Éclairage

Prendre en charge les victimes de violences sexuelles

En temps de paix comme en temps de guerre, l’assistance aux victimes de viol relève souvent de l’urgence médicale et s’accompagne d’un soutien psychologique et social.

09/04/2018
© Marta Soszynska/MSF

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Pendant les années qui ont suivi sa création en 1971, Médecins Sans Frontières n’a apporté qu'une réponse limitée aux victimes de viol. Le premier programme de soins qui leur a été spécifiquement dédié n’a été mis en place qu’en 1999 à Brazzaville, à la fin de la guerre en République du Congo, dans un contexte de viols massifs des femmes déplacées par les forces armées. L’association a depuis développé un ensemble de soins destinés à aider les victimes, en temps de guerre, lorsque la violence sexuelle est exacerbée et souvent commise à grande échelle par des forces armées, comme en temps de paix, où elle est particulièrement prévalente dans des contextes favorisant l’exploitation des plus vulnérables : bidonvilles, camps de réfugiés, extrême pauvreté.

 

L’enjeu de la prise en charge consiste à fournir des soins adaptés le plus rapidement possible après l’agression (traitement des blessures, prévention des maladies sexuellement transmissibles, mise à disposition d’un moyen de contraception d’urgence, soutien psychologique) et à soutenir la victime en fonction des besoins qu’elle exprime (offre d’abris et hébergements provisoires, accès aux services sociaux, aide matérielle, mise à disposition d’un certificat médico-légal, appui à des procédures judiciaires au cas par cas).

2.

2 Sur le terrain

Gisela, dans le bidonville de Buenaventura en Colombie. Elle vivait précédemment dans le département de Choco qu'elle a fui après qu'elle et son fils ont été brutalement violés dans leur maison. Peu après l'agression, elle a découvert que son agresseur lui avait transmis le VIH. Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux victimes de violences sexuelles dans des aires urbaines soumises à la violence comme Buenaventura ou Tumaco. Colombie. 2016.

Gisela, dans un bidonville de Buenaventura en Colombie. Elle vivait précédemment dans le département de Choco qu'elle a fui après qu'elle et son fils ont été brutalement violés dans leur maison. Peu après l'agression, elle a découvert que son agresseur lui avait transmis le VIH. Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux victimes de violences sexuelles dans des zones urbaines soumises à la violence comme Buenaventura ou Tumaco. Colombie. 2016.

©Marta Soszynska/MSF

3.

3 Décryptage

© MSF août 2017

Dans la clinique de Mathare, au Kenya, les portes sont ouvertes 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Situé au milieu de bidonvilles de la capitale, Nairobi, il s'agit du projet dédié aux victimes de violences sexuelles le plus important de MSF.

4.

4 Les repères chronologiques

1997

Découverte de la prophylaxie post-exposition permettant de réduire les risques de transmission du VIH à des personnes exposées.

1999

Ouverture du premier programme MSF dedié à la prise en charge médicale du viol au Congo à Brazzaville.

2005

Ouverture du projet de soutien de l’hôpital de Rutshuru dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, avec un service dédié à la prise en charge des violences sexuelles.

2013

Ouverture d’un programme de prise en charge des victimes de violences sexuelles à Nairobi au Kenya.

2011

Mise en place par MSF et le ministère de la Santé du Honduras d’un service prioritaire de prise en charge des victimes de violences sexuelles à Tegucigalpa.

2015

Ouverture par MSF d’un programme de prise en charge des victimes de violences sexuelles à Port-Harcourt au Nigéria.

2015

Ouverture d’une clinique dédiée à la prise en charge des victimes de violences sexuelles dans la commune de Delmas à Haïti.

Situation - L’éclairage

Une assistance médicale en temps utile

Un viol relève de l’urgence médicale car certaines séquelles peuvent être évitées si la victime est prise en charge dans les quelques heures qui suivent. Soixante-douze heures après l’agression, l’équipe médicale peut administrer un traitement pour éviter une infection par le VIH/Sida. La prophylaxie post-exposition, que le patient doit prendre pendant 28 jours, peut en effet éviter cette infection et ce traitement est d’autant plus efficace qu’il est pris rapidement.

Jusqu’à 120 heures après l’agression, il est possible de prescrire la pilule du lendemain, qui peut permettre d’éviter les grossesses non désirées en arrêtant l’ovulation.

13 800

En 2016, MSF a pris en charge 13 800 victimes de violences sexuelles.

Des maladies comme l’hépatite B ou le tétanos, entraîné par des blessures ou des lacérations liées à l’agression, peuvent aussi être évitées grâce à des vaccinations, et des antibiotiques permettent d’éviter le développement d’infections sexuellement transmissibles (syphilis ou chlamydia par exemple).

Après ce type d’agression, les victimes peuvent être en état de choc, et par la suite elles sont susceptibles de développer des syndromes de stress post-traumatique ou des dépressions. Le soutien proposé par MSF vise également à aider les personnes à qui il arrive de croiser fréquemment leur agresseur, à lutter contre la stigmatisation ou le tabou et à réduire le risque ou la gravité des séquelles psychologiques.

Le caractère d’urgence que revêt la prise en charge des victimes de violences sexuelles, implique de sensibiliser les communautés : bien souvent les personnes ne parlent pas des agressions qu’elles subissent, parce qu’elles ont peur des représailles, d’être stigmatisées ou faute d’accès à des services dédiés. Dans tous les cas, MSF incite les victimes à venir en consultation même si l’agression est ancienne.

Dans beaucoup de programmes MSF de prise en charge des violences sexuelles, la majorité des victimes sont des enfants voire de très jeunes enfants, souvent abusés par un membre de leur entourage. Leur prise en charge impose un protocole de soins spécifiques ainsi que des efforts particuliers pour les soustraire à leur agresseur.

© MSF décembre 2016

Notre intervention

Médecins Sans Frontières offre des soins obstétricaux et une prise en charge des victimes de violences sexuelles à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

Depuis 1996, les équipes de Médecins Sans Frontières travaillent dans les quartiers de l’Eastland de Nairobi, la capitale du Kenya. Elles offrent des soins médicaux aux populations marginalisées et privées d’accès aux soins et une prise en charge pour les victimes de violences sexuelles.

Depuis 2015, Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux victimes de violences sexuelles à Port-Harcourt, dans le sud du Nigéria.

Depuis 2011, Médecins Sans Frontières prend en charge les victimes de violences au Honduras.

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux victimes de violence, y compris sexuelle, en Colombie.

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