En bref

Depuis plus d’un an, la RCA traverse une crise majeure, dont les conséquences pour la population sont dramatiques et sans précédent.
Malgré la dégradation sécuritaire, MSF a fait de ce pays sa priorité et y déploie un important dispositif opérationnel. En avril 2014, MSF gère 3 projets réguliers (Carnot, Bria et Paoua) et mène 7 activités d’urgence, à Bangui et dans l’Ouest du pays.
Une assistance d’urgence est également apportée aux centrafricains réfugiés dans le sud du Tchad.

MSF est présente en RCA depuis 1997.

Dépenses 2013 : 6 801 000 €
Financements :  83% privés, 17% institutionnels (dont ECHO, European Community Humanitarian aid Office)
Équipe : 38 internationaux et 304 nationaux
Autres sections présentes : sections belge, suisse, hollandaise et espagnole

DOSSIER SPECIAL RCA

Communiqués, reportages, interviews, vidéos, rapports, dossiers de presse, cartes... Tout est dans notre dossier spécial RCA.

 

Dossier urgence RCA

 

L'URGENCE, UN AN APRES

Découvrez notre page spéciale "République centrafricaine : la peur au quotidien"

 

 

BLOG DU TERRAIN

Des volontaires MSF racontent leur mission dans notre nouveau blog "MSF en RCA".

 

Blog MSF en RCA

 

TRIBUNE

"L’exode en République centrafricaine"
Tribune du Dr Mego Terzian, Président de MSF

 

Mego Terzian

 

CHRONIQUES DE MSF sur LIBERATION.FR

MSF signe une chronique quotidienne sur ses activités d'urgence en République centrafricaine intitulée "Carnets d'urgence de Médecins sans frontières en Centrafrique".

 

Retrouvez l'intégralité de ces chroniques dans l'ebook de Libération.

 

Ebook Liberation MSF

 

DOSSIER DE PRESSE

Mars 2014
République Centrafricaine (RCA) : "Un an de violence continue à l’encontre des civils"

Contexte

En mars 2013, les forces de l’ex-coalition rebelle de la Séléka mènent un coup d’Etat et prennent Bangui, capitale de la RCA. Le 5 décembre 2013, des groupes d’auto-défense (anti-Balakas), dont le but originel était de protéger la population contre les exactions des ex-Sélékas, attaquent à leur tour Bangui.

Depuis plus d’un an, ce pays, qui était déjà dans une situation socio-sanitaire déplorable avant les derniers événements, est désormais confronté à une instabilité, notamment politique et sécuritaire et à une crise humanitaire majeures.

Si au printemps 2014, la minorité musulmane en paye plus particulièrement le prix, c’est l’ensemble de la population centrafricaine qui est victime des massacres, exactions, tueries, tortures, déplacements, regroupements forcés, pillages, destruction des villages, champs et maisons, etc. Dans leurs mouvements de repli, les ex-Sélékas pratiquent la politique de la terre brûlée et procèdent à des exécutions sommaires. Les anti-Balakas prennent ensuite les villes abandonnées par les ex-Sélékas, et ciblent les communautés musulmanes qui se retrouvent piégées, comme c’est le cas dans plusieurs villes de l’Ouest.

Mi-mars 2014, selon les Nations-Unies, 600 000 personnes seraient déplacées : 177 000 réparties sur 49 sites à Bangui, 15 000 personnes issues de la minorité musulmane considérées comme « étant en danger » et 280 000 réfugiés qui auraient rejoint les pays voisins (80 000 au Tchad, 126 000 au Cameroun, 11 000 au Congo Brazzaville et 62 000 en République démocratique du Congo). 

Alors que l’ensemble des services étatiques centrafricains, et notamment le ministère de la Santé, sont quasiment inopérants, la communauté internationale ne se mobilise que très progressivement et est encore loin de déployer une réponse à la hauteur de l’ensemble des besoins.

