Starved For Attention - RD Congo : la malnutrition qui ne devrait pas exister © Franco Pagetti/VII

Photo extraite de la campagne Starved for Attention - Nouveau regard sur la malnutrition, République démocratique du Congo, 2009 © Franco Pagetti/VII

Plus de 160 millions d'enfants dans le monde souffriraient de malnutrition (source : UNICEF, Banque Mondiale, OMS, 2014). La malnutrition n'est pas seulement le résultat de quantités d'aliments insuffisantes. Cette pathologie est causée principalement par l'absence de nutriments essentiels, ce qui non seulement pèse sur la croissance, mais encore affaiblit les défenses du sujet contre les maladies les plus courantes.

Chaque année, la malnutrition est à l'origine de plus d'un tiers des décès des enfants de moins de cinq ans : le système immunitaire des enfants malnutris est moins résistant aux maladies infantiles ordinaires. Les plus vulnérables sont les enfants de moins de deux ans, dont les besoins nutritionnels sont particulièrement élevés.

Le lait maternel est le seul aliment dont les bébés ont besoin au cours des six premiers mois. Passé ce délai, l'allaitement maternel n'est plus suffisant et les aliments intégrés au régime du nourrisson sont d'une importance capitale. Les régimes qui n'apportent pas le mélange voulu d'énergie (protéines de qualité, matières grasses essentielles, mais aussi glucides, vitamines et minéraux) sont susceptibles de nuire à la croissance et au développement de l'enfant.

Si ces enfants ne reçoivent pas les aliments de qualité permettant une nutrition équilibrée, leur vulnérabilité face aux maladies infantiles peut s'accentuer, entraînant des effets à long terme sur leur santé tels que des retards de croissance et des déficits cognitifs.

En 2014, MSF a traité près de 218 000 enfants atteints de malnutrition sévère. Ces activités ont été possibles notamment grâce à une prise en charge des enfants en traitement ambulatoire avec des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi (RUTF, pour Ready-to-Use Therapeutic Food).

Il serait pourtant possible de réduire significativement le nombre de jeunes enfants tombant dans la malnutrition, en agissant avant que leur état nutritionnel ne soit compromis.
Dans ses projets au Niger et au Mali, MSF a démontré qu'en intervenant de façon précoce, il est possible de réduire la mortalité des enfants et éviter les formes les plus sévères de malnutrition, notamment par la mise à disposition d'un ensemble de mesures préventives (vaccination, consultations de suivi, traitement préventif du paludisme) et l'utilisation de compléments nutritionnels riches en protéines.

ALLER PLUS LOIN

10 années de lutte contre la malnutrition au Niger en un coup d'oeil


SERIE DOCUMENTAIRE « GRANDES TUEUSES »

La Fondation Mérieux, l’Inserm, l’Institut Pasteur, Réseau CANOPE, MSF, Universcience, le DNDi… Les principaux acteurs français de la lutte contre les maladies infectieuses présentent la série et le webdocumentaire Grandes Tueuses, disponibles en ligne dès maintenant. Conçues comme un outil de sensibilisation pour le grand public et les acteurs de terrain, les 70 vidéos décrivent 14 grandes problématiques de santé publique et sont en open data, en libre accès et libre utilisation.

Découvrez la série sur la malnutrition :

 

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Construit autour de sept pathologies, ce webdocumentaire propose à l’internaute une découverte interactive et multimédia de l’antibiorésistance, du virus Ebola, de l’hépatite C, du paludisme, de la rougeole, de la tuberculose et du VIH-Sida. Les modules vidéo sont enrichis par une sélection de liens permettant d’en savoir plus.

Causes

La malnutrition : un déficit en nutriments essentiels

La malnutrition est principalement causée par l'absence de nutriments essentiels, ce qui non seulement pèse sur la croissance des jeunes enfants, mais encore affaiblit ses défenses contre les maladies les plus courantes. Le système immunitaire des enfants malnutris est en effet moins résistant aux maladies infantiles ordinaires. Les plus vulnérables sont les enfants de moins de deux ans, dont les besoins nutritionnels sont particulièrement élevés.

