Éclairage

Yémen : une population exsangue

Depuis l’intervention d’une coalition internationale menée par l’Arabie saoudite contre les Houthis en mars 2015, le conflit au Yémen s’est étendu, entraînant une crise de grande ampleur pour la population. Médecins Sans Frontières est un des rares acteurs humanitaires présents dans ce pays où l’accès est extrêmement restreint.

17/05/2018
© Guillaume Binet/MYOP

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

La résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies en avril 2015, qui impose notamment un embargo sur les livraisons d’armes aux Houthis, s’est traduite dans les faits par le bombardement des équipements stratégiques de nature à conférer un avantage aux rebelles houthis (routes, aéroports, ports, hôpitaux..).

Toujours au nom de cet embargo, la coalition menée par l’Arabie saoudite a imposé des mesures de plus en plus restrictives sur les importations dans le nord-ouest du pays, entraînant des pénuries extrêmes sur les biens de première nécessité. Le sud-ouest du pays n’a pas été épargné par les combats, comme lors de la bataille d’Aden en 2015, pendant laquelle la rébellion houthiste a bombardé des zones résidentielles densément peuplées, ou dans des villes comme Taïz, située sur la ligne de front, dans laquelle la population qui n’a pas pu fuir est piégée.

Déjà défaillant avant le début du conflit, le système de santé du Yémen s’est effondré : on estime que plus de la moitié des infrastructures sanitaires sont détruites, et plus de 20 millions de personnes auraient besoin d’une aide humanitaire au Yémen (ONU, 2017), sur une population estimée à 27 millions d’habitants. En raison des restrictions d’accès imposées par les belligérants, des conditions sécuritaires extrêmement précaires, et des difficultés pour les journalistes d’entrer et de travailler au Yémen, les informations indépendantes et fiables sur le conflit et l’état du pays sont extrêmement difficiles à obtenir.

2.

2 La carte de Situation

Carte intervention MSF au Yémen rapport international 2016. DEF

Principales interventions de Médecins Sans Frontières au Yémen. Source : rapport international de MSF 2016

©MSF

3.

3 Décryptage

© MSF - Mai 2018

Dans le nord du Yémen, les équipes de Médecins Sans Frontières offrent des soins de santé dans l’hôpital d'Haydan, aux populations isolées de la ville et de ses alentours. Cet hôpital a été bombardé et détruit en octobre 2015 par la coalition internationale, dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et Médecins Sans Frontières y travaille de nouveau depuis mars 2017.

4.

4 Les repères chronologiques

2011

Début du mouvement de la révolution yéménite dans la foulée des Printemps arabes.

2012

Démission du président Saleh suite au mouvement de révolte généralisé dans le pays.

2014

Prise de la capitale Sanaa par la rébellion houthiste, en septembre.

2015

Entrée de la coalition saoudienne dans le conflit yéménite en mars et premiers bombardements.

2015

Ouverture par MSF d’une base arrière à Djibouti pour venir en aide aux populations yéménites.

2015

Reprise d’Aden par les forces antihouthistes en juillet.

2015

Destruction de l’hôpital d’Haydan soutenu par MSF, en octobre, par la coalition saoudienne.

2016

Bombardement de l’hôpital d’Abs, soutenu par MSF, en août, par la coalition saoudienne : 19 morts et 24 blessés.

2017

Début de l’épidémie de choléra dans le pays en avril, qui dure jusqu’en octobre. Plus de 100 000 patients traités par MSF.

Situation - L’éclairage

Des années de guerre

Le nord-ouest du Yémen et particulièrement le gouvernorat de Saada, tenus par la rébellion houthiste, ont été déclaré zone hostile dès mars 2015 par la coalition menée par l’Arabie saoudite : la population a fui massivement pour tenter d’échapper aux bombardements. Les attaques aériennes sur les infrastructures hospitalières, dont les équipes de Médecins Sans Frontières ont été témoins ou victimes sont nombreuses : en octobre 2015 l’hôpital d’Haydan était détruit, et en août 2016, l’association dénombrait 19 morts et 24 blessés à Abs, dans le nord-ouest du pays. Dans des villes comme Aden ou Taizz, qui ont été ou sont encore sur la ligne de front, les populations ont été prises au piège de combats extrêmement violents.

MSF sur la ligne de front

« À l’époque où l’hôpital de traumatologie de MSF à Aden se trouvait à proximité de la ligne de front, de grandes plaques de métal avaient été placées sur chaque fenêtre, empêchant le moindre éclat de lumière naturelle d’entrer dans l’établissement. Ces plaques nous rappellent cette époque où il était trop dangereux pour les membres du personnel de rentrer chez eux. L’un de mes collègues yéménites a ainsi vécu neuf mois à l’hôpital. Il n’a pu voir sa petite fille, née pendant cette longue période, que lorsqu’elle a eu trois mois.» Novembre 2016.

Tatiana Chiarella, membre des équipes MSF, a passé plusieurs mois au Yémen.

L’effondrement du système sanitaire

Les conséquences du conflit sur les populations civiles sont dramatiques. L’accès aux produits de première nécessité est coupé pour les populations du nord-ouest, difficile pour celles du sud-ouest, et dans tout le pays, le système de santé s’est effondré. Des dizaines de centres de santé ont été détruits, ceux qui fonctionnent sont souvent désertés par le personnel de santé, et souffrent d’un approvisionnement aléatoire. Une grande partie des fonctionnaires du pays, y compris hospitaliers, n’est plus payée depuis août 2016.

© MSF octobre 2016

Dans le nord-ouest du Yémen, l'accès aux soins reste difficile

Une importante épidémie de choléra s’est propagée dans le pays en 2017, à la faveur d’un état déplorable des installations sanitaires et de l’accès limité à l’eau potable. À la fin de l'année, MSF avait traité plus de 100 000 patients dans ses centres de traitement du choléra. Les conditions sanitaires sont telles que la diphtérie est réapparue au Yémen, alors que le dernier cas de cette maladie infectieuse mortelle avait été enregistré en 1992. « La guerre et le blocus en cours font reculer le système de santé yéménite des décennies en arrière », constatait en décembre 2017, Marc Poncin, coordinateur d'urgence pour MSF dans le gouvernorat d’Ibb.

Notre intervention

Médecins Sans Frontières apporte une assistance médicale d’urgence aux populations victimes du conflit au Yémen.

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