Sur le plan sanitaire, en dehors de la prise en charge des victimes de violences, le paludisme reste la première cause de mortalité en RCA. 2013 a aussi été marquée par de nombreux cas de rougeole sur l’ensemble du pays où les couvertures vaccinales sont faibles. Le déplacement des populations et leurs conditions de vie, en brousse ou sur des sites de regroupement non-adaptés, favorisent également la propagation des infections respiratoires et les maladies diarrhéiques. En 2014, du fait de l’insécurité et de ses conséquences, un risque de crise nutritionnelle est à craindre, notamment chez les populations déplacées.

Projets

Activités régulières

Le contexte de désert sanitaire général a poussé MSF à développer des projets de long terme en RCA. 

Programme régulier de Paoua

Depuis 2006, MSF intervient à l’hôpital de Paoua dans les services de consultations externes, pédiatrie, chirurgie, médecine générale et maternité et gère les activités de prise en charge du VIH/sida (dont la prévention de la transmission de la mère à l’enfant), de la tuberculose et du programme élargi de vaccination. MSF assure également la supervision du centre de santé urbain où notre clinique externe pédiatrique a été transférée (1 284 consultations y ont été menées en janvier 2014). 

MSF soutient aussi 7 centres de santé de la périphérie de Paoua (soins primaires, activités nutritionnelles, formation des agents de santé, approvisionnement en médicaments et matériels médicaux, travaux de maintenance/réhabilitation) et assure un réseau de références vers l’hôpital (7% des patients référés sont des cas de paludisme sévère). En 2013, malgré l’insécurité, la majorité de ces activités périphériques ont pu être maintenues. 

De janvier 2013 à février 2014, 89 855 consultations externes ont été dispensées, en majorité pour les moins de 5 ans et pour des cas de paludisme ; près de 10 000 patients ont été hospitalisés ; plus de 2 600 actes chirurgicaux ont été menés (dont 152 césariennes) ; plus de 1 200 enfants malnutris ont été admis dans notre programme nutritionnel (près de 800 enfants souffrant de malnutrition sévère ont été hospitalisés dans notre centre de soins intensifs) ; 11 202 consultation anténatales et 1 878 accouchements ont été menés ; près de 1 300 patients ont été suivis dans notre programme VIH/sida (dont 860 sont sous antirétroviraux) et plus de 300 patients tuberculeux ont été admis. De janvier à décembre 2013, 8 233 enfants ont été vaccinés contre la rougeole, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B et les infections méningées

En janvier 2014, des cas de rougeole persistent (107 en janvier 2014, contre 49 en décembre 2013) malgré les campagnes de vaccination de masse en 2013. La vaccination a donc été renforcée dans les villages et au total, 121 enfants âgés de 6 mois à 5 ans ont été vaccinés en 15 jours. Le nombre d’enfants malnutris admis dans les programmes ambulatoires périphériques a lui aussi augmenté. Tous les cas sévères ou compliqués ont été référés vers l’hôpital. L’augmentation du nombre de cas de victimes de violence – venant de localités voisines de Paoua en proie à un regain de tensions – se confirme également (31,3% des patients chirurgicaux en janvier 2014, contre 17% en décembre 2013). 

En 2014, MSF maintiendra ses activités pour la population résidente et déplacée de Paoua-ville (25 000 personnes) et de sa sous-préfecture (235 000 personnes) et répondra aux éventuelles urgences comme des afflux de déplacés ou de blessés. Afin d’améliorer la prise en charge des patients, notamment blessés, des soins de kinésithérapie seront proposés et le service des urgences de l’hôpital sera repris par MSF. 

Programme régulier de Carnot

Ce projet, initié en 2010, avait pour objectif initial de répondre à la forte prévalence de VIH/sida et de tuberculose dans la zone (10%). Depuis 2012, en plus de la prise en charge du VIH/sida, de la tuberculose et du soutien à 3 centres de santé périphériques, de nouvelles activités ont été mises en place à Carnot et en périphérie : consultation externes pour les moins de 5 ans, hospitalisation pédiatrique, appui à la vaccination de routine, médecine interne, mise en place d’un réseau communautaire d’agents paludisme et surveillance épidémiologique. 

