Décryptage

La chirurgie en situation humanitaire

La médecine en contexte précaire est au cœur de l’activité de Médecins Sans Frontières, qui prodigue des soins chirurgicaux sur ses terrains d’intervention depuis 50 ans.

08/03/2021
© Yann Libessart/MSF

FOCUS - 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

La chirurgie en situation humanitaire est souvent associée à des contextes de conflit armé et aux opérations sur des populations victimes de blessures de guerre. Ces situations existent mais ne sont pourtant pas les plus fréquemment rencontrées par les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF), qui pratiquent plusieurs types de chirurgie en fonction des contextes :

 

  • la chirurgie générale pour les populations qui n’ont pas accès aux soins ; soit parce que le système de santé est défaillant et les unités chirurgicales inexistantes, soit parce que les opérations sont trop coûteuses. Cela inclut des chirurgies pédiatriques et des chirurgies obstétriques, comme les hernies ou les césariennes. Les césariennes représentent ainsi une part importante des interventions chirurgicales pratiquées par MSF. En 2019, les équipes ont ainsi assisté 27 300 naissances par césarienne.
  • la chirurgie d’urgence dans les zones de conflit, également désignée par le concept de life saving. C'est une chirurgie mobile et réactive. Dans les contextes de guerre, une des problématiques auxquelles fait face MSF est de réduire au maximum le temps et la distance qui séparent les chirurgiens des patients, pour améliorer leurs chances de survie. 
  • la chirurgie dans les zones urbaines ou de conflits de basse intensité. Dans ce cas, les patients sont opérés parce qu'ils ont été victimes de tirs, de coups de couteaux, de violences physiques, d’accidents de la route ou de brûlures. Dans ce type de contexte, la prise en charge relève essentiellement de la chirurgie orthopédique et traumatologique. 
  • la chirurgie reconstructrice, qui consiste à prendre en charge des patients victimes de séquelles de guerre soit parce qu’ils n’ont pas bénéficié de soins appropriés au moment de leur accident, soit parce qu'ils ont été opérés dans des conditions catastrophiques. Elle inclut la chirurgie plastique, notamment pour les grands brûlés.

L’ouverture d’un programme chirurgical nécessite un certain nombre de prérequis (sécurité, approvisionnement, personnel qualifié, niveau d’hygiène minimum et conditions de stérilité) et une évaluation précise du contexte pour adapter les moyens aux besoins des populations et des équipes sur place. La formation du personnel local aux interventions chirurgicales est également un enjeu majeur.

2.

2 Citation

Citation Eclairage chirurgie

3.

3 RETOUR DE TERRAIN

© MSF Janvier 2019

Dans la bande de Gaza, les équipes MSF ont pris en charge des milliers de blessés palestiniens lors de la « Grande Marche du retour ». Ces manifestations ont été organisées par les Palestiniens gazaouis, de 2018 à 2019, pour faire reconnaître leurs droits sur leurs terres, et ont été lourdement réprimées par les autorités israéliennes : plus de 8 000 Palestiniens ont été blessés par balles réelles. Une très large majorité a été touchée au bas du corps et la moitié des blessures étaient des fractures ouvertes.

4.

4 Les repères chronologiques

1976

Première intervention de chirurgie de guerre pour MSF, au Liban.

2005

Conception puis première utilisation d'hôpitaux gonflables par MSF dans la région du Cachemire pakistanais suite à un séisme de magnitude 7,6.

2006

Ouverture d'un programme de chirurgie reconstructrice par MSF à Amman, en Jordanie. MSF ouvre également un programme offrant des soins spécialisés en traumatologie à Port-au-Prince, en Haïti.

2009

Ouverture d'un programme de chirurgie reconstructrice par MSF dans la bande de Gaza.

2012

Ouverture d'un programme de prise en charge des grands brûlés par MSF à Atmeh, dans le nord-ouest de la Syrie.

2014

Ouverture d'un pôle d'urgence au Yémen par MSF, qui comprend le soutien à des services chirurgicaux dans plusieurs parties du pays, notamment à Aden – où MSF a déjà ouvert un centre de traumatologie en 2012 – pour faire face à l'afflux de blessés dû à la guerre civile.

2015

Ouverture d’un programme de prise en charge des grands brûlés à Haïti.

2016

Ouverture par MSF d'un hôpital à Qayara en Irak, pour prendre en charge les urgences médicales et chirurgicales lors de la bataille de Mossoul, visant à reprendre la ville aux mains du groupe État islamique (EI).

2018

Ouverture d'un programme de chirurgie pédiatrique par MSF à Monrovia, au Liberia.

2019

Ouverture d'un nouveau programme de traumatologie dans le nouvel hôpital MSF de Tabarre à Port-au-Prince, en Haïti.

2020

Ouverture d'un nouveau programme de chirurgie à l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans la bande de Gaza, pour prendre en charge les blessés de la « Grande marche du retour ».

Focus

Défis techniques et logistiques

MSF a été confrontée à de nombreux défis pour faire face à la complexité des interventions chirurgicales en situation précaire, forçant les équipes à trouver des solutions technologiques et/ou logistiques innovantes. En situation d’urgence, les équipes MSF se sont longtemps installées dans des structures existantes, voire dans des bâtiments administratifs. Pour améliorer les conditions dans lesquelles les chirurgiens travaillent et ainsi augmenter les chances de succès des opérations qu’ils réalisent, des hôpitaux gonflables ont été mis au point. Fonctionnels pour la première fois au Cachemire pakistanais, après les séismes de 2005, leur système d'utilisation s'est, depuis, constamment amélioré pour être mobilisable à tout moment.

