Éclairage

Vaccination : protéger le plus grand nombre

Mesure de santé publique et de prévention par excellence, la vaccination est l'une des activités centrales de l'action de Médecins Sans Frontières. Elle permet de lutter efficacement contre les maladies infectieuses parmi les plus mortelles au monde.

10/07/2018
© Dieter Telemans

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Créé en 1974 par l’Organisation mondiale de la santé dans le but de rendre les vaccins accessibles à tous les enfants dans le monde, le Programme élargi de vaccination (PEV) a permis d’importants progrès en termes d’accès à la vaccination dans les pays en voie de développement. Dans le cas du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC) par exemple, le pourcentage d’enfants ayant reçu les trois doses du vaccin, est passé d’environ 10 % à 86 % en 40 ans. Les avancées en termes d’accès à la vaccination ont considérablement participé à la réduction de la mortalité infantile au cours des dernières décennies.

 

Cependant, d’importants progrès restent à faire, et de façon générale, plusieurs raisons d’ordre politique, technique et financier expliquent les difficultés à fournir un plus grand nombre de vaccins : les contraintes pour obtenir l’autorisation d’importer ou d’utiliser certains vaccins par les autorités sanitaires nationales, les contraintes liées à la conservation des vaccins (respect de la chaîne du froid), les coûts liés à l’achat de certains vaccins, notamment dans les pays qui ne bénéficient pas de prix subventionnés, entre autres.

2.

2 Sur le terrain

Après une épidémie de fièvre jaune, MSF a organisé un vaste programme de vaccination à Kinshasa, en RDC, en 2016.

Après une épidémie de fièvre jaune, MSF a organisé un vaste programme de vaccination à Kinshasa, en RDC, en 2016.

©Dieter Telemans

3.

3 Décryptage

© MSF novembre 2017

Philippines : retrouver 25 000 filles dans les bidonvilles de Manille

Dans les bidonvilles de Tondo, adossés au port de Manille, capitale des Philippines où s'entassent plus de 300 000 personnes, MSF a décidé de mener une opération d’envergure en 2017 : vacciner 25 000 jeunes filles contre le papillomavirus humain, en grande partie responsable du cancer du col de l’utérus.

4.

4 Les repères chronologiques

1974

Création du Programme élargi de vaccination (PEV) pour lutter contre la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite, et la rougeole.

1999

Création de la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels (CAME) qui lutte notamment pour l’accessibilité des vaccins dans les pays en voie de développement.

2015

Lancement de la campagne A Fair Shot par MSF pour demander aux laboratoires Pfizer et GlaxoSmithKline (GSK) une baisse du prix du vaccin contre les pneumocoques.

2016

Baisse du prix du vaccin contre le pneumocoques par les laboratoires Pfizer et GlaxoSmithKline (GSK) à 5 dollars en réponse à la campagne A Fair Shot de MSF.

2016

Soutien de MSF à la campagne de vaccination de masse pour les enfants en République centrafricaine.

2016

Soutien de MSF à la campagne de vaccination contre la fièvre jaune en République démocratique du Congo.

Situation - L’éclairage

La vaccination de routine

Le nombre de vaccins inclus dans le Programme élargi de vaccination (PEV) a progressivement augmenté, jusqu’à inclure 13 vaccins aujourd’hui contre les maladies suivantes : diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite, rougeole, fièvre jaune, hépatite B, infection à Haemophilus influenzae type b (Hib), pneumocoque, rotavirus, papillomavirus, tuberculose (« vaccin bilié de Calmette et Guérin » ou BCG).

La nécessité d’administrer plusieurs doses d’un même vaccin rend nécessaires cinq déplacements vers une structure de soins ou un centre de santé au cours de la première année de vie de l’enfant. Ce dispositif, contraignant, ne permet pas aujourd’hui d’atteindre un pourcentage satisfaisant d’enfants vaccinés. Les activités de vaccination de routine peuvent également être défaillantes pour des raisons structurelles (faiblesse du système de santé, infrastructures insuffisantes, détournement de moyens, etc.) ou contingentes (conflits, instabilité politique, catastrophe naturelle).

