendent ce virus particulièrement inquiétant. S’agissant d’un nouveau virus, il n’y a pas d’immunité acquise ; pas moins de 35 candidats vaccins sont actuellement en phase d’étude, mais les avis des experts concordent : aucun vaccin utilisable à vaste échelle ne sera disponible avant au moins 12 à 18 mois. Le taux de létalité, qui n’est par définition calculé que sur la base des patients identifiés, et que l’on peine donc à estimer avec précision, semble se situer autour de 1 %. »

Clair Mills, directrice médicale chez Médecins Sans Frontières dans un entretien daté du 13 mars.

Hospitaliser autant de personnes pendant si longtemps à un niveau de soins aussi élevé représente un véritable défi, y compris pour les systèmes de santé les plus avancés. Médecins Sans Frontières est très préoccupée par les conséquences dans les pays où les systèmes de santé sont fragiles, et qui auront encore plus de difficultés s'ils doivent faire face à un grand nombre de patients atteints par le coronavirus. Et les connaissances sont limitées sur le virus : sa capacité de transmission dans les zones tropicales, la co-infection avec d'autres maladies comme le paludisme, la dengue, la tuberculose ou la rougeole… qui sont des maladies extrêmement répandues.

Un risque majeur pour les systèmes de santé les plus fragiles

Les équipes MSF interviennent dans de nombreux pays du monde pour assurer l’accès aux soins aux populations vivant en situation précaire, et soutenir des systèmes de santé fragiles ou éprouvés par la guerre.  Au risque que ces systèmes soient rapidement débordés par le coronavirus, s’ajoutent les restrictions en matière de voyages qui limitent la capacité de notre personnel international à se déplacer dans différents pays. Dans ce contexte néanmoins, la force de MSF est de pouvoir s’appuyer sur le personnel employé localement qui représente 90 % de son personnel dans les pays d’intervention. Une pression mondiale pèse également sur la production de certaines ressources médicales, en particulier les équipements de protection individuelle des professionnels de santé, dont les masques.

Les activités médicales se poursuivent dans les projets MSF, mais il est difficile de prévoir les capacités futures en approvisionnement de certains matériels essentiels, tels que les masques chirurgicaux, les compresses, les gants et les produits chimiques nécessaires au diagnostic du coronavirus. Un risque de pénurie existe également en raison du manque de production de médicaments génériques et des difficultés d'importation de médicaments essentiels (par exemple les antibiotiques et les antirétroviraux) dues aux mesures de confinement, à la réduction de la production de produits de base, à l'arrêt des exportations, à la réaffectation ou au stockage de médicaments et de matériel pour le coronavirus.

Approvisionnement

« Un des nerfs de la guerre contre le Covid-19 est la disponibilité des équipements de protection, et notamment les masques et les gants utilisés pour les examens médicaux, etc. L’anticipation de pénuries entraîne des réquisitions de la part de nombreux États, qui peuvent tourner en réflexes d’accaparement : dans le contexte actuel, ces équipements devraient au contraire être considérés comme des biens communs à utiliser de façon rationnelle et appropriée, et donc à allouer en priorité aux soignants exposés au virus, partout dans le monde. »

Clair Mills, directrice médicale chez MSF

Dans ce contexte, la protection des patients et du personnel de santé est essentielle, c'est pourquoi les équipes MSF se préparent à d'éventuels cas de coronavirus dans leurs projets. Dans les endroits où le risque de cas est le plus élevé, cela signifie qu'elles doivent s'assurer que des mesures de contrôle de l'infection sont en place, et mettre en place un système de dépistage au niveau du triage, des zones d'isolement et des actions de sensibilisation. Dans la plupart des pays où MSF intervient, les équipes travaillent en coordination avec l'OMS et les ministères de la Santé pour voir comment aider en cas de surcharge liée à des patients atteints du Covid-19 et dispensent des formations sur le contrôle des infections dans les établissements de santé.

Déplacés, réfugiés et migrants particulièrement exposés

MSF est extrêmement préoccupée par la manière dont le Covid-19 pourrait affecter les populations vivant dans des environnements précaires tels que les sans-abri, les personnes installées dans des camps, qu’elles soient réfugiées ou déplacées, en France, en Irak, au Liban, en Grèce ou au Bangladesh, les populations touchées par les conflits au Yémen ou encore en Syrie. Ces personnes vivent dans des conditions difficiles, propices aux épidémies, et leur accès aux soins est déjà réduit.

Les systèmes de santé fragiles de certains pays où nous intervenons ne seront pas en mesure de prendre en charge un afflux important de patients. Les équipes de MSF  continuent de s'assurer que tous les patients sur ses projets actuels sont pris en charge, tout en ayant des équipes médicales préparées à gérer des cas potentiels de coronavirus.

