Éclairage

RCA : une population livrée à la violence

La République centrafricaine est le théâtre de violences récurrentes qui touchent une population encore marquée par la guerre civile de 2013. Villages brûlés, exécutions, pillages : les exactions contre les populations prises au piège des combats se sont intensifiées en 2017 et en 2018, et les risques d’escalade dans la violence demeurent, dans un pays où le système de santé est quasi inexistant.

24/02/2021
© Adrienne Surprenant/MSF

FOCUS - 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

En République centrafricaine (RCA) – Centrafrique –, les conflits et affrontements entre groupes armés pour le contrôle des ressources et des territoires se sont multipliés depuis 2013, date du renversement du régime du président François Bozizé par la Séléka, une coalition venue du Nord-Est du pays. Entre 2013 et 2014, la situation prend un caractère de guerre civile, sous-couvert de motifs religieux, entre la Séléka (à majorité musulmane) et les anti-balaka (à majorité chrétienne).
 

Au cours de ces dernières années, les populations civiles ont ainsi été victimes de violences de masse et d’exactions ciblées qui ont fait des milliers de morts et de blessés. Au total, plus d’un million de Centrafricains ont été forcés de fuir les combats et les exactions pour trouver refuge dans les pays voisins (notamment au Cameroun et au Tchad) ou dans des enclaves davantage sûres à l'intérieur de la RCA (camps, quartiers et bâtiments protégés par des troupes internationales). Une enquête de mortalité rétrospective réalisée par Médecins Sans Frontières (MSF) fait état de 2 599 décès entre novembre 2013 et avril 2014 parmi les membres des familles centrafricaines réfugiées à Sido, dans le sud du Tchad. Ce chiffre représente 8 % de la population centrafricaine alors réfugiée à Sido et 91 % des décès sont imputables à la violence lors de la campagne de persécutions contre les minorités musulmanes en RCA.

Un accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés a été signé dans la capitale, Bangui, en février 2019. Il s'est traduit par une relative accalmie des violences dans le pays, même si de nombreux incidents armés sont régulièrement rapportés. Une recrudescence des violences a par ailleurs nettement été observée lors du scrutin présidentiel de la fin de l'année 2020, entraînant le déplacement et la fuite vers les pays voisins de dizaines de milliers de personnes. La population centrafricaine reste largement dépendante de l’aide humanitaire internationale pour sa survie.

En plus de l'instabilité et de l'insécurité, le pays doit faire face à des problèmes sanitaires considérables, liés à la prévalence du VIH/Sida, du paludisme, de la faible couverture vaccinale. Les équipes MSF contribuent notamment aux efforts de prise en charge des malades, mettent en place des campagnes de vaccination contre la rougeole et des actions de prévention et de traitement du paludisme, en collaboration avec les autorités sanitaires locales. 

2.

2 CARTE DES INTERVENTIONS DE MSF

Principales régions des interventions de MSF. Source : rapport international d'activités 2019

Principales régions des interventions de MSF. Source : rapport international d'activités 2019

© MSF

3.

3 EXPLICATIONS

© MSF septembre 2017

Même si le pays n’ a plus connu de violences aussi extrêmes que celles de 2013-2014, il reste marqué par des épisodes de violences de masse, et par un climat d’insécurité à cause des affrontements entre groupes armés pour le contrôle des ressources et des territoires. 

4.

4 Les repères chronologiques

2013

En mars, le renversement du régime de François Bozizé par la coalition Séléka marque le début d'une escalade de la violence, plongeant le pays dans sa troisième guerre civile. Des violences ont lieu à Bangui en fin d'année, avec des exactions sur les communautés musulmanes.

2013

Début de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) et de l'opération militaire française Sangaris, en décembre.

2014

Exode massif d'une partie de la population vers le Tchad et le Cameroun à partir de janvier. En juillet, un accord de cessation des hostilités est signé entre la Séléka et les anti-balaka.

2014

Une enquête de mortalité rétrospective de MSF fait état de 2 599 décès parmi les membres des familles centrafricaines réfugiées à Sido, au sud du Tchad, entre novembre 2013 à avril 2014, majoritairement tués lors de la campagne de persécutions contre les minorités musulmanes.

2016

Élections du président de la République centrafricaine Faustin-Archange Touadéra, en février. Les affrontements reprennent pourtant en novembre et de nouvelles exactions massives sur les populations ont lieu. La France retire ses troupes en octobre.

2017

Forte augmentation du nombre de personnes déplacées dans le pays et dans les pays voisins, en raison d'une nouvelle escalade de la violence meurtrière dans le pays.

2018

Recrudescence des violences au mois de mai dans les régions de Bangui et Paoua. En octobre, de violents affrontements ont lieu dans le nord du pays.

2019

Signature d'un accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés, en février. En avril, MSF est la première ONG à accéder à des enclaves de la RCA rendues jusque-là inaccessibles par les groupes armés. Le HCR commence par ailleurs le rapatriement de Centrafricains réfugiés dans les pays voisins.

2020

À l'approche des élections présidentielles du 27 décembre, une nouvelle escalade de la violence a lieu dans de nombreuses provinces du pays.