De plus, le prix des vaccins représente aujourd’hui un risque pour l’avenir du PEV. Si le nombre de vaccins a doublé (de 6 à 13) depuis 2001, le coût minimum de la vaccination de routine a lui été multiplié par 68. En particulier, trois nouveaux vaccins – le vaccin conjugué contre le pneumocoque ou PCV, le vaccin contre le rotavirus et le vaccin contre le papillomavirus ou HPV – représentent 86 % du coût du PEV, dont 45 % pour le seul vaccin PCV, comme le soulignait la Campagne d’accès aux médicaments essentiels dans son rapport The right Shot publié en 2015.

Les campagnes de vaccination préventives

Plusieurs facteurs peuvent entraîner une augmentation des risques d’épidémie (rougeole, diphtérie, choléra, méningite, etc.) ou des décès liés à des maladies évitables par la vaccination (tétanos, pneumonies, etc.). On peut noter d’un côté, la diminution du pourcentage d’enfants vaccinés dans le cadre du PEV. De l’autre, l’augmentation de la vulnérabilité liée à certaines crises humanitaires : par exemple, la précarité des conditions de vie dans un camp de réfugiés. Puisqu’elles sont par définition exceptionnelles, ces campagnes préventives demandent des négociations au cas par cas avec les ministères de la Santé et leurs partenaires.

En 2013, l’Organisation mondiale de la santé a adopté de nouvelles recommandations, qui prévoient d’élargir le nombre de vaccins proposés, en fonction du contexte et des risques identifiés. Mais dans de nombreux pays, la méconnaissance de ces nouvelles recommandations ralentit considérablement les négociations en vue de l’organisation de campagnes de vaccination au moment où elles sont le plus nécessaires.

Vaccination en situation d’urgence

MSF souhaite également élargir le nombre de vaccins fournis lors de campagnes de vaccination préventives en situation d’urgence, comme en République centrafricaine où la crise politique et militaire qui a débuté en 2013 a provoqué l’effondrement des taux de couverture vaccinale dans le pays. Entre 2012 et 2014, le nombre d’enfants ayant été complètement vaccinés contre la rougeole et les infections à pneumocoque est passé respectivement de 64 % à 25 % et de 52 % à 20 %. Médecins Sans Frontières et le ministère de la Santé ont lancé en 2016 une campagne de vaccination à destination de 220 000 enfants âgés de moins de 5 ans. En plus d’organiser des campagnes de vaccination de masse, MSF renforce et élargit les activités de vaccination dans les structures de soins où elle intervient déjà. Par ces deux stratégies, MSF propose aux enfants âgés de moins de 5 ans jusqu’à neuf antigènes.

Enfin, MSF mène, seule ou en partenariat avec les autorités des pays concernés, des campagnes de vaccination en réponse à des épidémies. En 2015, cela a été le cas en République démocratique du Congo (RDC), lors d’une épidémie de rougeole, ou encore en réponse à une épidémie de méningite au Niger, mais aussi début 2016, lors d’une épidémie de choléra au Malawi ; puis contre la fièvre jaune en RDC et en Ouganda, au cours de l'année 2016, entre autres.

© MSF avril 2018

Notre intervention

La vaccination fait partie des activités centrales de Médecins Sans Frontières, et les équipes de l’association l’offrent aux populations sur de nombreux terrains d’intervention.

Médecins Sans Frontières offre une assistance et une réponse aux urgences médicales aux populations de la République démocratique du Congo (RDC).

Médecins Sans Frontières ouvre en 2009 au Mali un projet pédiatrique intégré en collaboration avec le ministère de la Santé dans le district Koutiala, dans le sud-est du Mali.

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