Ouganda : un flot sans fin de réfugiés sud-soudanais

Vivre dans des conditions précaires en Ouganda pour échapper au conflit au Soudan du Sud. Frederic NOY/COSMOS
Vivre dans des conditions précaires en Ouganda pour échapper au conflit au Soudan du Sud.  ©Frederic NOY/COSMOS

L'Ouganda continue de recevoir de nouveaux arrivants en provenance du Soudan du Sud. À ce jour, le nombre de réfugiés s'élève à plus de 950 000 [1] et devrait atteindre un million dans les semaines à venir, faisant de l'Ouganda le principal pays d'accueil pour réfugiés sud-soudanais, ainsi que le principal pays d'accueil en Afrique.

Dans les districts du nord de l'Ouganda, tels que Adjumani, Yumbe et Moyo, plus de 30% de la population actuelle sont des réfugiés et 86% d'entre eux sont des femmes et des enfants de moins de 18 ans.

En dépit de l'afflux massif de réfugiés en provenance du Soudan du Sud, des lacunes dans la réponse humanitaire persiste. Et la saison des pluies dégrade davantage les conditions de vie déjà précaires dans les camps de réfugiés.

[1] HCR, 12 Juin 2017

Point d'entrée

© MSF
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Les premières vagues de réfugiés fuyaient les combats qui ont éclaté à Juba, le 8 Juillet 2016. Depuis, plus de 630 000 personnes ont trouvé refuge en Ouganda. Plus récemment, l'arrivée massive de population est une conséquence directe de l'insécurité et de la violence généralisée dans la région d'Equatoria.

Les personnes qui arrivent en Ouganda appartiennent à des groupes ethniques divers.

Le pont de Busia est un cordon ombilical entre le Soudan du Sud et l'Ouganda. Il est très fréquenté par les réfugiés qui passent habituellement tôt le matin et retournent plus tard dans la journée récupérer leurs bagages, cachés de l'autre côté de la frontière.

En mai 2017, 1 613 nouvelles personnes en moyenne entraient chaque jour en Ouganda pour fuir le Soudan du Sud.

© Frederic NOY/COSMOS
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Processus d'enregistrement à la frontière

Aux différents points d'entrée le long de la frontière entre le Soudan du Sud et l'Ouganda, les réfugiés sont accueillis, enregistrés par les Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans des centres spécialement prévus à cet effet, nourris et conduits aussi rapidement que possible, en bus, dans le camp d'Imvepi, situé à deux heures de route de la frontière.

Mais la capacité d'enregistrement avoisine les 1 500 personnes par jour, alors que les arrivées quotidiennes sont plus élevées, créant un goulot d'étranglement dans le processus. De ce fait, les centres d'enregistrement sont surpeuplés de gens qui attendent d'être installés.

© Frédéric Noy/COSMOS
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Camp d'Imvepi

La plupart des personnes récemment arrivées vivent dans les camps de réfugiés dans les districts du Nil occidental, dans le nord de l'Ouganda.

Le camp d'Imvepi, dans le district d'Arua, a été ouvert en février 2017 et accueille désormais 107 330 personnes, au 12 juin 2017. Les nouveaux arrivants continuent d'être installés dans ce camp.

Une moyenne de 700 à 800 personnes se sont présentées chaque jour au centre d'accueil du camp d'Imvepi dans le courant du mois de mai 2017. MSF vaccine tous les nouveaux arrivants et mène une enquête pour connaitre l'histoire personnelle de chaque individu, notamment le niveau de violence auquel il a été exposé dans son pays d'origine mais aussi durant sa fuite vers l'Ouganda. MSF a également ouvert un dispensaire pour prendre en charge les victimes de violences sexuelles, à l'intérieur même du centre d'accueil.

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La loi de 2006 sur les réfugiés en Ouganda accorde un certain nombre de droits, y compris le droit de se déplacer librement, de travailler et d'obtenir une parcelle de terre. Bien que cette loi soit progressiste et permette aux réfugiés d'être autonomes, cette pratique est mise à rude épreuve face à l'ampleur de l'afflux de réfugiés qui ne montre aucun signe de diminution.

