Éclairage

Les femmes, grandes exclues de l'accès aux soins en Afghanistan

En Afghanistan, pays en guerre depuis plus de 35 ans, le taux de mortalité maternelle est parmi les plus élevés au monde. Les barrières d’accès aux soins de santé sont nombreuses pour les femmes, particulièrement dans les moments de vulnérabilité que sont la grossesse et l’accouchement.

20/06/2020
© Andrea Bruce/Noor Images

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Depuis 1979, les populations afghanes subissent au quotidien les conséquences de la guerre, dont celle démarrée en 2001 par les Etats-Unis et appuyée par l’OTAN, dans le cadre de son intervention militaire contre les Talibans.

Depuis 1979, les populations afghanes subissent au quotidien les conséquences de la guerre, dont celle démarrée en 2001 par les États-Unis, et appuyée par l’OTAN, dans le cadre de son intervention militaire contre les Talibans. Différents groupes armés contrôlent de nombreux territoires dans ce pays, régulièrement confronté à des affrontements et des attentats meurtriers, et caractérisé par une situation politique instable et une économie largement dépendante de l’aide internationale. De nombreux Afghans fuient leur pays ou leur région pour échapper au conflit, et on compte plus de 420 000 nouveaux déplacés internes en Afghanistan en 2019 (ONU). 

Malgré l’investissement des institutions et bailleurs internationaux, l’accès aux soins dans le pays reste très difficile, aussi bien dans les provinces afghanes, que dans la capitale Kaboul, qui connaît ces dernières années une importante croissance démographique. Une situation qui touche durement les femmes, dans un pays extrêmement violent, et plus encore les femmes enceintes, pour lesquelles l’offre de soins de santé maternelle est quasi inexistante

Suite à une attaque qui a coûté la vie à 24 personnes, MSF annonce le 15 mai 2020 son retrait de la maternité de Dasht-e-Barchi, situé dans l'ouest de Kaboul, considérant que l'association ne peut plus garantir la sécurité de son personnel et de ses patients. 

2.

2 La carte de situation

Principales interventions de MSF en Afghanistan en 2018

Principales interventions de MSF en Afghanistan en 2018. Source : rapport international d'activités 2018

© MSF

3.

3 Décryptage

En novembre 2014, MSF ouvrait un service d’urgence spécialisé en soins obstétriques et néonataux au sein de l’hôpital public de Dasht-e-Barchi, dans l’ouest de Kaboul. Le 12 mai 2020, des hommes armés pénètrent dans la maternitéet tuent 24 personnes, dont 15 patientes sur le point d'accoucher et une sage-femme. Le 15 juin, MSF annonce la fin de ses opérations dans cette maternité.

4.

4 Les repères chronologiques

1980

Première intervention de MSF en Afghanistan, en clandestin, en passant par les montagnes pakistanaises, suite à l’invasion du pays par les troupes soviétiques.

1989

Retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan et début d’une guerre civile.

1996

Prise de Kaboul par les Talibans en septembre.

2001

Début de l’intervention militaire menée par les Etats-Unis en Afghanistan.

2004

Fermeture des programmes de MSF suite à l’assassinat de 5 membres de son personnel et à l’absence de réaction des autorités afghanes.

2009

Réouverture des programmes de MSF en Afghanistan : soutien à l’hôpital Ahmed Shah Baba à Kaboul et à l’hôpital provincial à Lashkar Gah dans la province du Helmand.

2012

Ouverture d’une maternité à Khost, dans l’est de l’Afghanistan.

2014

Ouverture de la maternité MSF de Dasht-e-Barchi à Kaboul, spécialisée dans les urgences obstétriques, au sein de l’hôpital du ministère de la Santé.

2015

Ouvert en 2011 par MSF, l’hôpital de Kunduz est bombardé par l’armée américaine, entraînant la mort de 42 personnes, et en blessant 37.

2018

Plus de 150 000 personnes fuient les combats dans le nord-ouest du pays et se réfugient près de la ville d'Herat. MSF apporte son soutien aux urgences de l'hôpital d'Herat d'avril 2018 à décembre 2019.

2018

Décembre, MSF ouvre un centre de santé à la périphérie d'Hérat, pour y dispenser des consultations médicales aux enfants de moins de 5 ans et aux femmes enceintes puis à tout patient.

2020

12 mai : attaque de la maternité gérée par MSF au sein de l’hôpital Dasht-e-Barchi à Kaboul. 24 personnes décèdent et 20 autres personnes sont blessées.

2020

15 juin : MSF prend la décision de se retirer de Dasht-e-Barchi suite au massacre dans sa maternité.