En 2013, du fait du contexte chaotique, le soutien en périphérie a dû être arrêté, mais le reste de nos activités a pu être maintenu. Le paludisme reste la cause principale de morbidité et d’hospitalisation. Entre janvier 2013 et février 2014, 68 835 consultations (dont plus de 40 000 pour des cas de paludisme) ont été dispensées ; plus de 4 600 patients ont été hospitalisés ; près de 700 enfants malnutris ont été admis dans notre programme nutritionnel (plus de 470 enfants souffrant de malnutrition sévère ont été hospitalisés dans notre centre de soins intensifs) ; plus de 6 000 enfants ont été vaccinés (rougeole, diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, et infections méningées) ; 1 720 patients ont été suivis dans notre programme VIH (dont 1 160 sont sous antirétroviraux) et plus de 470 patients tuberculeux ont été admis. Entre le 21 janvier et le 8 février 2014, l’hôpital de la ville a reçu près de 70 victimes de violence. Des kits pour la prise en charge des blessés (en cas de nouvel afflux) ont depuis été positionnés aux urgences et au bloc opératoire. 

En 2014, MSF maintiendra ses activités pour la population résidente et déplacée de Carnot-ville (56 000 personnes) et de sa sous-préfecture (120 000 personnes). MSF souhaite également réduire la mortalité et la morbidité chez les 0-15 ans, ainsi que chez les patients VIH/sida et tuberculeux. Nous continuerons à répondre aux éventuelles urgences (afflux de déplacés ou de blessés). Afin d’améliorer la prise en charge des patients, et notamment des blessés, les services des urgences et de médecine interne de l’hôpital seront repris par MSF. 

Programme d’urgence devenu régulier à Bria

Bria, ville située dans l’est de la RCA, est une localité très isolée. Depuis l’offensive de l’ex-Séléka qui a particulièrement touché cette zone, la population est privée d’une offre globale de soins. Le faible nombre d’acteurs médicaux sur place a incité MSF à y ouvrir un projet pédiatrique en urgence, en juillet 2013, au moment du pic annuel de paludisme. Un dispensaire et une unité d’hospitalisation ont ainsi été mis en place pour les 0-15 ans. 

Entre août 2013 et février 2014, 26 786 consultations (majoritairement pour des cas de paludisme) ont été dispensées à Bria ; 72% concernent des enfants de moins de 5 ans et cette proportion va en augmentant ; 1 721 enfants ont été hospitalisés (dont 1 195 pour cause de paludisme sévère) ; 12 448 enfants ont été dépistés pour la malnutrition. 

En janvier 2014, le programme a connu une hausse du nombre d’admissions (65 hospitalisations par semaine, contre 48 par semaine en décembre 2013). Ceci s’explique, en partie, par l’augmentation du nombre de cas de rougeole (352 entre décembre 2013 et février 2014). Nous avons aidé les autorités sanitaires à mener une nouvelle campagne de vaccination de rattrapage pour les enfants âgés de 6 mois à 5 ans et plus de 1 300 enfants ont été vaccinés. Ce soutien s’est poursuivi en février, mais l’insécurité limite les actions en périphérie. 

Depuis début janvier 2014, plus de 8 000 personnes ont quitté Bangui pour se réfugier à Bria des arrivées régulières de populations se poursuivent. La situation dans cette zone sous contrôle de l’ex-Séléka reste tendue. Dans ce contexte d’instabilité et de désert médical, MSF a décidé de maintenir sa présence et de continuer d’assurer l’accès aux soins curatifs et préventifs pour les 47 000 enfants de moins de 15 ans de la préfecture. Afin de pouvoir répondre à un éventuel afflux de blessés et d’offrir une capacité de prise en charge chirurgicale (quasiment inexistante dans cette partie du pays), MSF prévoit de réhabiliter le bloc opératoire et le système de stérilisation de l’hôpital de Bria. De plus, une surveillance épidémiologique sera assurée. 

