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Centrafrique : quand les structures de santé peinent à soigner leurs patients

Dr Louis-Marie Sabio, directeur de l'hôpital de Bakouma dans la préfecture de Mbomou. République centrafricaine. Mars 2023.
Dr Louis-Marie Sabio, directeur de l'hôpital de Bakouma dans la préfecture de Mbomou. République centrafricaine. Mars 2023.   © Julien Dewarichet

Les équipes MSF travaillent depuis des années dans le Mbomou, dans le sud de la République centrafricaine, une région relativement préservée des combats et de l’insécurité. Pourtant, les moyens manquent, les organisations humanitaires sont rares, et les quelques structures de santé encore fonctionnelles peinent à trouver les ressources nécessaires à la prise en charge de leurs patients.

Planté au milieu de la cour centrale, le Dr Louis-Marie Sabio observe l’état de son hôpital. « En arrivant ici, j’ai eu l’impression de tomber dans le vide », déplore-t-il. Début 2023, cet ancien médecin MSF a décidé de reprendre les rênes de l’hôpital secondaire de Bakouma, une structure censée assurer la prise en charge des complications chirurgicales dans cette zone soumise à des conflits volatils, dans le nord-ouest du Mbomou.

« Pendant 12 ans, aucun médecin n’a travaillé ici, explique le Dr Sabio. L’hôpital était tenu par un assistant de santé. Enfin, quand je dis “hôpital”, c’est un grand mot. Il n’y a pas d’électricité, pas d’ambulance et certains lits n’ont pas de matelas... À mon arrivée, il n’y avait même pas de thermomètre, de tensiomètre, d’oxymètre, qui sert à prendre le pouls, ni de glucomètre… Rien. Et la pharmacie, n’en parlons même pas, elle était vide. »

Vue d'une partie de l'hôpital de Bakouma. Mars 2023.
 © Julien Dewarichet
Vue d'une partie de l'hôpital de Bakouma. Mars 2023. © Julien Dewarichet

Bien que situé dans le haut de la pyramide sanitaire du pays – au-dessus des postes de santé, centres de santé et hôpitaux de districts – l’hôpital de Bakouma laisse sans voix. Tout est vide et silencieux. Çà et là, des poules se baladent dans les couloirs et dans les salles, tournant entre les balances cassées et les tables rouillées. En dépit de sa taille, moins de 10 patients sont alités. En dehors de MSF qui organise des vaccinations et le transfert de patients graves en ambulance jusqu’à Bangassou, aucune autre organisation n’appuie cette structure. Les patients savent donc que par manque de moyens humains et de matériels ils ont peu de chance de trouver l’aide médicale dont ils ont besoin, malgré la bonne volonté de Dr Sabio.

Des lits sans matelas à l'intérieur de l'hôpital de Bakouma. 
 © Julien Dewarichet
Des lits sans matelas à l'intérieur de l'hôpital de Bakouma.  © Julien Dewarichet

« Nous sommes 18 personnes à tenir l’hôpital, mais je suis le seul à avoir une formation médicale, poursuit le jeune médecin. À cause du plateau technique limité, on ne peut pas assurer le minimum requis d’un hôpital. Puisqu’on n’a pas d’électricité, on ne peut faire ni échographie ni radio. Quant au bloc opératoire, il est pour ainsi dire vide. Il y a juste un petit panneau solaire pour alimenter deux ampoules. Quand les gens ont besoin de médicaments, il faut les envoyer au marché et espérer qu’ils trouvent quelque chose. »

Une situation sanitaire critique

Le constat tiré à l’hôpital de Bakouma est représentatif de nombreuses structures de soins en République centrafricaine. Selon l’OMS et le ministère de la Santé, moins de la moitié des structures de soins sont considérées comme totalement fonctionnelles dans le pays, qui dispose de moins d’un médecin – 0,6 précisément – pour dix mille habitants. L’une des couvertures les plus faibles au monde.

Pelé Kotho-Gawe, responsable des activités externes pour MSF, lors de la visite d'un centre de santé entre Bangassou et Bakouma. Mars 2023. République centrafricaine.
 © Julien Dewarichet
Pelé Kotho-Gawe, responsable des activités externes pour MSF, lors de la visite d'un centre de santé entre Bangassou et Bakouma. Mars 2023. République centrafricaine. © Julien Dewarichet

Des décennies d’instabilité politique et de violence entre groupes armés ont plongé le pays dans une situation humanitaire critique, et plus de la moitié des six millions de Centrafricains ont aujourd’hui besoin d’aide humanitaire. L’espérance de vie – 54 ans – est l’une des plus basses au monde, particulièrement pour les femmes enceintes et les enfants, qui ne peuvent compter que sur une quinzaine de gynécologues nationaux dans tout le pays et dont les taux de mortalité sont depuis des années parmi les plus dramatiques au monde.

Cette situation explique pourquoi la présence de MSF dans le pays est aussi cruciale et légitime. À Bangui et dans les provinces, environ 3 000 employés de MSF sont à pied d’œuvre pour appuyer les autorités sanitaires afin de renforcer l’accès aux soins sur tout le territoire.