Le lait maternel est le seul aliment dont les bébés ont besoin au cours des six premiers mois de vie. Au-delà, l'allaitement maternel n'est plus suffisant et les aliments intégrés au régime du nourrisson sont d'une importance capitale. Faute d'une alimentation équilibrée, l'enfant va développer des carences en micronutriments essentiels (minéraux, vitamines) et protéines, et tomber dans un état de malnutrition.

Or, dans de nombreux pays en voie de développement - et en particulier dans les zones agricoles du Sahel - une alimentation complémentaire riche et variée, comprenant notamment des aliments d'origine animale, n'est souvent pas disponible ou accessible. Ce phénomène s'accentue pendant la 'période de soudure' annuelle, entre l'épuisement des réserves alimentaires des ménages et la récolte suivante, et lors de crises alimentaires, qui fragilisent davantage l'accès des populations à la nourriture.

C'est pourquoi il est nécessaire de fournir aux enfants des aliments de qualité qui, rajoutés à l'allaitement et à la nourriture du ménage, lui apportent tout ce dont il a besoin.

Epidémiologie

L'UNICEF, la Banque mondiale et l'OMS estiment qu'en 2013, plus de 160 millions d'enfants dans le monde étaient malnutris. Environ la moitié d'entre eux vivait en Asie et un tiers en Afrique. Le pourcentage d'enfants atteints de malnutrition aiguë modérée et sévère était estimé à 8% et 3%, respectivement.

Bien que le nombre d'enfants atteints de malnutrition soit en constante diminution depuis 1990, la combinaison de cette condition avec d'autres maladies (notamment le paludisme) continue de faire des ravages en Afrique sub-saharienne et en Asie.

Traitement

  • Diagnostic

La malnutrition chronique (ou 'retard de croissance') est exprimée par le rapport entre l'âge de l'enfant et sa taille.

Dans le cas de la malnutrition aiguë, c'est le rapport entre le poids et la taille qui sert d'indicateur. Ces dernières années, la mesure du périmètre brachiale (Mid-Upper Arm Circumference ou MUAC) a montré son efficacité dans le diagnostic et le suivi des enfants malnutris, d'abord en complément puis en substitution de la mesure du poids / taille. Le MUAC est réalisée avec un bracelet en plastique présentant des codes-couleur. Léger, peu cher et simple d'utilisation, il permet de diminuer le temps nécessaire à la consultation de l'enfant, et peut être utilisé par du personnel non-médical.

  •  Prévention

Pour prévenir la malnutrition, il existe des produits prêts à l'emploi, les  Aliments Supplémentaires Prêts à l'Emploi (ASPE ou Ready-to-Use Supplementary Foods, RUSF).
Ce sont des pâtes à base d'arachide qui contiennent du lait en poudre et/ou du lactosérum, des matières grasses végétales, des sucres et un ensemble de micronutriments (minéraux et vitamines) nécessaires au développement de l'enfant en pleine croissance. Des mélanges de farines enrichies en lait (comme le CSB ++) existent également, qui apportent le complément nutritionnel nécessaire à l'enfant. Les ASPE interviennent en complément de l'allaitement et/ou de l'alimentation du foyer, et leur apport en calories, protéines, vitamines et minéraux doit être calculé en fonction du contexte et de l'environnement. Les ASPE utilisés par MSF ont ainsi été développés sur la base des besoins moyens d'un enfant en milieu sahélien.

  • Le traitement de la malnutrition aiguë sévère

La forme aiguë sévère de malnutrition est responsable de la plupart des décès. Les aliments thérapeutiques prêts à l'emploi (ATPE ou Ready-to-Use Therapeutic Food, RUTF) sont utilisés pour le traitement.
Les ATPE constituent l'alimentation exclusive d'un enfant pendant sa réhabilitation nutritionnelle, à raison de deux à trois sachets par jour. Leur composition est donc déterminée par l'ensemble des besoins nutritionnels journaliers d'un enfant. 

L'énorme majorité des enfants sévèrement malnutris n'a pas besoin d'être hospitalisée: le traitement a lieu à domicile, par des ATPE, et des rendez-vous de suivi sont organisés. Seuls les enfants dont la malnutrition est compliquée (par exemple par une autre maladie) doivent être hospitalisés pour bénéficier d'un suivi médical et de soins adaptés.