Éclairage

Soudan du Sud : une guerre civile dévastatrice

Le conflit qui oppose depuis 2013 l’armée sud soudanaise à des groupes d’opposition a provoqué le déplacement de plusieurs millions de Sud-Soudanais. Ils vivent dans la peur des affrontements et des exactions, avec très peu d’accès aux soins de santé.

23/11/2020
© Peter Bauza

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

En 2013, des dissensions éclatent au sein de l’exécutif sud-soudanais : après le renvoi du vice-président Riek Machar en juillet, de violents affrontements ont lieu en décembre dans la capitale Juba, entre ses troupes et celles du président Salva Kiir. La guerre civile s’étend alors progressivement à de nombreuses régions du Soudan du Sud, avec de lourdes conséquences pour les populations civiles. Les accords de cessez-le-feu et de paix, signés en 2014 et 2015, ne permettent pas de mettre un terme au conflit entre ces deux groupes armés, autrefois alliés dans la lutte d’indépendance du pays, contre l’armée soudanaise et le gouvernement de Khartoum. De violents combats éclatent à nouveau dans la capitale Juba en juillet 2016, la guerre civile gagne les régions méridionales du pays, jusque-là relativement épargnées, et des centaines de milliers de personnes supplémentaires sont contraintes de fuir vers l’Ouganda voisin. 

La signature en septembre 2018 d'un accord de paix sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) offre au pays une petite accalmie dans les combats. En février 2020, un gouvernement de transition est mis en place avec le retour de Riek Machar au poste de vice-président de Salva Kiir. Le Nord-Est reste cependant victime de nombreuses violences inter-communautaires.

Le conflit au Soudan du Sud ravive les tensions ethniques dans ce pays et cette région, ravagés par près de trois décennies de conflits armés. Le pays est exsangue : son système sanitaire est quasi inexistant, et de nombreuses structures de santé ont été détruites par des groupes armés. On compte ainsi près de 2 millions de déplacés dans le pays et 2,2 millions de réfugiés dans les pays voisins (HCR, 2019).

2.

2 La carte de situation

Principales interventions de MSF au Soudan du Sud en 2018

Principales interventions de MSF au Soudan du Sud. Source : rapport international d'activités 2018

© MSF

3.

3 3 questions à Will Harper, chef de mission au Soudan du Sud

Quatre millions de personnes ont été déplacées par des années de conflit au Soudan du Sud, qui reste l'un des pays les plus dangereux au monde. Mais c'est aussi l'un des pays dans lesquels MSF mène l'une de ses plus grandes opérations.

4.

4 Les repères chronologiques

1983

Début de la guerre civile soudanaise opposant le gouvernement soudanais à l’Armée populaire de libération du Soudan.

2005

Signature d’un accord de paix entre le gouvernement soudanais et l’Armée populaire de libération du Soudan.

2008

Ouverture d’un projet de soins secondaire et hospitaliers de MSF à Aweil, dans la région Bahr el Ghazal du Nord.

2011

Indépendance du Soudan du Sud après un l’organisation d’un référendum.

2013

Affrontements entre groupes armés dans la capitale Juba, en décembre.

2014

Signature d’un accord de cessez-le-feu entre les forces gouvernementales et rebelles en mai, suivi d’une reprise des affrontements dans les semaines suivantes.

2015

Signature d’un accord de paix entre les forces gouvernementales et rebelles en août, suivi d’une reprise des affrontements dans les semaines suivantes.

2017

Déclaration de l’état de famine dans plusieurs zones du Soudan du Sud, notamment par l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

2017

Violents affrontements mi-février entre le SPLA (Armée populaire de libération du Soudan) et des groupes d’opposition. Des civils sont pris pour cible. Début des affrontements dans la région du Nil Supérieur (Nord-Est).

2018

Signature d'un accord de paix en septembre sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Les affrontements intercommunautaires continuent cependant, notamment dans la région du Nil-Supérieur.

2020

Mise en place d'un gouvernement de transition en février. Les violences intercommunautaires continuent dans le Nord-Est.

Situation - L’éclairage

Un pays déchiré par la guerre

Les cessez-le-feu et les accords de paix signés en mai 2014 et août 2015 entre les forces gouvernementales, dirigées par Salva Kiir, et le mouvement rebelle, mené par Riek Machar, n’ont pas enrayé la dynamique de conflit au Soudan du Sud. Les mouvements d’offensives et de contre-offensives pour la prise de position de villes ont ainsi continué dans le nord-est du pays dans les Etats de Jonglei et du Nil supérieur, par exemple. Tout comme les exactions (massacres, attaques, meurtres, viols) sur les populations civiles et les destructions de villes.

