Décryptage

Prise en charge des victimes de violences sexuelles

Commis dans toutes les sociétés, en toute circonstance et en tout temps, les actes de violence sexuelle sont sont des crimes. Particulièrement complexes et stigmatisantes, les violences sexuelles ont des conséquences graves sur la santé physique et psychologique des personnes qui en sont victimes. Leur prise en charge relève de l'urgence médicale.

08/03/2021
© MSF/Adrienne Surprenant

FOCUS - 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Les viols, les agressions sexuelles, la stérilisation forcée, les mutilations génitales féminines ainsi que les abus et l'exploitation des corps sont autant d'actes de violences sexuelles qui bouleversent la vie de millions de personnes dans le monde. Les victimes sont généralement des femmes, des adolescentes ou des filles, mais il existe aussi une minorité de victimes hommes et jeunes garçons. En temps de guerre comme en temps de paix, les viols et autres formes d'abus sexuels sont utilisés comme moyens pour humilier, intimider, punir, contrôler ou blesser des personnes. Ils peuvent ainsi aisément devenir un instrument de terreur dans des contextes où les populations sont particulièrement vulnérables : sur la route de l'exil ou dans des camps de réfugiés, au sein de bidonvilles ou dans des régions d'instabilité en proie à l'extrême pauvreté. Les actes de violence sexuelle ont des conséquences graves sur la santé physique et reproductive des victimes, mais également sur leur santé mentale

 

Souvent responsables de déchirures et de saignements des fistules vaginales ou anales, les relations sexuelles forcées augmentent les risques d'infections sexuellement transmissibles, en particulier celle du VIH. La prise en charge médicale de grossesses non désirées est également une conséquence des violences sexuelles. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les femmes qui ont subi des violences sexuelles sont deux fois plus susceptibles de se faire avorter, lorsqu'elles n'ont pas accès à des méthodes contraceptives en urgence. L'accès à une interruption volontaire de grossesse médicalisée reste cependant hors de portée d'un grand nombre de femmes et d'adolescentes (restrictions légales, prix élevé, distance à parcourir etc., beaucoup d'entre elles s'orientant alors vers des pratiques d'avortement à risques. Les séquelles psychologiques liées aux traumatismes causés par les violences sexuelles sont immenses : besoin de se décharger émotionnellement, sentiment de honte, peur de récidive de la part de l'agresseur, crainte de la stigmatisation au sein de la communauté... Il est ainsi impérativement nécessaire que les victimes soient médicalement prises en charge dans un lieu sûr

La prise en charge des victimes de violences sexuelles est une composante croissante des projets menés par Médecins Sans Frontières (MSF). 
 

2.

2 En chiffre

Chiffres liés à la violence sexuelle

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3 Court-métrage « Moteur d'espoir »

© Nyasha Kadandara / MSF 2019

Dans la région minière de Sondela, en Afrique du Sud, MSF a mis en place un service d'ambulance composé de huits chauffeurs pour transporter les victimes de violences sexuelles, dont 90% sont des femmes, à la clinique MSF la plus proche, afin qu'elles puissent recevoir des soins d'urgence. En tant que « premiers intervenants » dans la chaîne de l'aide apportée aux victimes, ils reçoivent une formation aux premiers secours psychologiques. 

4.

4 Les repères chronologiques

1997

Découverte de la prophylaxie post-exposition permettant de réduire les risques de transmission du VIH à des personnes exposées.

1999

Ouverture du premier programme MSF dédié à la prise en charge de violences sexuelles, au Congo Brazzaville.

2005

Ouverture du projet de soutien de l’hôpital de Rutshuru dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, avec un service dédié à la prise en charge des violences sexuelles.

2011

Mise en place par MSF et le ministère de la Santé du Honduras d'un service de prise en charge des victimes de violences sexuelles à Tegucigalpa.

2013

Ouverture d'un programme MSF de prise en charge des victimes de violences sexuelles à Nairobi, au Kenya.

2015

Ouverture d'un programme MSF de prise en charge des victimes de violences sexuelles à Port-Harcourt, au Nigeria.

2015

Ouverture par MSF d'une clinique dédiée à la prise en charge des victimes de violences sexuelles dans la commune de Delmas, en Haïti.

2017

Le #Metoo déferle sur les réseaux sociaux pour dénoncer les violences sexuelles partout à travers le monde et permet ainsi une véritable libération de la parole sur un sujet encore tabou.