Activités d’urgence 2013-2014

Projet chirurgical à l’Hôpital Communautaire de Bangui

De mars à juin 2013 : le 24 mars 2013, la Séléka s’empare de Bangui. Les affrontements qui les opposent aux forces gouvernementales font de nombreux morts et blessés dans la capitale. MSF prend en charge une partie des blessés à l’Hôpital Communautaire qui devient alors la seule structure chirurgicale de la ville encore fonctionnelle. Sur les 3 mois d’activité, 1 072 blessés ont été pris en charge aux urgences (36% par balle) et 149 patients ont été opérés. 

De décembre 2013 à février 2014 : le 5 décembre 2013, les anti-Balakas attaquent Bangui. Les blessés se comptent par centaines et les Banguissois fuient l’insécurité pour se regrouper sur des sites non-adaptés, en quête de protection. Malgré la présence des forces armées internationales, la situation dans cette ville, en proie à la guérilla urbaine, semble être hors de contrôle. Entre le 5 et le 7 décembre, 16 personnels médicaux MSF prennent en charge 190 blessés dans les services des urgences, de chirurgie et d’hospitalisation de l’hôpital surchargé. Un deuxième bloc opératoire est mis en route et une équipe chirurgicale supplémentaire rejoint Bangui. 7 tentes (100 lits) sont installées afin d’augmenter la capacité d'hospitalisation. Une vingtaine de blessés arrivent en moyenne quotidiennement, avec des pics d’affluence certains jours. La violence n’épargne pas les structures de santé. A l’Hôpital Communautaire, la situation est très tendue : des menaces et des pressions sont directement exercées par des hommes armés à l’encontre des patients, de notre personnel et de celui du ministère de la Santé. De début décembre à fin février, 1 268 patients ont été reçus aux urgences, 1 946 opérations ont été menées et 653 patients ont été hospitalisés. Le 27 février, MSF passe ses activités de l’Hôpital Communautaire au Comité International de la Croix Rouge (CICR).

Projet chirurgical à l’hôpital général de Bangui

Fin février 2014, MSF ouvre un projet chirurgical à l’hôpital général de Bangui, après l’avoir réhabilité. MSF prend en charge les patients relevant des urgences chirurgicales et âgés de plus de 15 ans (non gynéco-obstétriques). Nos équipes travaillent aux urgences, dans les services de chirurgie, de suivi post-opératoire/rééducation/kinésithérapie et dans deux blocs où nous opérons entre 10 et 15 patients chaque jour. En mars, 115 opérations chirurgicales (sur les 154 menées au total) concernaient des victimes de violences (plaies par balle, par grenades, arme blanche, bastonnade, torture etc.).

Rapidement, MSF est confrontée à la prise en charge d'une vingtaine de patients anciennement blessés souffrant de plaies importantes, non cicatrisées et/ou infectées (dont 9 cas d'ostéomyélite). Les activités consistent à soulager la douleur, mener les actes chirurgicaux qui permettront de les soigner définitivement, initier de nouveaux traitements antibiotiques auxquels ils ne sont pas résistants et assurer la rééducation. 

Du 24 février au 30 mars, 442 patients ont été reçus aux urgences ; plus de 200 actes chirurgicaux ont été effectués ; et une centaine de patients ont été hospitalisés. 

Un mois après l’ouverture de ce projet, nos activités sont en constante augmentation et vont bien au-delà des prévisions de départ (180 à 200 admissions chirurgicales par mois, contre les 140 à 150 prévues initialement). MSF devra donc étendre sa capacité de prise en charge. L’unité de soins intensifs est déjà passée de 4 à 6 lits et une annexe a été rajoutée. 

