Opération

Colombie : prise en charge des personnes victimes de violence

16 février 2018
© Marta Soszynska/MSF

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux victimes de violence, y compris sexuelle, en Colombie.

Les équipes de Médecins Sans Frontières travaillent dans les aires urbaines, comme à Buenaventura , mais aussi dans les régions plus reculées, à la frontière avec le Venezuela notamment, et offrent une prise en charge dédiée, avec notamment des soins de santé primaire et de santé mentale.

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Nuri vend des poissons sur l'un des marchés de Buenaventura. L'un de ses fils a été brutalement assassiné par un gang local il y a 16 ans. Depuis, elle souffre d'attaques de panique, d'anxiété et de symptômes de schizophrénie. Buenaventura, Colombie. Novembre 2016. © Marta Soszynska/MSF

Pourquoi Médecins Sans Frontières intervient ?

Suite à l'accord de paix signé par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et le gouvernement en 2016, une recrudescence de violences a lieu dans plusieurs régions de Colombie depuis fin 2017. La violence reste un problème majeur dans ce pays, et de nombreuses organisations criminelles s’affrontent pour le contrôle du territoire. Actuellement, les populations sont à nouveau en proie à des menaces, des assassinats, des violences sexuelles, des massacres, des déplacements et à l'isolement en raison de conflits entre différents groupes armés. Sur le terrain, nos équipes apportent du soutien aux populations locales. En 2019, Médecins Sans Frontières a effectué  63 700 consultations ambulatoires, 15 200 consultations pour les services contraceptifs, et 10 900 consultations individuelles en santé mentale. Egalement, 460 femmes ont reçu des soins d'avortement sécurisés tandis que 120 autres femmes se sont fait accompagner pour effectuer un avortement dans un hôpital public. 

Malgré tout, les conflits en cours en Colombie continuent de créer des besoins sanitaires, d'urgence comme de longue durée, parmi les communautés rurales. Au cours de l'année dernière, ces violences croissantes ont atteint des niveaux rappelant les pires épisodes de conflit dans le pays.

 

Notre intervention

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux victimes de violence, y compris sexuelle.

Au cours des 15 dernières années, nous avons fourni des soins de santé primaire, mentale, sexuelle et reproductive aux victimes du conflit armé dans des populations isolées de 20 départements du pays. En outre, nous avons formé des promoteurs de santé et des dirigeants, renforcé les hôpitaux et assisté à des épidémies de fièvre jaune, de Chagas, de dengue, de paludisme, de leishmaniose et de chikungunya.

En 2016, les équipes de Médecins Sans Frontières ont offerts de soins de santé mentale à près de 4 000 victimes de la violence des groupes armées et à plus de 700 victimes de violence sexuelle. Médecins Sans Frontières a également mis en place en 2015 une ligne d’assistance téléphonique psychologique confidentielle. Elle permet d’offrir un conseil psychosocial à des personnes atteintes de troubles sévères de santé mentale.

L’association assure également des consultations de santé primaire et mentale dans les zones les plus touchées par le conflit (Antioquia, Chocó, Córdoba et Norte de Santander) avec une équipe d’urgence.

 Buenaventura

En 2020, MSF a achevé le transfert de ses activités à Buenaventura, où nous avions fourni des soins de santé mentale aux victimes de la violence urbaine et des conflits armés, des soins en matière de violence sexuelle et des interruptions volontaires de grossesse pendant les cinq dernières années. 

Buenaventura s’est beaucoup agrandie en très peu de temps : d'environ 50 000 personnes il y a seulement 30 ans, elle est devenue une ville de 400 000 habitants début 2019. Une grande partie de cette croissance est due au conflit (entre les forces gouvernementales et les FARC, les paramilitaires et les bandes criminelles) et aux personnes déplacées par celui-ci.

MSF venait donc combler un important déficit en matière de services de santé mentale pour les victimes de violence en général. L'association fournissait une attention psychologique directe mais aussi par téléphone, ainsi qu'un soutien aux cas psychiatriques.

 

Nariño

Les équipes de MSF sont témoins et traitent les conséquences de la crise se déroulant à Nariño, un département du sud-ouest de la Colombie. L'escalade du conflit en 2019 y a provoqué le déplacement de 14 000 personnes dans la région du Pacifique. En 2020,  les communautés de la région Pacifique de Nariño ont dû se déplacer sept fois à cause des affrontements entre groupes armés pour le contrôle de ce territoire afin de profiter de sa situation stratégique. Les communautés ont également été confinées par des groupes armés et ont subi des massacres. Depuis le mois d'août, MSF se rend régulièrement dans la région pour apporter des soins de santé mentale dans certains des endroits les plus isolés, comme la zone près de la rivière Patia, dans la municipalité de Magui Payan.

Les principaux besoins en matière de santé sont les maladies gastro-intestinales et cutanées, causées par les mauvaises conditions de vie et le manque d'eau et de services d'assainissement. L'impact de la violence et l'absence de sécurité provoquent des sentiments d’insécurité. La santé mentale est un problème important auquel de nombreuses personnes sont confrontées à des niveaux élevés de stress, d'inquiétude et de peur.

 

Frontière avec le Vénézuela

Selon les Nations unies, environ 1,6 million de Vénézuéliens, poussés par la crise économique, ont franchi la frontière avec la Colombie avant la fin de l'année 2019. 600 000 d'entre eux se sont installés dans les départements frontaliers de La Guajira, Norte de Santander et Arauca (chiffres de 2019).

Médecins Sans Frontières intervient auprès des migrants vénézuéliens, dans les villes de Tibú et Puerto Santander dans le district de La Gabarra, à Tame, Saravena et Arauquita, dans le département d’Arauca, ainsi que dans le département de la Guajira, à Riohacha, en soutenant des structures locales ou en ouvrant des cliniques, ouvertes aux migrants comme aux populations locales. Les besoins médicaux des migrants vénézuéliens, qui vivent dans une situation précaire, sont nombreux, et concernent principalement les affections respiratoires, la santé sexuelle et reproductive, ainsi que les soins de santé mentale.

La grande majorité des maladies observées lors des consultations effectuées par les équipes MSF auprès d'enfants et d'adultes sont directement liées au manque d’accès aux services de base, à l'eau potable et à la nourriture.

 

Catatumbo

Dans la région de Catatumbo, dans le Norte de Santander, un projet de MSF a soutenu les établissements de migrants, souvent exclus du système de santé, mais aussi les communautés touchées par le conflit. En juillet 2020, environ 800 personnes se sont réfugiées dans trois écoles après le massacre de huit individus dans la localité de Totumito-Carboneras. Le groupe de déplacés comprenait des Colombiens, des Vénézuéliens et des indigènes Wayuú, et ils ont été déplacés pendant 18 jours avant de commencer à retourner dans leurs villages. MSF a fourni des soins d'urgence et de santé mentale pendant la crise, et ces derniers mois nos équipes ont effectué des visites de suivi en santé mentale à certaines des personnes déplacées.