Focus

Épisodes répétés d'insécurité

La prise de pouvoir en mars 2013 de la Séléka, une coalition composée principalement de groupes armés musulmans venus du Nord-Est de la RCA, a ouvert une période de violences dans le pays. Aux exactions des membres de la Séléka, ont suivi les atrocités commises par les groupes anti-balaka, des milices dites d’autodéfense, majoritairement chrétiennes : les populations civiles ont été assimilées à l’une ou l’autre des factions et persécutées pour leur appartenance ethnique ou religieuse. Ces violences de masses ont fait de nombreux morts et blessés, et ont entraîné le départ de dizaines de milliers de Centrafricains, qui ont fui massivement les combats à la fin de l’année 2013. Le conflit et les exactions se sont progressivement étendues à la quasi-totalité du pays en 2014, malgré l’intervention militaire française – l’opération Sangaris de décembre 2013 à octobre 2016 – et celle de la Mission internationale de soutien de l’Union africaine, devenue en septembre 2014 la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RCA (MINUSCA).

Les années 2017 et 2018 ont été marquées par une recrudescence d'affrontements violents et d'une reprise des massacres, d'abord dans l'est (notamment dans les préfectures d’Ouaka, de Haute-Kotto et de Mbomou), puis au centre (en particulier autour de la ville de Bambari)et enfin dans l'ouest du pays (région de Paoua). La nature du conflit a pourtant changé par rapport à la période 2013-2014 : les factions militaires se sont fragmentées, multipliant ainsi les groupes armés. Leurs stratégies d'alliances sont par ailleurs devenues aléatoires et opportunistes, dans le seul objectif de faire régner la terreur et de contrôler les ressources. Les conséquences pour les populations ont été désastreuses. Elles ont été obligées de fuir après avoir vu leurs maisons pillées et des membres de leurs communautés assassinées. Forcées de dormir dans la brousse, elles ont davantage été exposées au risque d'infection du paludisme par exemple. 

© MSF octobre 2019

L'accord de paix signé au début de l'année 2019 par quatorze groupes rebelles et le gouvernement a permis une baisse globale des violences, mais la Centrafrique est encore le théâtre d’affrontements sporadiques et d’exactions visant les civils. Les deux tiers du territoire sont toujours aux mains des groupes armés. Fin 2020, la République centrafricaine a une nouvelle fois connu une augmentation des tensions et de la violence, en marge du processus électoral national. Cette nouvelle détérioration du contexte sécuritaire complique davantage l'accès déjà extrêmement limité de milliers de Centrafricains aux soins médicaux essentiels, dans un pays en proie à un état d'urgence médical chronique. Cette insécurité touche également les structures hospitalières, fréquemment attaquées.

Série d’incidents contre les patients, les équipes et les structures médicales

Les violences n’ont épargné personne : patients et soignants ont régulièrement été attaqués, tout comme les ambulances, les structures de santé, les équipes MSF, leurs lieux et leurs équipements de travail. Dès les premiers épisodes de violences en 2013, les structures sanitaires ont été prises pour cible lors des attaques par les groupes armés. En avril 2013, 16 civils non armés, dont trois employés locaux de MSF avaient été tués lors d’un vol à main armée à l’hôpital de Boguila géré par MSF, dans le nord de la RCA. Le premier d'une longue liste. 


 

Des besoins médicaux immenses

En Centrafrique, le système de santé quasi inexistant est incapable de répondre aux besoins médicaux de la population et aux urgences liées à la guerre. Les habitants meurent encore massivement de maladies qu’il serait pourtant facile de prévenir ou de soigner, comme le soulignait en 2011 le rapport La crise silencieuse, publié par MSF.

Entre 2016 et 2019, les équipes MSF ont traité plus de 2 millions de cas de paludisme en RCA.

Traiter le paludisme reste une priorité en RCA, où il est la principale cause de mortalité chez les enfants. Les programmes de soins pédiatriques dispensés par MSF dans le pays intègrent aussi le traitement de la rougeole et la prévention d'autres maladies infantiles (diphtérie, le tétanos, l'hépatite B, la coqueluche, la poliomyélite), facilement évitables, notamment grâce à la vaccination. La fourniture de soins médicaux est cependant soumise à de nombreux défis : l'insécurité, les ruptures de stocks de médicaments, les longues distances pour se rendre dans une structure de santé et les coûts engendrés par le trajet. MSF déploie ainsi des équipes dans tout le pays et fait appel à des soignants communautaires pour détecter les enfants atteints de paludisme et de rougeole, directement dans les villages et les zones difficiles d'accès et enclavées, comme certains camps de déplacés. Depuis 2015, en collaboration avec le ministère de la Santé, des campagnes de vaccination de masse ont également été effectuées pour prévenir les autres maladies mortelles fréquentes chez les enfants. 

 

L'ÉPIDÉMIE SILENCIEUSE

VIH/Sida, une situation critique en Centrafrique

LIRE LE GRAND FORMAT

La RCA a la plus forte prévalence du VIH en Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment parce que beaucoup tardent à connaître leur statut sérologique en raison d'un accès au dépistage limité, d'un manque d'information et d'une forte stigmatisation de la maladie ; mais aussi parce que moins de la moitié des personnes séropositives du pays est sous traitement antirétroviral, pourtant nécessaire pour limiter la propagation de l'épidémie. Les équipes MSF offrent un suivi des soins aux personnes atteintes par le VIH/Sida à Bangui, Paoua, Carnot, Kabo et Batangafo. 
 

© MSF novembre 2020

Notre intervention

Médecins Sans Frontières offre des soins de santé secondaire et chirurgicaux à Bangui, en République centrafricaine.

Les équipes MSF offrent une assistance médicale aux populations des provinces de la Centrafrique, et adapte ses programmes pour répondre aux besoins urgents générés par les violences.

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