Intervention dans les enclaves musulmanes de Bangui et de l’Ouest

Dans plusieurs localités,  des milliers de civils, en majorité musulmans, se retrouvent piégés dans des quartiers, des enceintes d’hôpitaux, d’églises et de mosquées, encerclés par des groupes armés et des communautés hostiles, vivant dans la peur et l’impossibilité de sortir. MSF ouvre des projets médicaux d’urgence dans plusieurs de ces enclaves.

  • Depuis fin décembre 2013, MSF soutient le centre de santé du quartier de PK5, à Bangui, (initialement musulman) où la situation est très volatile avec des pics de violence. Chaque semaine, environ 700 consultations y sont dispensées. 40% concernent les moins de 5 ans et le paludisme reste la première cause de morbidité. Entre le 30 décembre 2013 et fin mars 2014, 9 306 consultations ont été menées (plus de 2 800 pour des moins de 5 ans, dont plus de 1 100 souffraient du paludisme) ; près de 80 blessés ont été pris en charge sur place ou ont été référés vers l’Hôpital Communautaire puis l’Hôpital Général ; près de 200 enfants ont été vaccinés ; plus de 300 consultations anténatales, 138 consultations gynécologiques et 27 consultations de planning familial ont été dispensées ; enfin, près de 300 femmes enceintes ont été vaccinées contre le tétanos. Les enfants dépistés comme étant malnutris sont référés à Action contre la faim (ACF). Des moustiquaires sont systématiquement données aux enfants de moins de 5 ans et aux femmes enceintes. Depuis le 7 février, MSF mène aussi des dispensaires mobiles à la grande mosquée centrale de Bangui, située dans le quartier de PK5, où vivent environ 1 000 déplacés musulmans n’osant pas se rendre au centre de santé. MSF y assure aussi l’approvisionnement en eau (20m3 par jour). 
     
  • Depuis janvier 2014, sur le site de déplacés de la paroisse Saint-Sauveur de Bangui (environ 6 000 déplacés), MSF distribue des biens de première nécessité et construit des latrines et continue à y assurer l’approvisionnement en eau (20m3 par jour). 
     
  • De janvier à février 2014, dans le quartier « arabe » de Bozoum, des dispensaires mobiles sont mis en place pour les 2 500 personnes qui y vivaient enfermées. Entre le 20 janvier et le 2 février, 298 consultations y sont dispensées, en priorité pour les moins de 15 ans. Le 6 février, les derniers 2 500 musulmans de la ville quittent Bozoum. MSF arrête cette activité.
     
  • Depuis la mi-février 2014, des dispensaires mobiles sont menés par MSF sur l’église de Carnot où environ 1 000 déplacés (majoritairement des femmes et des enfants Peulhs) sont alors regroupés. 70 consultations y sont dispensées, en moyenne, chaque semaine. Une vaccination contre la rougeole et le tétanos, des distributions alimentaires et de biens non-alimentaires ainsi que des travaux d’aménagement du site sont lancés. Début 2014, une trentaine de cas de rougeole ont été détectés dans la zone de Carnot : MSF installe une tente de 20 lits, à l’hôpital, pour la prise en charge des malades et vaccine 85% des enfants déplacés âgés de 6 mois à 15 ans à l’église. Dans le même temps, des traitements anti-parasitaires et des suppléments en vitamine A sont distribués et les femmes en âge de procréer sont vaccinées contre le tétanos. Le 28 mars, 6 camions emmènent les deux tiers des Peuhls de Carnot vers le Cameroun, mais de nouveaux déplacés rejoignent l’église de la ville.
     

Activités d’urgence dans l’Ouest du pays 

Au cours du 1er trimestre 2014, la violence se diffuse de Bangui vers le reste de la RCA et notamment vers le Nord-Ouest du pays. MISCA comme Sangaris ne parviennent pas à (re)prendre le contrôle de la situation et les combats entre ex-Sélékas et anti-Balakas se poursuivent. Les tensions intercommunautaires sont de plus en plus vives. Dans le sillage du retrait des ex-Sélékas de Bangui et de villes de l’ouest (repli accompagné de pillages et de violences), des attaques et représailles sont directement menées par les anti-Balakas contre les populations musulmanes, poussant celles-ci à fuir. Des exodes massifs ont lieu à partir de Bouca, Bocaranga, Carnot, Berberati, Baoro, Bozoum et Bossangoa. Les populations en brousse contractent le paludisme et autres maladies parasitaires, mais ont toujours peur de se rendre dans les hôpitaux ou de rentrer chez elles. 

