Madagascar : MSF alerte sur un risque d’aggravation de la crise nutritionnelle chez les enfants dans le district d’Ikongo
Communiqué de presse
La combinaison de la baisse de financements avec la période de soudure, la saison cyclonique et le pic de paludisme, fait craindre une dégradation rapide de la situation nutritionnelle des jeunes enfants dans le district d’Ikongo, au sud-est de Madagascar, alerte Médecins Sans Frontières (MSF).
Présentes dans le district depuis 2022 en appui au ministère de la Santé Publique, les équipes de MSF constatent déjà une pression croissante sur les structures de santé du district d’Ikongo, classé en phase 2 du Cadre intégré de classification (IPC) de la sécurité alimentaire depuis octobre 2025. Depuis le début de la réponse d’urgence de MSF à la crise nutritionnelle à Ikongo en octobre, 27 072 enfants ont été dépistés. Parmi eux, 4 077 ont été pris en charge pour malnutrition aiguë, dont 842 pour une forme sévère.
Le gouvernement malgache et les Nations unies ont récemment lancé un appel à l’assistance internationale face à la dégradation de la situation dans le pays. « Les observations de nos équipes à Ikongo confirment les préoccupations exprimées par le gouvernement », explique Narcisse Wega, chef de mission MSF à Madagascar. « La saison de soudure, la saison cyclonique et la recrudescence du paludisme créent une combinaison particulièrement préoccupante. Sans un renforcement rapide des capacités de prévention et de prise en charge, nous risquons de voir davantage d’enfants arriver dans un état nutritionnel sévère dans les semaines à venir ».
Entre janvier et mi-février, plus de 11 000 cas de paludisme ont été signalés dans le district, selon le ministère de la Santé publique, faisant d’Ikongo l’une des zones les plus touchées du pays. Dans les structures soutenues par MSF, le paludisme est désormais la principale cause de consultation, avec un taux de positivité supérieur à 50 %.
L’accès aux soins demeure un défi majeur. L’isolement géographique, l’état des routes, l’absence de moyens de transport combinés aux aléas climatiques retardent la prise en charge, entraînant des arrivées tardives d’enfants souffrant de malnutrition aiguë, parfois dans un état critique.
Face à ces signaux d’alerte, MSF a renforcé sa réponse depuis la fin octobre, en collaboration avec les autorités locales. En plus des 22 structures de santé déjà soutenues, l’organisation appuie désormais neuf centres de santé de base et 22 centres de traitement nutritionnel ambulatoire dans la partie sud du district. Les activités comprennent la prise en charge médicale et nutritionnelle, le dépistage actif au niveau communautaire ainsi que des actions de sensibilisation pour encourager un recours plus rapide aux soins.
Cette extension d’activités intervient alors que les capacités de réponse des partenaires diminuent. Au niveau national, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti d’un déficit de financement estimé à 18 millions de dollars pour couvrir les besoins liés à la sécurité alimentaire et à la nutrition au cours des six prochains mois. À Ikongo, l’approvisionnement des zones isolées en intrants médicamenteux essentiels ainsi que la prise en charge des femmes enceintes et allaitantes restent insuffisamment soutenus, et peu d’acteurs humanitaires sont présents pour répondre aux besoins.
Une mobilisation au niveau national est essentielle afin de soutenir les structures de santé, garantir la continuité de l’approvisionnement en intrants nutritionnels et en traitements antipaludiques, et maintenir l’accès gratuit aux soins pour les populations vivant dans les zones les plus isolées. À Ikongo, l’augmentation des cas et de leur gravité indique que les prochaines semaines seront déterminantes pour éviter une nouvelle détérioration de la situation nutritionnelle et sanitaire des enfants.