La sensibilisation, une étape essentielle dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles

Dans la clinique MSF de Mbare au Zimbabwe les psychologues demandent aux enfants de confier ce qu'ils ont subi à des ours en peluche ou de montrer via les peluches sur quelle partie du corps ils ont été abusés.
Dans la clinique MSF de Mbare, au Zimbabwe, les psychologues demandent aux enfants de confier ce qu'ils ont subi à des ours en peluche, ou de montrer via les peluches sur quelle partie du corps ils ont été abusés. ©Julie Remy/MSF

Sensibiliser les communautés est fondamental pour s’assurer que les victimes puissent obtenir l'aide dont elles ont besoin. C’est pourquoi, quand un projet de prise en charge de la violence sexuelle est mis en place, l’étape suivante consiste à diffuser des messages expliquant que des services gratuits et confidentiels sont disponibles, et comment y accéder.

Selon l’enquête démographique et de santé menée au Zimbabwe en 2010-2011, 43% des femmes ont déclaré avoir été soumises à des violences physiques ou sexuelles à un moment donné de leur vie. An Vandeborne, coordinatrice du programme, explique pourquoi et comment MSF a adapté ses activités de sensibilisation à Harare, la capitale.

« Avant 2012, les victimes étaient obligées de signaler les faits à la police, avant même de pouvoir obtenir des soins médicaux, car sans le rapport de police, elles ne pouvaient bénéficier d’aucune aide. Bien que la loi ait changé, environ 90% des victimes se rendent encore au poste de police. Cependant, certaines ne le font toujours pas car, dans la plupart des cas, les agresseurs sont des gens qu’elles connaissent : un parent, un membre de la famille, un employeur... »

En expliquant aux communautés comment accéder aux services de prise en charge, MSF veut encourager davantage de victimes à demander des soins médicaux et psychologiques gratuits, dès que possible après l’agression et sans devoir se présenter au préalable à la police.

Afin de pouvoir mettre en œuvre nos campagnes de sensibilisation, de réduire la stigmatisation et de fournir un soutien aux victimes, il est essentiel de tisser des liens avec les communautés et d'impliquer différents acteurs, tels que les réseaux de soins de santé, la police et les autorités, dans la diffusion de nos messages.

Des brochures aux spots et interviews radio, des présentations dans les écoles au théâtre de rue, les équipes de MSF utilisent plusieurs moyens pour diffuser des messages destinés à réduire les obstacles à l’accès aux soins.

Au contact direct des communautés par le porte-à-porte

Comme l’explique Juliana Nhamburo, conseillère en soins infirmiers dans le projet de MSF à Mbare, à Harare, au Zimbabwe, une campagne de porte-à-porte a ainsi permis d'identifier une jeune victime.

« Une jeune fille avait été victime d’abus sexuels commis par son père sur une longue période quand elle était plus jeune. Mais parce qu’il la menaçait, elle n’avait pas pu parler de ces abus à qui que ce soit. Elle a enfin pu partager son histoire lorsque MSF a mené une campagne de porte-à-porte pour informer les membres de la communauté sur la violence sexuelle et l’importance de bénéficier d’un traitement médical adapté dans les 72 heures suivant les faits.

Suite à cela, et bien que cette jeune fille n’ait pas eu accès au traitement d’urgence dans le délai recommandé, elle a néanmoins pu recevoir un soutien psychosocial et une assistance afin d’accéder à un logement temporaire, situé dans un endroit sûr, au moment où elle engageait une procédure judiciaire. »

Des équipes MSF en pleine séance de sensibilisation sur un marché à Mbare, au Zimbabwe. © Julie Remy/MSF

Des équipes MSF en pleine séance de sensibilisation sur un marché à Mbare, au Zimbabwe. © Julie Remy/MSF

 

La radio, un media extrêmement populaire

À Port Harcourt, au Nigeria, trois stations de radio aident à transmettre l’information sur la disponibilité de soins contre la violence sexuelle. Ce sujet reste clivant, mais l’interview en direct de Clare Brennan, responsable des activités psychologiques, a aidé à briser la glace.

« La radio est extrêmement populaire au Nigeria. C’est un moyen de diffusion très rapide vers des millions de gens. Les animateurs souhaitaient mieux comprendre la violence sexuelle. Chaque semaine, nous avons évoqué un angle différent du problème. Les interviews étaient interactives. Les auditeurs avaient la possibilité d’appeler et d’envoyer des messages pour poser leurs questions ou partager leurs expériences. Nous sommes sûrs que la radio contribue de façon significative à la sensibilisation de la communauté sur le problème de la violence sexuelle ».

Une séance de sensibilisation dans une école à Harare, au Zimbabwe. © Julie Remy/MSF

Une séance de sensibilisation dans une école à Harare, au Zimbabwe. © Julie Remy/MSF

Intervenir dans les universités 

A Port Harcourt, la sensibilisation passe également par des campagnes plus spécifiques comme celle menée dans plusieurs facultés de la ville, en septembre dernier, au début de l’année universitaire. Clare Brennan et Kiera Sargeant, respectivement responsables des activités psychologiques et médicales, ont participé à cette campagne.

« Les étudiantes sont particulièrement vulnérables et sont souvent la cible de violences sexuelles. Nous avons effectué des présentations dans diverses facultés et distribué des affiches et des brochures. Nous avons également organisé des réunions avec les personnels des infirmeries des campus. Par ailleurs, notre équipe a identifié diverses organisations étudiantes afin qu’elles nous aident à disséminer l’information. Nous avons également contacté les commissariats de police situés près des campus. Nous avons pu apprécier les résultats de cette campagne quand nous avons commencé à recevoir des victimes étudiantes.

Ainsi, une jeune fille âgée de 20 ans se trouvait dans sa résidence universitaire quand un groupe de garçons armés a surgi. Ils lui ont dit qu’ils la tueraient si elle refusait d’avoir des rapports sexuels avec eux. Elle a appris l’existence du dispensaire de MSF grâce aux posters qui avaient été affichés sur le campus et elle est venue nous voir pour être soignée. »

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