RCA : MSF demeure présente auprès des populations, notamment déplacées, victimes de violence

Bossanga octobre 2013
Bossanga, octobre 2013 ©Sylvain Cherkaoui/Cosmos

A force d’instabilité politico-militaire, la République centrafricaine (RCA) est au fil des ans devenue un contexte d’urgence humanitaire et sanitaire chronique. Depuis le dernier coup d’Etat, en mars 2013, la situation s’est encore gravement détériorée. Les populations déplacées se comptent désormais par milliers et sont encore plus vulnérables et exposées, notamment au paludisme, mais aussi aux épidémies, à la malnutrition...

Un contexte complexifié par l’insécurité qui prévaut dans le pays, une réalité qui touche les civils en premier lieu, mais aussi pour les personnels de santé et les acteurs de l’aide. Présente depuis 1997 en RCA, MSF continue de travailler, d’adapter ses activités et d’ouvrir de nouveaux projets afin de pallier les besoins de plus en plus importants et pressants.

Confrontée depuis des décennies à l’instabilité politico-militaire, la RCA est au fil des ans devenue un contexte d’urgence humanitaire et sanitaire chronique ; un pays où – même « en temps de paix » – les taux de mortalité dépassent largement les seuils d’urgence, qui définissent une crise humanitaire, et où l’espérance de vie (48 ans en moyenne) est l'une des plus faibles au monde. A force de chaos, le système de santé centrafricain a fini par être laminé. Le ministère de la Santé est quasiment absent en dehors de Bangui, la capitale ; très peu de structures de santé fonctionnent à l’intérieur du pays ; les ressources humaines sont rares, ainsi on ne compte qu’un médecin pour 55 000 habitants – dont la plupart se trouvent à Bangui – et une infirmière ou sage-femme pour 7 000 habitants(1). En conséquence, l’accès aux soins même de base est très limité, voire inexistant dans certaines régions. Nombre de femmes meurent pendant la grossesse ou lors de l'accouchement et, sur 1 000 enfants, 129 (2) n’atteindront pas l’âge de cinq ans (principalement à cause du paludisme mais aussi de la malnutrition chronique, des maladies diarrhéiques, de la rougeole, ou encore de la méningite).

A compter de décembre 2012, date du début de l’offensive menée par l’ex coalition rebelle de la Séléka, cet état des lieux a empiré : nombre de structures de santé ont alors été pillées ou détruites et la majorité des personnels de santé ont quitté leur poste pour fuir vers Bangui. Depuis, en plein pic annuel de paludisme, médicaments, vaccins et matériels restent bloqués dans la capitale, les structures de santé n’ont pas pu reprendre leurs activités et les systèmes de surveillance sanitaire et la vaccination de routine ont été stoppés. Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la population centrafricaine, soit 4,4 millions de personnes, qui se retrouvent sans soins médicaux et encore plus vulnérables.

Aujourd’hui, la situation sécuritaire s’est encore détériorée, notamment à Bangui. Sur le terrain, les parties en conflit se multiplient. De nouveaux affrontements opposant des groupes armés d'auto-défense (les « anti-Balaka ») aux forces de l’ex-Séléka, des tensions intercommunautaires, mais aussi ethniques et confessionnelles, ont régulièrement lieu, notamment dans le nord et le nord-ouest du pays. Les attaques menées sur les villages atteignent des niveaux de violence sans précédent. Depuis le printemps 2013, razzias, exactions, arrestations/détentions arbitraires, exécutions sommaires – y compris de personnels de santé et de travailleurs humanitaires – se multiplient… Toutes les ONG internationales présentes en RCA ont été et sont victimes de braquages, parfois armés, de véhicules, de pillages de leurs structures, bureaux et bases de vie, ainsi que de vols, de menaces…  

Dans ce contexte de peur et de violence, des milliers de villageois ont dû fuir - parfois à plusieurs reprises depuis décembre dernier. Ils seraient ainsi 395 000 déplacés (3), vivant cachés en brousse sans abri, nourriture, ni eau potable, exposés aux intempéries et aux moustiques vecteurs du paludisme, première cause de mortalité en RCA. Sur les quelques sites de regroupement, la situation n’est pas meilleure : la promiscuité et conditions de vie et d’hygiène défaillantes favorisent le risque d’émergence d’épidémies. 1 million (4) de personnes seraient en situation d’insécurité alimentaire et 1,6 millions (5) en besoin d’une assistance humanitaire immédiate. Or les autorités centrafricaines sont actuellement dans l’incapacité de répondre aux besoins – notamment médicaux – de plus en plus importants et pressants de ces populations. MSF est particulièrement inquiète quant au sort des populations vivant dans certaines zones « grises », dont certaines sont inaccessibles aux acteurs de l’aide, situées essentiellement à l’est du pays, et dont on ne connaît pas la situation sanitaire et humanitaire.