Situation - L’éclairage

Accoucher en Afghanistan : un risque élevé pour les femmes

Le pays possède l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, avec 638 décès pour 100 000 naissances (OMS, 2017), et ces estimations masquent de fortes disparités régionales, comme le souligne un rapport publié en 2014 par Médecins Sans Frontières, Des grands discours à la réalité : la lutte au quotidien pour l'accès aux soins en Afghanistan. On estime que plus de 40 % des femmes Afghanes ne reçoivent aucun soin anténatal pendant leur grossesse, et beaucoup n’ont pas accès à une offre de soins obstétricaux essentiels ou d’urgence. De nombreux facteurs contribuent à la situation alarmante de la santé des femmes en Afghanistan.

74 600

Les équipes de Médecins Sans Frontières ont assisté plus de 74 600 naissances en 2018 en Afghanistan.

Près de 36 % des Afghans vivaient sous le seuil de pauvreté en 2011 selon la Banque mondiale, et on estime que chaque jour environ 1 100 personnes fuient la violence de leur région : près des trois quarts de ces déplacés seraient des femmes et des enfants (ONU, 2018). De nombreuses femmes afghanes n’entreprennent pas le voyage jusqu’aux structures sanitaires, à cause de l’insécurité et des risques, liés au conflit ou à la criminalité.

La pression sociale et culturelle, et le manque d’éducation générale et sanitaire en particulier, participent également à cette dynamique : près des deux tiers des femmes afghanes accouchent ainsi à leur domicile. Des situations fréquemment observées ou rapportées par les équipes de Médecins Sans Frontières, qui travaillent dans les régions du Helmand et de Khost, dans lesquelles l’association offre des soins de santé maternelle.

La capitale de l’Afghanistan est mieux dotée en structures de santé que le reste du pays. Pourtant, comme la plupart de ces structures sont privées et payantes, l’accès aux soins de santé maternelle est également compliqué dans cette région. Dans cette ville, le prix d’un accouchement ou d’une césarienne est inaccessible pour de nombreuses familles. Kaboul a par ailleurs connu une explosion démographique ces dernières années et la population de la capitale est passée d’environ un million d’habitant en 2001 à plus de 5 millions en 2016, réduisant ainsi le nombre de structures de santé par habitant.

 

C’était Dasht-e-Barchi

Reportage au cœur de la maternité avant l’attaque du 12 mai 2020

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En novembre 2014, MSF ouvre un service d’urgence spécialisé en soins obstétriques et néonataux au sein de l’hôpital public de Dasht-e-Barchi, dans l’ouest de Kaboul. Le 12 mai 2020, des hommes armés ont attaqué cette maternité avec pour seul objectif de tuer des mères. Le bilan est dramatique : 24 personnes dont 15 femmes et une sage-femme sont décédées sous les balles ce jour-là. 20 autres personnes ont été blessées. Le 15 juin 2020, MSF annonce son retrait de la maternité de Dasht-e-Barchi, considérant qu'elle ne peut plus garantir la sécurité de son personnel et ses patients. Plus de 16 000 accouchement avaient eu lieu dans la maternité en 2019. 

Notre intervention

Depuis 2009, date de son retour dans le pays, Médecins Sans Frontières offre des soins de santé maternelle et infantile aux populations afghanes. 

Les équipes de Médecins Sans Frontières étaient présentes à Kaboul et dans les provinces de Khôst, à l’est, et du Helmand, au sud-ouest de l’Afghanistan. Elles offraient des soins obstétricaux et pédiatriques et contribuaient à réduire la mortalité maternelle et infantile, très élevée dans ce pays. Cependant, l'attaque de la maternité de Dasht-e-Barchi en mai 2020 a forcé MSF à se retirer de la maternité de Kaboul le 15 juin.

Médecins Sans Frontières soutient de nombreuses structures en Afghanistan depuis son retour dans le pays.

Les équipes de Médecins Sans Frontières offrent des soins de santé secondaire dans les hôpitaux à Kaboul et à Lashkar Gah, dans la province du Helmand, et une prise en charge aux personnes affectées par la tuberculose notamment à Kandahar.

Médecins Sans Frontières offrait des soins spécialisés en traumatologie aux populations afghanes de la région de Kunduz.

Le 3 octobre 2015, l’hôpital de Médecins Sans Frontières est bombardé en pleine nuit par la coalition américaine. Cette attaque coûte la vie à 42 personnes, dont 24 patients, 4 accompagnateurs et 14 membres du personnel de MSF, auxquels s’ajoutent 37 blessés.

Médecins Sans Frontières soutient les familles déplacées d'Hérat.

Les équipes de Médecins Sans Frontières sont présentes à Hérat, où elles interviennent auprès des populations déplacées, en leur apportant une aide médicale ou en soutenant les structures locales. 

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