Le personnel de santé en première ligne

Dans ce contexte, il est primordial de préserver l'accès aux soins de santé, tant pour les patients atteints de Covid-19 que pour tout autre patient. Cela signifie qu'il faut veiller à ce que les hôpitaux ne soient pas débordés et que le personnel de santé puisse faire face au nombre de patients nécessitant des soins intensifs, tout en continuant à fournir des traitements à d'autres patients qui en ont également besoin.

Freiner l'épidémie

« À défaut d’arrêter la propagation de l’épidémie, les mesures prises actuellement par de nombreux pays pourraient la freiner, en ralentissant l’augmentation des cas et en limitant le nombre de patients sévères que les systèmes de santé auraient à gérer en même temps. Il s’agit de réduire le nombre de cas mais aussi de les échelonner dans le temps, en évitant la congestion des services d’urgence et de soins intensifs. »

Clair Mills, directrice médicale chez MSF

La sécurité du personnel médical doit être une priorité absolue dans tous les établissements de soins. Le risque d'être infecté pour les travailleurs de santé, en première ligne face au virus, est important, d'autant plus dans des structures submergées et avec des équipements de protection individuelle en nombre limité.

 

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Notre intervention

EUROPE 

En France, en concertation avec les autorités sanitaires, MSF intervient en Ile-de-France auprès des populations les plus vulnérables, comme les migrants, envers lesquelles nos équipes sont déjà actives depuis plusieurs années. Mardi 24 mars, 700 personnes ont été évacuées d'un camp à Aubervilliers près de Paris, où elles vivaient dans des conditions précaires. Elles ont été transférées sur différents sites réquisitionnés en urgence à Paris et en Ile de France. Des équipes MSF sont déployées dans certains de ces sites pour évaluer leur santé et identifier les cas potentiels de Covid-19.

En Italie, MSF a commencé mi-mars des activités de soutien concernant le contrôle de l'infection, la sensibilisation, les soins à distance des patients dans trois hôpitaux en Lombardie, principal foyer de coronavirus en Italie. Dans le centre du pays, nous sommes également présents dans des maisons de repos pour personnes âgées, plus vulnérables au virus.
 

En Espagne, MSF a mis en place deux hôpitaux temporaires près de la capitale, Madrid, gérés par les autorités locales pour prendre en charge les patients atteints du Covid-19. En Belgique, MSF soutient au total 7 sites avec des ressources humaines, des conseils techniques et du matériel. À Genève, en Suisse, nous fournissons un soutien logistique et en gestion de l'hygiène dans les zones où vivent des personnes vulnérables. 

Sur les îles grecques, MSF contribue à mettre en place l'isolement des cas simples dans le camp de Samos et évalue le soutien dont les hôpitaux ont besoin tandis qu'à Lesbos, les équipes ont préparé un plan d'urgence pour le camp de réfugiés de Moria en cas d'épidémie sur l'île.

MOYEN-ORIENT

En Syrie, en Irak, à Gaza, en Jordanie, nous formons le personnel de nos projets réguliers au contrôle et à la prévention des infections face aux risques de propagation du Covid-19 dans la région. 

AFRIQUE

Au Burkina Faso, les équipes MSF sont en contact avec les autorités pour évaluer comment aider à contenir l’épidémie, ainsi qu'à identifier et prendre en charge les malades. 

En Côte d'Ivoire, MSF a soutenu le ministère de la Santé dans un centre de transit de l'aéroport d'Abidjan pour dépister et orienter les passagers présentant des symptômes vers des centre de soins. À Bouaké, des activités de formation des agents de santé et de dépistage aux différents points d'entrée de la ville sont déjà en cours. 

En Afrique du Sud, MSF intervient dans les provinces de Gauteng, KwaZulu-Natal et Western Cape pour lutter contre le virus. Les membres du personnel de MSF aident à la recherche des contacts, au développement et à la diffusion de matériel de promotion de la santé, au désengorgement des établissements de santé. 

Au Mali, MSF soutient la gestion d'une unité Covid-19 à Bamako, dans l'enceinte de l'hôpital où elle gère son programme d'oncologie. 

ASIE

À Hong Kong, notre activité d'éducation sanitaire et de soutien en santé mentale se poursuit pour les groupes vulnérables.

En Afghanistan, MSF dispense une formation de prévention et de contrôle des infections dans la capitale, Kaboul.

Au Bangladesh, des activités régulières dans le camp de réfugiés Rohingya sont en cours. Nous avons mis en place une zone d'attente spécifique pour les patients présentant des symptômes de Covid-19. Dans un de nos hôpitaux, une salle dédiée et des chambres d'isolement ont été mises en place pour d'éventuels patients atteints par le virus.


 

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