Le camp d'Imvepi, où les nouveaux arrivants sont placés depuis février 2017, devrait atteindre sa capacité maximale dans les semaines à venir. L'ouverture d'un nouveau camp, une extension de Rhino, est planifié prochainement.

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Camp de Bidi Bidi

Le camp de Bidi Bidi, dans le district de Yumbe, a été ouvert en août 2016 et accueille 272 206 personnes (chiffre au 12 juin 2017). Il ne reçoit désormais plus de réfugiés pour éviter le surpeuplement. Les nouveaux arrivants sont placés dans d'autres camps, comme celui d'Imvepi.

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En entrant en Ouganda et une fois enregistrée, chaque personne accède au statut de réfugié qui lui donne le droit de travailler, de circuler librement dans le pays et de posséder 30 mètres carrés de terres où il peut construire une maison et cultiver des légumes.

A Bidi Bidi, où les réfugiés sont établis parfois depuis près d'un an, il est difficile de distinguer les maisons de la population hôte de celles de réfugiés. Des services tels que l'école et l'église se sont développés de manière significative et de nouveaux magasins ont ouverts.

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À gauche : Père Lutor Francis, 58 ans, avec les seuls biens qu'il a pu apporter du Soudan du Sud. Sa bible et son livre de prières.

À droite : Monica Aba, 60 ans, dans sa case. Elle est arrivée du Soudan du Sud habillée de la robe blanche dont elle se sert durant les offices à l’église catholique. Le jour de sa fuite, elle était à l'église et n'a pu repasser chez elle à cause de l'insécurité.

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Approvisionnement en nourriture

L'approvisionnement en nourriture devient une préoccupation croissante tant pour la population hôte que pour les réfugiés. Les rations alimentaires du Programme Alimentaire Mondial (PAM) ont été réduites en raison du manque de financement, alors qu'une sécheresse persistante a une incidence directe sur les prix des denrées alimentaires dans le nord de l'Ouganda. Dans certains camps de réfugiés, la tension monte parmi la population en réaction à la réduction des rations et certains réfugiés préfèrent retourner au Soudan du Sud par manque de nourriture.

Offre de soins médicaux et système de surveillance

MSF offre des soins médicaux, notamment des consultations externes et internes, des soins de santé anténatale et maternelle, un dépistage de la malnutrition, des soins de santé mentale et des consultations spécifiques pour les victimes de violences sexuelles.

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En raison des pluies abondantes, MSF enregistre un nombre croissant de patients souffrant de paludisme, se traduisant par une augmentation continue du nombre total de consultations. Dans le camp de Bidi Bidi, MSF a mis en place une équipe ambulatoire de dépistage et de traitement contre le paludisme, en porte-à-porte, pour tous les enfants de moins de cinq ans.

Les équipes de surveillance sanitaire se déplacent dans les communautés des camps pour recueillir des données sur la mortalité, la morbidité et l'état nutritionnel.

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Approvisionnement en eau

L'accès à l'eau est l'un des plus grands problèmes dans les camps de réfugiés. MSF a récemment augmenté ses activités d'approvisionnement en eau. Mais l'arrivée de la saison des pluies rend l'accès à l'eau encore plus difficile avec la détérioration de l'état des routes. Dans certaines zones du camp de Rhino, par exemple, les gens ont reçu une moyenne de sept litres par personne et par jour dans le courant du mois de mai ; un chiffre bien au-dessous de la norme minimale de 20 litres par personne et par jour. L'ensemble des camps du nord de l'Ouganda ne compte que deux stations de traitement de l'eau et présente un manque probant de forages.

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© MSF juillet 2017

Dans le camp de Bidi Bidi, MSF a motorisé un forage ainsi que la distribution en eau du centre de santé. Dans l'ensemble des camps, MSF fournit un approvisionnement en eau potable, a mis en place des systèmes de purification de l'eau et travaille en étroite collaboration avec la communauté pour développer la promotion à l'hygiène.

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