3 683

C’est le nombre de membres des équipes de Médecins Sans Frontières qui ont travaillé au Soudan du Sud en 2016. C’est le deuxième pays d’intervention le plus important en termes d’effectifs MSF sur le terrain.

En juillet 2016, les affrontements dans la capitale Juba se sont ensuite propagés aux villes alentours, forçant des milliers d’habitants de la région d’Equatoria à fuir, notamment vers l’Ouganda voisin. Quant à la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS), elle s’est révélée incapable de protéger les populations dans cette situation.

En septembre 2018, un nouvel accord de paix prévoyant un partage du pouvoir a été signé à Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie, par le président Salva Kiir et son opposant, Riek Machar. En février 2020, un gouvernement de transition est mis en place avec Riek Machar en Vice-Président de Salva Kiir. Mais la situation reste volatile dans le pays : si la capitale Juba est calme, des violences ont pourtant éclaté dans l'État de Jonglei, dans l’Est du pays, entraînant le déplacement de milliers de personnes.

Un système de santé ravagé

Depuis la signature d’un accord de paix en septembre 2018, une relative accalmie règne au Soudan du Sud, malgré des violences éparses qui peuvent affecter les populations. De nombreux Sud-Soudanais n’ont pas rejoint leur foyer après l’avoir fui. Le système de santé est largement détruit et les besoins médicaux et humanitaires sont immenses.

Les populations déplacées à l’intérieur du pays sont coupées d’accès aux soins. Les populations font face à des épisodes d’extrême insécurité alimentaire, pendant lesquels le statut nutritionnel des plus vulnérables se détériore rapidement : les équipes de Médecins Sans Frontières ont dû faire face à des épidémies de Choléra ou de paludisme, et à des taux de malnutrition infantile et de violences sexuelles alarmants

Un grand nombre de structures de santé ont été ciblées, d’une manière ou d’une autre, par les différents groupes armés qui s’affrontent dans le pays. Bon nombre d’entre elles ont été pillées ou réduites en cendres. D’autres portent encore des panneaux présentant le logo d’une ONG, mais quand on y entre, tout est détruit. Sur les quelque 1 500 structures de santé disséminées dans le pays, on estime que les trois quarts sont endommagées et nécessitent des rénovations mineures, majeures, voire intégrales. Ainsi, moins de la moitié de la population du pays vit à proximité d’une structure de santé opérationnelle. Celles-ci ne peuvent fournir en général que des soins basiques, sans hospitalisation ou soins spécialisés. Le plus souvent, la seule façon pour les Sud-Soudanais de bénéficier de soins de santé appropriés est de partir, de parcourir de longues distances et même de traverser des frontières internationales pour trouver un hôpital.

Le déplacement rapide des lignes de front imposent aux équipes de Médecins Sans Frontières des suspensions d’activités fréquentes, comme ça a été notamment le cas en avril 2017 lorsque les combats opposant l’Armée populaire de libération aux forces Agwelek ont eu lieu non loin de la ville de Kodok, dans le nord du pays. Et certaines zones du pays sont encore inaccessibles aux équipes d’assistance humanitaires pour des raisons de sécurité.

Des populations qui se réfugient dans les pays voisins

De nombreux habitants du Soudan du Sud ont fui vers les pays frontaliers, la République démocratique du Congo, l’Ethiopie, le Soudan, le Kenya et plus particulièrement l’Ouganda. En novembre 2016, soit quelques mois après les combats violents qui ont eu lieu à Juba la capitale, ils étaient près de 2 000 par jour à fuir les exactions et les violences. Les camps de réfugiés, comme celui de Bidibidi dans le district Yumbe, en Ouganda, ont rapidement atteint leur capacité maximale et on compte plus d’un million de réfugiés sud-soudanais dans le pays (HCR, 2018).

 

Notre intervention

MSF offre une assistance médicale d’urgence aux populations sud-soudanaises, victimes de la guerre civile qui se tient dans le pays depuis 2013.

MSF propose depuis 2013, une assistance médicale d’urgence aux Sud-Soudanais réfugiés dans le nord de l’Ouganda.

Depuis 2008, MSF offre des soins obstétricaux et pédiatriques dans l’hôpital d’Aweil, dans le nord-est du Soudan du Sud.

L'historique du sujet