Éclairage

Nord Nigeria : survivre aux violences de l'armée et de Boko Haram

Les populations de la région du lac Tchad, et notamment de l’État de Borno au nord-est du Nigeria, sont victimes du conflit qui oppose les armées du Nigeria et de la région au groupe insurrectionnel Boko Haram.

17/08/2018
© Sylvain Cherkaoui/COSMOS

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Depuis 2009, le conflit entre des groupes armés, dont le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad couramment appelé Boko Haram, et les armées du Nigeria et de la sous-région a causé la mort d’un grand nombre de civils et le déplacement de plus de 2 millions de personnes. Les déplacés et réfugiés de la région du lac Tchad, et particulièrement du nord-est du Nigeria, sont nombreux à vivre dans des villes, des camps ou des enclaves contrôlées par les militaires, dans des conditions précaires.

La contre-attaque menée depuis 2015 par le gouvernement nigérian, à l’aide de pays frontaliers, entraîne des déplacements forcés de populations, des bombardements et la disparition ou le massacre de nombreux jeunes hommes, après une répression massive pour chasser Boko Haram des principales villes de l’État du Borno, dont Maiduguri sa capitale. L’armée nigériane continue ses opérations contre-insurrectionnelles, tandis que le groupe djihadiste poursuit sa stratégie de terreur, en multipliant les attaques et les massacres dans la région du lac Tchad, dont de nombreuses zones sont inaccessibles aux humanitaires. Les interventions d’assistance aux populations se concentrent donc dans les villes contrôlées par le gouvernement, les camps de déplacés et de réfugiés, comme ceux de Maiduguri, la capitale de l’État de Borno, de Rann ou de Dikwa avec des déplacements, lorsque cela est possible, dans des zones plus reculées.

2.

2 La carte de situation

Intervention MSF Nigéria 2016 DEF ©MSF

3.

3 Décryptage

© MSF - Mars 2018

2016, un tournant dans l’intervention de MSF dans le nord-est du Nigéria

En juin 2016, Médecins Sans Frontières se rend dans la ville de Bama, dans l’État de Borno au nord du Nigeria, ville contrôlée par l’armée, enclavée en plein cœur d’une zone d’affrontement avec Boko Haram. Les équipes MSF y découvrent une situation sanitaire désastreuse pour des milliers de personnes, et des taux de malnutrition aigüe sévère extrêmement élevés. Fabrice Weissman, directeur d’étude au Crash (Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires), revient sur cette intervention.

4.

4 Les repères chronologiques

2009

Décès de Mohamed Yusuf, prédicateur nigérian et fondateur de la secte religieuse Boko Haram, lors d’une opération de l’armée nigériane.

2013

Déclaration de l’état d’urgence dans le Borno, Yobe et Adamawa. Déploiement de troupes de l’armée nigériane.

2014

Augmentation massive du nombre de déplacés et de réfugiés. Plus d’un million de personnes seraient désormais concernées (HCR, 2014).

2015

Déploiement d’une Force d’intervention conjointe multinationale par le Bénin, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria.

2016

2016. MSF découvre et révèle dans la presse une catastrophe sanitaire à Bama, Etat de Borno, ville-enclave tenue par le gouvernement. Quelques jours plus tard, le gouvernement déclare l’état d’urgence nutritionnelle dans Borno.

2017

Bombardement en janvier du camp de déplacés de Rann dans l’Etat de Borno, par l’armée nigériane. Au moins 90 morts et 120 blessés.

Situation - L’éclairage

Des populations dépendantes de l’aide extérieure pour leur survie

1,7 million

de personnes sont déplacées dans les Etats d'Adamawa, de Yobe et de Borno (ONU, 2017).

Les conséquences de la guerre entre Boko Haram et l’armée sont dramatiques pour les habitants du nord-est du Nigeria, qui concentre la plus grande partie des populations déplacées par le conflit. Pour échapper aux attaques et aux combats, elles ont fui leurs villages par milliers ou ont été regroupées par l’armée vers des villes ou des camps contrôlés par le gouvernement. À Maiduguri, capitale de l’État du Borno, avec l’arrivée massive de déplacés, la population a plus que doublé en 2015. Une grande partie d’entre elle dépend de l’aide humanitaire pour sa survie.

En 2016, les équipes de Médecins Sans Frontières découvrent et révèlent des situations sanitaires catastrophiques dans plusieurs villes-enclaves contrôlées par le gouvernement, telles que Bama ou Banki, privées de toute assistance pendant de  long mois, puis des taux de malnutrition alarmants chez les populations déplacées dans des camps à l’intérieur même de Maiduguri. Entre octobre 2016 et janvier 2017, les équipes de Médecins Sans Frontières ont ainsi distribué 810 tonnes de nourriture à Maiduguri.

© MSF novembre 2016

Des villes enclavées, exposées à la violence

Si la situation sanitaire dans des villes comme Maiduguri semble se stabiliser, grâce à une forte mobilisation de l’assistance humanitaire, elle reste précaire dans de nombreuses villes enclavées de la région. Pulka n’est par exemple qu’à une centaine de kilomètres de Maiduguri, mais elle n’est accessible que par hélicoptère, à cause de l’insécurité permanente. En janvier 2017, quand Médecins Sans Frontières a commencé ses opérations d’assistance à Rann, une ville proche de la frontière avec le Cameroun, les déplacés ne disposaient que d’un seul litre d’eau par jour et par personne. Quelques jours après leur arrivée, les équipes de l’association ont été témoins du bombardement de la ville par l’armée nigériane, qui a causé la mort d’au moins 90 personnes. Les groupes armés, qui ne se limitent pas seulement à Boko Haram, contrôlent des territoires immenses et les axes routiers dans le nord-est du Nigeria, et il est très difficile de mener des évaluations sur la situation sanitaire et nutritionnelle dans ces zones.

© MSF - Juin 2018

Notre intervention

Depuis 2012, Médecins Sans Frontières apporte une assistance médicale d’urgence aux victimes du conflit dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria, qui oppose notamment l’armée nigériane au groupement terroriste Boko Haram.  

Médecins Sans Frontières apporte une assistance médicale aux populations réfugiées ou déplacées au Tchad, au Cameroun et au Niger qui fuient les combats entre l’armée et Boko Haram.

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