L’Union européenne entrave les opérations de sauvetage pour favoriser les retours en Libye

99 rescapés sauvés en Méditerranée alors que de nombreuses personnes auraient péri noyées. Laurin Schmid/SOS MEDITERRANEE
Une scène du sauvetage cauchemardesque du 27 janvier 2018 : 99 personnes ont survécu au naufrage de leur embarcation de fortune après avoir été secourues par l’Aquarius, le navire de recherche et sauvetage de MSF et SOS MEDITERRANEE.  ©Laurin Schmid/SOS MEDITERRANEE

Depuis l’été 2017, nos équipes constatent que les opérations de secours en mer Méditerranée sont de plus en plus activement criminalisées et empêchées par le gouvernement italien et l’Union européenne. Médecins Sans Frontières (MSF) condamne ces pratiques qui organisent volontairement le retour et le maintien des migrants et réfugiés en Libye où ils sont exposés à des niveaux extrêmes de violence, d’abus, et d’exploitation.

Dernier exemple en date : la mise sous séquestre par les autorités italiennes du navire Open Arms de l’organisation Proactiva, après le sauvetage et débarquement à terre en Sicile de 216 personnes.

« Le navire Open Arms procédait à un sauvetage dans les eaux internationales, à 73 miles nautiques des côtes libyennes. Les garde côtes libyens arrivés sur place ont violemment menacé l’équipe de sauveteurs », explique Anne-Marie Loof, responsable des opérations pour MSF.

Tous les faits entourant le sauvetage puis la saisie du navire Open arms en Sicile n’ont pas encore été complètement établis, mais il est clair que cela s’inscrit dans une longue série de mesures visant à entraver et criminaliser le travail des ONG, y compris MSF, qui sauvent les migrants et réfugiés en détresse. 

L’imposition d’un code de bonne conduite pour les ONG et l’exploitation politique d’enquêtes criminelles qui, sur la base de faits non vérifiés, jettent le discrédit sur ces ONG, avaient déjà directement entamé l’été dernier la capacité des acteurs humanitaires, de plus en plus impliqués après l’arrêt de l’opération Mare Nostrum, à assurer le déploiement de secours en mer Méditerranée. 

« Il y a une coopération particulièrement dérangeante qui s’est installée entre les gouvernements européens et les garde-côtes libyens. Cela passe par des formations régulières, des dons et matériels, et offre aujourd’hui à ces derniers la possibilité d’intervenir jusque dans les eaux internationales et ce dans l’objectif désormais assumé d’intercepter et de renvoyer ces personnes en Libye », déclare Anne-Marie Loof.  

« Les migrants et réfugiés ne peuvent en aucun cas être ramenés et coincés en Libye. Tout devrait être fait pour leur permettre de fuir les violences régulièrement rapportées, d’avoir accès à des alternatives sûres et légales mais clairement ce n’est pas la priorité des gouvernements européens » conclut Anne-Marie Loof.

L’Aquarius, désormais seul navire de recherche et de sauvetage encore actif en Méditerranée, opéré conjointement par SOS MEDITERRANEE et MSF, continuera ses opérations pour porter secours à ces milliers de personnes en danger.

À lire aussi