A partir de Bozoum, des équipes mobiles MSF sillonnent le centre et le nord-ouest du pays. Mais l’insécurité rend nombre d’axes routiers trop dangereux et complique l’accès aux soins et le transfert des blessés musulmans (notamment vers Paoua et Bangui). 

  • De janvier à mars 2014, MSF lance une intervention à l’hôpital de Bozoum : soutien technique et donations de médicaments essentiels pour relancer l’activité et intervention dans les services de consultations externes et des urgences chirurgicales et obstétriques. Le 3 février, 17 blessés sont pris en charge. Entre le 20 janvier et le 16 février, MSF dispense 2 188 consultations, dont 970 pour les moins de 5 ans ; sur les 92 patients reçus aux urgences, 22 cas de trauma/violence sont pris en charge ; 278 consultations sont menées à la maternité ; 141 patients sont hospitalisés en médecine-chirurgie, maternité et pédiatrie. Fin mars, MSF effectue une donation de médicaments et de matériel médical pour un mois, met en place un système de référence de cas sévères vers Paoua (ce qui nous permet de continuer à suivre ce qui se passe à Bozoum) et arrête son intervention à l’hôpital de Bozoum.
     
  • En janvier 2014, à l’hôpital de Ngaoundaye, MSF forme le personnel et effectue des donations de kits pour gérer d’éventuels afflux de blessés. Le 24 février, MSF mène un dispensaire mobile dans l’enceinte de l’hôpital : 179 patients ont été soignés ; 142 traitements antiparasitaires distribués ; 35 consultations dispensées (dont 26 cas de paludisme et 2 cas de malnutrition sévère). L’insécurité dans la zone ne nous a pas permis de poursuivre à Ngaoundaye.
     
  • A compter de janvier 2014, des dispensaires mobiles sont mis en place autour des sites où nous intervenons, pour les populations vulnérables (habitants de villages brûlés, déplacés en brousse, victimes de violences, malades du paludisme et autres, et notamment les enfants). Il s’agit de former le personnel de santé et effectuer des donations pour aider à relancer l’activité sanitaire sur les localités où les postes de santé ont été détruits et/ou pillés.
     
  • A compter de janvier 2014, une équipe chirurgicale mobile intervient sur des localités où des pics de violence - avec blessés - ont lieu et où il n’y a pas d’offre de soins chirurgicaux. Du 29 janvier au 1er février, elle prend ainsi en charge 15 blessés à Bossemptele. Du 27 février au 6 mars, elle rejoint Carnot où de nouveaux affrontements ont fait des blessés : 13 seront référés vers l’Hôpital Général de Bangui et une dizaine d’autres seront pris en charge sur place. Le 12 avril, elle rejoint Bria.
     
  • Mi-mars 2014, MSF initie un dispensaire mobile à Bocaranga, puis un soutien aux services de consultations externes, de pédiatrie et d’hospitalisation de l’hôpital de la ville. Des travaux de réhabilitation et d’aménagement sont effectués, notamment à la pharmacie. A terme, des dispensaires et un soutien à une dizaine de centres de santé assureront la prise en charge des cas de paludisme, au moment de son pic annuel.  


Avec les événements de 2013-2014, la présence de MSF reste indispensable, à Bangui comme sur l’ensemble du pays. L’enjeu sera de répondre à la fois aux urgences tout en maintenant les activités déjà engagées et en continuant à renforcer le système sanitaire. L’année 2014 sera déterminante quant à notre positionnement, à terme, en RCA.