Tremblement de terre en Haïti : les blessés font face à de nombreux défis

Un patient pris en charge par l'équipe médicale du centre de traitement de Turgeau.
Un patient pris en charge par l'équipe médicale du centre de traitement de Turgeau. © Steven Aristil

Pour les 12 000 personnes blessées lors du séisme du 14 août dernier dans la région sud d'Haïti, au traumatisme psychologique s'ajoutent les difficultés d'accès aux soins. Les défis matériels et logistiques sont nombreux : difficulté pour se déplacer, dommages dans les structures de santé locales et hôpitaux débordés.

Widnika, 2 ans et demi, dort dans un lit de l’hôpital MSF de Tabarre, à Port-au-Prince, sa mère Widline assise à côté de lui. Mi-août, le tremblement de terre a détruit sa maison dans la petite ville de Camp-Perrin et fracturé une de ses jambes. Widnika a pu être extrait des décombres grâce à l'aide des voisins et conduit vers l'hôpital le plus proche par sa mère, avant d'être pris en charge à Tabarre. 

Le séisme, d'une magnitude de 7,2, a débuté à 8 h 29, heure locale, le 14 août 2021. Quelques minutes pendant lesquelles les bâtiments s'effondraient dans les zones les plus durement touchées faisant plus de 2 200 morts et plus de 12 000 blessées selon les chiffres officiels. Comme Widnika, les personnes blessées commencent à peine un long processus de guérison après le traumatisme physique et psychologique qu’ils ont subi. 

Pendant plusieurs jours, les hôpitaux de la capitale, Port-au-Prince, se sont remplis de blessés venus du Sud, transférés via le système national d'ambulances, ou arrivés par leurs propres moyens. D'autres ont pu être évacué par hélicoptère ou avion, rapidement déployés sur la zone.

Centre de traumatologie en capitale

Dans le quartier de Turgeau à Port-au-Prince, MSF a ouvert un centre d’urgence pour stabiliser ces patients le jour même du séisme. Au cours des huit premiers jours d’activité, le centre a traité 133 blessés du tremblement de terre en provenance du Sud et 152 autres patients. 82 patients ont été orientés vers d’autres hôpitaux pour recevoir des soins supplémentaires ou être opérés, dont 27 à l'hôpital MSF du quartier de Tabarre, spécialisé dans les traumatismes graves et les brûlures. 

Au moment du séisme, l'hôpital de 70 lits était déjà presque plein. Avec 70 admissions suite au séisme, le dispositif d’urgence a été activé et 19 lits supplémentaires ont été installés notamment dans la cour de l’hôpital.

François and his mother, Deus
Widnika et sa mère à l'hôpital MSF de Tabarre. © Tim Shenk/MSF

Widnika a subi une intervention chirurgicale pour poser un fixateur externe sur son tibia. Le petit garçon pourra bientôt rejoindre son domicile mais Widline appréhende le retour dans une maison détruite. Leur ville, Camp-Perrin, est à cinq heures de route en temps normal, mais les dégâts causés par le séisme et des glissements de terrain dans toute la région rendent tout déplacement beaucoup plus difficile, y compris pour le personnel soignant.

Défis logistiques

Dans le Sud, de nombreux hôpitaux sont endommagés et ne peuvent pas fournir les services essentiels et le suivi dont les blessés ont besoin. « Nous sommes en train de prendre contact avec d'autres organisations pour nous assurer que les patients pourront poursuivre la physiothérapie et les soins psychologiques lorsque nos patients retourneront chez eux, explique le Dr Kanoute Dialla, coordinateur MSF de l'hôpital de Tabarre. Il est très important que les patients souffrant de fractures reçoivent des consultations médicales régulières pour surveiller la façon dont leurs os se consolident et pour adapter le traitement si nécessaire. »

Elvie Pierre, assistante sociale de l'hôpital de Tabarre, veille à ce que les patients restent en contact avec leur famille, ce qui est une source très importante de soutien psychologique. « Est-ce que quelqu'un sait que vous êtes à l'hôpital ? » demande-t-elle régulièrement, sortant son téléphone si un appel est nécessaire. Lorsque l'état des patients s'améliore et qu'ils se préparent à sortir de l'hôpital, elle s'assure qu'ils pourront poursuivre leur traitement ambulatoire, car rester à Port-au-Prince sur le long terme n'est pas une option pour certains patients. Nombre d’entre eux, qui vivent à plusieurs heures de route, ne connaissent personne dans la ville. « Les logements à Port-au-Prince sont souvent très petits, explique Elvie Pierre, et il peut être difficile pour les proches d'accueillir une personne supplémentaire ». MSF a installé une tente dans l'enceinte de l'hôpital pour ces patients-là.

Réponse d'urgence dans le Sud

Les équipes d'urgence de MSF soignent également les survivants du séisme dans les zones touchées du Sud, y compris dans les villes de Jérémie et des Cayes. Ces équipes aident notamment à évaluer le niveau de prise en charge des établissements médicaux de la région pour fournir les soins de suivi. 

Widnika n’est pas encore prêt à rentrer à Camp-Perrin. Dans son lit d’hôpital, l’enfant ouvre brièvement les yeux et regarde la chambre autour de lui. Il croise le regard de sa mère avant de se rendormir. Pour lui comme pour de nombreux blessés du séisme, le processus de guérison commence à peine et sera sans doute long.

À lire aussi