La structure est composée de boudins gonflables qui, une fois déployés, portent un ensemble de tentes et forment un hôpital. Fabriqué en toile de PVC, résistant aux intempéries, chaque module occupe une surface de 100 m2 et est facilement transportable. Transformé en unité chirurgicale, il peut contenir deux blocs opératoires et une salle de réveil. Il peut être acheminé en 48 à 72 heures sur des zones de conflit ou une région touchée par une catastrophe naturelle. Des kits chirurgicaux, véritables « salles d’opérations à emporter », complets et rapides à mettre en place ont également été développés. Dotés de tout l’équipement nécessaire, comme des installations d'éclairage, ils permettent de pratiquer une chirurgie efficace dans des lieux et des contextes qui ne s’y prêtent pas forcément.

Plus récemment, l’association a développé le MUST, une salle d’opération mobile dans une remorque, qui permet aux équipes de se déplacer rapidement en fonction des besoins ou des impératifs liés aux interventions.

© MSF Mars 2018

Des chirurgies en situations humanitaires

Gaza.

Depuis plus de dix ans, MSF soutient des unités chirurgicales et des services post-opératoires dans plusieurs hôpitaux de la bande de Gaza, pour la prise en charge des blessés. En 2018, pendant l’armée israélienne tirait sur des milliers de personnes lors des manifestations de la « Grande Marche du retour » à Gaza , les équipes MSF sont intervenues en urgence, jusqu'à tripler leurs capacités médicales, pour traiter l'afflux massif de patients. 

Interventions

En 2018 et 2019, MSF a assuré, au total, plus de 4 200 interventions chirurgicales à Gaza.  

En août 2020, MSF ouvre une nouvelle unité chirurgicale à l'hôpital Nasser de Khan Younès. Les équipes MSF concentrent leurs activités sur le traitement chirurgical et microbiologique des infections osseuses dues aux blessures, la plupart étant des fractures ouvertes. Dans ce cas, le risque d'infections osseuses est évalué entre 25 et 40 % et la reconstruction osseuse ne peut commencer qu'à partir du moment où la plaie est exempte de toute infection.

Jordanie.

En 2006, MSF met en place un programme de chirurgie plastique, maxillo-faciale et orthopédique à Amman, en Jordanie. Ce programme, ambitieux et innovant, nécessite une organisation humaine et matérielle très importante pour offrir des soins spécialisés de chirurgie reconstructrice aux victimes directes et indirectes des conflits qui sévissent dans les pays voisins (Irak, Syrie, Yémen, Palestine etc.). Une fois arrivés à Amman, les patients peuvent entamer leur chemin vers la reconstruction.

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Yémen.

En proie à une guerre civile depuis 2014, la population yéménite est victime de violents combats en juin 2018, au moment où une offensive militaire est lancée par les forces loyalistes pour reprendre la ville de Hodeidah. MSF a ainsi ouvert en urgence, en août 2018, une unité de chirurgie à Mocha, le long de la ligne de front (Hodeidah-Taïz). En plus des blessés de guerre, l'unité a également admis des cas de grossesses compliquées, nécessitant une chirurgie d'urgence. De nombreux patients ont dû être référés au centre de traumatologie d’Aden, dans le sud du pays, où des équipes MSF ont procédé à des consultations d'urgence et des interventions chirurgicales : 90% d'entre elles étaient pour des blessures liées aux violences

Haïti.
Face à d'importantes manifestations et à une escalade de la violence dans le pays, notamment dans la capitale Port-au-Prince, MSF a rouvert fin 2019 son hôpital spécialisé en soins traumatologiques dans le quartier de Tabarre (ouvert une première fois en 2012 pour prendre en charge les personnes souffrant de blessures traumatiques, à la suite du séisme de 2010). La moitié des admissions à l'hôpital sont pour des cas de blessures par balle, en raison des nombreuses fusillades et violences urbaines dans la capitale. Des consultations de suivi et de physiothérapie en ambulatoire sont également proposées aux patients.

Notre intervention

En 2006, Médecins Sans Frontières ouvre à Amman, en Jordanie, une structure hospitalière spécialisée dans la chirurgie reconstructrice. L'hôpital accueille les blessés de guerre de la région qui n'ont pas accès à des soins chirurgicaux spécialisés dans leur pays.

Depuis 2006, MSF offre des soins spécialisés en traumatologie dans la capitale Port-au-Prince et sa région, en Haïti. Les équipes renforcent leurs activités en 2019 en ouvrant un hôpital de traumatologie à Tabarre, un quartier de la capitale.

Depuis 2007, MSF prend en charge les grands brûlés dans la bande de Gaza, en Palestine. Dans plusieurs cliniques de  Gaza, les équipes MSF proposent des soins de chirurgie reconstructrice, de la physiothérapie et une prise en charge ambulatoire.

Depuis 2012, MSF offre une prise en charge aux grands brûlés dans son hôpital situé à Atmeh, dans le nord-ouest de la Syrie.

Depuis le début de la guerre au Yémen en 2014, MSF apporte une assistance médicale d’urgence aux populations victimes du conflit, avec notamment une prise en charge des blessés de guerre.

MSF offre des soins pédiatriques hospitaliers à Monrovia, la capitale du Liberia. Les équipes MSF travaillent dans le Bardnesville Junction Hospital, ouvert en 2015. Elles offrent des soins pédiatriques, néonatals et chirurgicaux aux populations de la capitale et de ses alentours.

En 2015, MSF ouvre un programme de prise en charge spécialisée pour les grands brûlés à Port-au-Prince, en Haïti.

En décembre 2016, MSF ouvre un hôpital à Qayara pour prendre en charge les urgences médicales et chirurgicales alors que l’offensive sur Mossoul, à 70 kilomètres de là, venait d’être lancée.

MSF recherche des chirurgiens

Pour nos missions de terrain, nous recrutons des chirurgiens de différentes spécialités.

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