Malgré ce contexte sécuritaire tendu et volatile, MSF – devenue un acteur majeur de la santé en RCA – continue de travailler, de se déplacer dans le pays, de mener des évaluations des besoins, d’initier de nouveaux programmes et de prendre en charge patients et blessés, quel que soit leur camp et quelle que soit la force contrôlant la zone où nous sommes présents. Nos équipes sont conscientes du contexte dans lequel elles évoluent et s’adaptent à l’évolution de la situation et des besoins. S’il nous est arrivé (et nous arrivera encore probablement) d’évacuer temporairement nos personnels de certaines zones devenues trop dangereuses, sur plusieurs localités du pays, MSF a adapté ses activités existantes et même ouvert de nouveaux projets afin de pallier les besoins.


Lire notre communiqué de presse du 26 novembre 2013 "RCA: de récents affrontements conduisent à de nouveaux déplacements de population à Bouca".

Voir la vidéo "Violences à Bouca" (Témoignages)

Passer des déclarations d’intention aux actes !

Au moment où la France reconnaît que « la population centrafricaine se trouve actuellement dans une situation épouvantable » et appelle la communauté internationale à « se mobiliser » ; où les Etats-Unis s’inquiètent – enfin – de l’aggravation de la crise ; alors que le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir autour d’une nouvelle résolution à venir sur la RCA, force est de constater que, malheureusement, sur le terrain, l’assistance déployée est largement insuffisante face à l’ampleur des besoins auxquels il faudrait pourtant immédiatement répondre.

Depuis décembre 2012, MSF a, à plusieurs reprises, dénoncé ce « vide » d’aide et appelé davantage d’acteurs humanitaires à intervenir en RCA afin qu’une assistance d’urgence puisse être déployée. Des déclarations d’intention ont, par la suite, été énoncées. Mais aujourd’hui, les équipes MSF constatent que, sur le terrain, la présence concrète des Nations Unies reste minimale.

« Les agences onusiennes, notamment l’Unicef ou encore le Programme Alimentaire Mondial, doivent se décider à enfin quitter Bangui pour investir davantage à l’intérieur du pays, venir en aide aux populations vulnérables sur l’ensemble du territoire, et ainsi respecter leur mandat !, alerte Marie-Noëlle Rodrigue, Directrice des opérations à MSF. Les bailleurs de fonds doivent également se mobiliser davantage afin que d’autres ONG aient enfin les moyens financiers d’intervenir et de venir renforcer l’action des organisations présentes qui ne peuvent continuer à faire face seules… »



Présente en RCA depuis 1997, MSF y gère actuellement sept projets réguliers (à Batangafo, Boguila, Carnot, Kabo, Ndéle, Paoua et Zémio) et trois projets d’urgence (à Bossangoa, Bouca et Bria). De plus, une équipe d’urgence mobile couvre les zones de Bouar, Mbaiki et Yaloké. D’ici la fin de l’année, MSF espère pouvoir initier des activités sur Bangassou et Ouango. Au total, nous offrons aujourd’hui des soins médicaux gratuits à environ 400 000 personnes ; proposons une capacité hospitalière d’environ 800 lits ; travaillons dans 7 hôpitaux, 2 centres de santé et 40 postes de santé ; et comptons plus de 100 personnels expatriés et environ 1 100 personnels centrafricains dans nos équipes.
 

(1) Nations Unies - Juillet 2012 / (2) OMS - 2013 / (3) Nations Unies - Octobre 2013 / (4) Nations Unies - Octobre 2013 / (5) Nations Unies - Octobre 2013

DOSSIER SPECIAL RCA

Retrouvez notre dossier consacré à la crise frappant la République centrafricaine.

À lire aussi