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Nigeria : forte hausse des admissions d’enfants malnutris à Maiduguri

Vue de l'unité de soins intensifs du centre thérapeutique nutritionnel MSF de Maiduguri. État de Borno. Nigeria. 2022. 
Vue de l'unité de soins intensifs du centre thérapeutique nutritionnel MSF de Maiduguri. État de Borno. Nigeria. 2022.  © Nasir Ghafoor/MSF

Depuis mai, les équipes MSF du centre de nutrition thérapeutique de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, sont témoins d’un afflux important d’enfants souffrant de malnutrition. Le développement d’une crise nutritionnelle est à craindre, dans cette ville qui accueille de nombreuses personnes déplacées à cause du conflit armé qui ravage l'État de Borno depuis des années.

« Nous ne sommes qu'au tout début de la période de soudure et les chiffres d’admission de notre centre nutritionnel thérapeutique sont inquiétants. À moins que des mesures urgentes ne soient prises, les habitants de Maiduguri risquent de subir de plein fouet les conséquences mortelles de la malnutrition », explique Shaukat Muttaqi, chef de mission MSF au Nigeria.

Les équipes MSF de Maiduguri ont hospitalisé 2 140 enfants souffrant de malnutrition ces six dernières semaines, ce qui représente une augmentation de 50 % des admissions par rapport à la même période l’an dernier. La capacité de prise en charge du centre nutritionnel thérapeutique de MSF a été portée de 120 à 200 lits et malgré cette mesure d’urgence, pendant quelques jours en juin, il n'y avait pas assez de lits pour tous les enfants admis.  

Certaines associations humanitaires également présentes à Maiduguri ont atteint ou travaillent au-delà de leur capacité de prise en charge, quand d’autres ont dû réduire leurs activités par manque de financement. 16 centres de nutrition thérapeutique ambulatoires, pourtant indispensables, sont aujourd’hui fermés. Si les tendances actuelles se maintiennent, les services de nutrition thérapeutique seront débordés et de nombreux enfants malnutris risquent de mourir.

Salle de triage du centre nutritionnel thérapeutique de MSF à Maiduguri. Nigeria. 2022. 
 © Nasir Ghafoor/MSF
Salle de triage du centre nutritionnel thérapeutique de MSF à Maiduguri. Nigeria. 2022.  © Nasir Ghafoor/MSF

« Il est essentiel que des mesures soient prises maintenant, avant le pic saisonnier de malnutrition, avance Shaukat Muttaqi. Il faut que la capacité hospitalière augmente de toute urgence et qu’on assiste à une intensification majeure des interventions au niveau communautaire, par anticipation. Cela signifie qu’il faut étendre les programmes de nutrition thérapeutique en ambulatoire et travailler sur la sécurité alimentaire, la vaccination et l'accès à l'eau et à l'hygiène. »

Une population fragilisée

Des épidémies récurrentes dans la région, comme la rougeole, le choléra ou le paludisme, pourraient encore aggraver la situation. L'année dernière, le Nigeria a connu une épidémie de choléra exceptionnellement importante et les taux de vaccination des enfants de l'État de Borno sont alarmants. « Dans ce combat contre la malnutrition, il est aussi indispensable de se mobiliser contre les menaces sanitaires, qui engendrent de telles maladies infectieuses », explique le Dr Htet Aung Kyi, coordinateur médical de MSF au Nigeria.


« Mes enfants n'ont jamais été vaccinés en dehors, hormis à leur naissance. Mon fils de quatre ans tombe malade chaque année pendant la saison des pluies. Il n'y a pas d'établissement médical gratuit dans notre région, alors je l'emmène simplement à la pharmacie et j'y prends des médicaments », explique Hussaina Ali, dont le plus jeune enfant, souffrant de malnutrition, est hospitalisé dans le centre MSF de Maiduguri.

L'impact cumulé des attaques et des combats entre l’armée nigériane et les groupes armés, qui durent depuis des années dans le Borno, continue de provoquer des déplacements de population. Cette situation fragilise des personnes qui peinent à accéder aux soins de santé ou à trouver des terres à cultiver. La hausse des prix des denrées alimentaires pèse lourdement sur les personnes déplacées. Au sein du centre nutritionnel thérapeutique de MSF, 32 % des enfants malnutris admis appartiennent à des familles de personnes déplacées, qui dépendent particulièrement de l'aide humanitaire.

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