« On se sent souvent seul »

Dans la préfecture du Mbomou, MSF appuie une quinzaine de structures de soins allant de petits postes de santé reculés jusqu’à l’hôpital régional universitaire de Bangassou, structure de référence pour une région sanitaire aussi vaste que la Grèce.

Lancé en urgence suite aux violences ayant secoué le pays en 2013-2014, ce projet couvre aujourd’hui une grande partie de la préfecture du Mbomou où des équipes mobiles sillonnent les structures de soins pour leur fournir équipements, vaccins et médicaments vitaux pour les principales pathologies affectant les enfants (paludisme, diarrhée, infections respiratoires), forment les soignants souvent non qualifiés, et organisent les transferts des cas graves vers Bangassou, où MSF appuie la quasi-totalité des services vitaux.

L'équipe d'un centre de santé, soutenu par MSF, situé à 19 kilomètres de Bangassou. Préfecture du Mbomou. Mars 2023.
 © Julien Dewarichet
L'équipe d'un centre de santé, soutenu par MSF, situé à 19 kilomètres de Bangassou. Préfecture du Mbomou. Mars 2023. © Julien Dewarichet

« L’objectif est de renforcer l’offre de soins à tous les échelons afin de réduire la mortalité dans cette zone », explique Pelé Kotho-Gawe, infirmier superviseur des activités externes de MSF à Bangassou.

En dépit de cet appui, la situation reste critique, comme l’atteste la situation de l’hôpital de Bakouma. Rares sont les organisations humanitaires actives dans cette région, pourtant bien moins affectée par les violences que d’autres depuis plusieurs années. Le manque de partenaires humanitaires, d’accès à l’eau ou à l’électricité dans les structures de soins, les difficultés économiques de la population alimentent une crise sanitaire massive pour laquelle MSF ne peut, à elle seule, que limiter les dégâts.

« On fait face à des réalités qui rendent parfois ce travail sans fin. On peut bien soigner les enfants qui souffrent de diarrhée, mais si personne ne vient faire de forage, ça ne prendra jamais fin. La population continuera de boire de l’eau non traitée. Pareil pour le paludisme : on arrive dans des centres de santé où on a 90 % de résultats positifs au paludisme. On assure les soins gratuits pour les enfants, mais personne dans la zone ne fait de travail préventif, comme distribuer des moustiquaires », souligne Pelé Kotho-Gawe.

L’hôpital de Bangassou, point de chute de toutes les urgences

En sillonnant la préfecture, le constat est partout le même. Sans l’appui de MSF, les pharmacies seraient vides. Les soins seraient hors de portée financière des parents. Les femmes accoucheraient sur des lits de fortune ou des nattes, prises en charge par des matrones non formées. Mais cet appui ne suffit pas. Et l’hôpital régional universitaire de Bangassou en est le témoin.

Un promoteur de santé MSF lors d'une séance de planning familial à l'hôpital de Bangassou.
 © Julien Dewarichet
Un promoteur de santé MSF lors d'une séance de planning familial à l'hôpital de Bangassou. © Julien Dewarichet

Structure la plus spécialisée de la région, soutenue par MSF depuis 2015, c’est ici qu’arrivent toutes les complications qui ne peuvent être prises en charge ailleurs. En d’autres mots : les patients affluent jour et nuit, transportés parfois sur des centaines de kilomètres à moto sur des pistes cabossées, faute de prise en charge ou de médicaments disponibles ailleurs.

Ce sont des patients comme Guy, 4 ans et diabétique, arrivé dans le coma depuis Bao, à plus de 100 kilomètres, car les hôpitaux près de chez lui n’ont pas l’insuline nécessaire à sa survie. Ou comme René*, un nouveau-né admis pour la troisième fois aux soins intensifs pour malnutrition sévère, les programmes de prévention de la malnutrition autrefois gérés par une ONG internationale ayant été arrêtés à Bangassou. Des patients comme Fanny, 20 ans, transférée ici depuis Bakouma, à 130 kilomètres de Bangassou, car le Dr Louis-Marie Sabio et son équipe n’avaient pas les médicaments et l’équipement nécessaire pour soigner sa plaie au dos.

« Dans une situation normale, des patientes comme Fanny devraient pourvoir être prises en charge dans mon hôpital, explique le médecin, présent à l’hôpital de Bangassou à l’occasion d’une séance de formation. Mais vous avez vu comme moi dans quel état ma structure se trouve. Faute de moyens, je dois même transférer des patients sans pouvoir les stabiliser au préalable, sans savoir s’ils vont survivre. L’autre jour, j’ai dû envoyer en urgence un bébé vers Bangassou. Par moto, puisqu’on n’a pas d’ambulance. On n’a pas pu le stabiliser, et il est mort à quelques kilomètres d’ici. Sur la moto... »

« La situation sanitaire en RCA choque, mais le manque d’attention international à son égard me choque presque tout autant », dénonce René Colgo, chef de mission de MSF en RCA. Malgré l’ampleur de la crise et des statistiques affolantes, les financements humanitaires pour le pays sont loin de répondre à l’ampleur des besoins. Pour des raisons liées à l’insécurité ou aux contraintes logistiques, les ONGs ne sont pas toujours présentes dans les zones où les besoins sont les plus criants. On ne peut, on ne doit pas s’habituer à voir la RCA occuper le haut des classements les plus sombres. »

* Son prénom a été modifié.

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