Focus

Violences sexuelles : une urgence médicale

Certaines séquelles dues aux actes de violences sexuelles peuvent être évitées si la victime est prise en charge dans les heures et premiers jours qui suivent. Là où les niveaux de violences sexuelles sont élevés – Papouasie-Nouvelle-Guinée, Colombie, Venezuela, Honduras, Kenya, République démocratique du Congo (RDC), République Centrafricaine (RCA) entre autres – les équipes MSF sont disponibles 24 heures sur 24 au vu de la nécessité d'un accès rapide aux services de santé d'urgence

Entre 2016 et 2019

les équipes MSF ont fourni une prise en charge médicale à plus de 86 000 victimes de violences sexuelles.

La prise en charge des victimes de violences sexuelles par MSF comprend les activités suivantes :

  • L'administration d'un traitement préventif contre les maladies sexuellement transmissibles, également appelé prophylaxie post-exposition. Il s'agit de médicaments qui préviennent les infections sexuellement transmissibles, telles que le VIH, la syphilis et la gonorrhée. Pour être efficaces, ces médicaments doivent être administrés dans les trois jours suivant les abus sexuels. Ce traitement, que le patient doit prendre pendant 28 jours, est d’autant plus efficace qu’il est pris rapidement.

  • Les vaccinations contre l'hépatite B et le tétanos sont également administrées dans certains cas pour prévenir les éventuelles infections. 

  • L'offre de contraceptifs d'urgence pour éviter les grossesses non désirées. La pilule du lendemain peut être prescrite jusqu’à 120 heures après l’agression sexuelle. 

  • Le traitement des blessures physiques, avec recours à la chirurgie si nécessaire.

  • La mise à disposition de tests de grossesse lors des visites de suivi pour déterminer si elles sont tombées enceintes à la suite de leur viol.

  • Le soutien aux femmes dont le viol a entraîné une grossesse non désirée, pour les aider à gérer leurs décisions et leur fournir des soins et des traitements si nécessaire.

  • L'offre de soins psychologiques

  • La remise de certificats médicaux aux victimes, pour qu’elles puissent faire valoir leurs droits si elles le souhaitent.

  • La mise en place de sessions d'information au sein des communautés sur les conséquences médicales des actes de violence sexuelle et des soins disponibles. 

Dans de nombreux programmes MSF de prise en charge des violences sexuelles, une part importante des victimes sont des enfants, voire de très jeunes enfants, qui ont souvent été abusés par un membre de leur entourage. Leur prise en charge impose un protocole de soins spécifiques ainsi que des efforts particuliers pour les soustraire à leur agresseur.
 

Soutien psychologique aux victimes d’agression

Chez un grand nombre de personnes victimes d’agressions sexuelles, des signes d'anxiété se manifestent, des cauchemars apparaissent, la scène de violence se répète sous la forme de flashbacks. Dans de nombreux cas, elles sont susceptibles de croiser à nouveau leur agresseur et craignent pour leur sécurité, vivant dans la peur de la récidive. Les victimes de violences sexuelles peuvent ainsi développer des symptômes graves, comme ceux de la dépression et du trouble de stress post-traumatique. Le soutien en santé mentale apporté par les équipes MSF aux victimes comprend des conseils initiaux pour aider les patients à faire face au choc, ainsi que des conseils et des soins de suivi pour prévenir ou gérer le stress post-traumatique.

 

La sensibilisation : une des clés de l'accès aux soins

S'assurer que les populations connaissent les services de prise en charge disponibles et qu'elles aient conscience de l'urgence des soins à prodiguer si elles sont un jour victimes de violences sexuelles est un élément crucial de la réponse MSF dans ses projets. Les équipes participent ainsi activement à la sensibilisation aux conséquences médicales des violences sexuelles. Des sessions de porte à porte sont ainsi organisées pour aller à la rencontre des communautés et encourager les victimes à demander de l'aide. Dans certaines régions, où les soins ne sont pas facilement accessibles, MSF a mis en place des services d'ambulance afin de transporter les victimes de violences sexuelles vers des cliniques, afin qu'elles puissent y recevoir des soins.

 

Notre intervention

Médecins Sans Frontières offre des soins obstétricaux et une prise en charge des victimes de violences sexuelles à Port-au-Prince, en Haïti.

Depuis 1996, les équipes MSF travaillent dans les quartiers de l’Eastland de Nairobi, la capitale du Kenya. Elles offrent des soins médicaux aux populations marginalisées et privées d’accès aux soins et une prise en charge pour les victimes de violences sexuelles.

Depuis 2011, MSF prend en charge les victimes de violences au Honduras.

Les équipes MSF offrent une prise en charge aux victimes de violences, y compris sexuelles, en Colombie.

MSF offre depuis 2015 des soins de santé sexuelle et reproductive dans le district de Tondo à Manille, la capitale des Philippines.

MSF a également offert une prise en charge aux victimes de violences sexuelles à Port-Harcourt, dans le sud du Nigeria.

L'historique du sujet