Combats intenses à Tripoli, en Libye : des milliers de personnes en danger immédiat

Des hommes détenus dans le centre de détention d'Abu Salim à Tripoli en Libye. Mars 2017.
Des hommes détenus dans le centre de détention d'Abu Salim, à Tripoli, en Libye. Mars 2017. ©Guillaume Binet/Myop

Tripoli/Amsterdam – Depuis trois jours, la vie de Libyens ainsi que de réfugiés et migrants bloqués en Libye est mise en grave danger du fait de combats intenses dans Tripoli. Des migrants et réfugiés arbitrairement détenus dans les centres de détention dits officiels ont été pris au piège, abandonnés et enfermés pendant deux jours dans la zone des bombardements, et sans aucun accès à de la nourriture. D’autres ont été relâchés, n’ayant d’autre choix que de courir pour leur vie, espérant ne pas être pris dans les feux croisés et atteindre d’autres quartiers de Tripoli.

MSF réitère que la Libye ne peut être considérée comme un pays sûr, et que les gouvernements européens doivent prendre leurs responsabilités, arrêter de soutenir le renvoi et maintien à tout prix des réfugiés et migrants en Libye et venir en aide aux personnes extrêmement vulnérables qui s’y trouvent actuellement coincées.

Le dimanche 26 août, des violences ont éclaté entre des groupes armés rivaux à Tripoli. Des tirs d’artillerie lourde dans des zones résidentielles ont causé un nombre encore indéterminé de blessés et de morts. La situation extrêmement précaire des quelque 8 000 réfugiés et migrants détenus arbitrairement dans les centres de détention de la ville est devenue intenable. Au même moment, les garde-côtes libyens continuent, soutenus et équipés par les Etats européens qui visent à empêcher les traversées de la Méditerranée, d’intercepter les gens en mer et de les ramener sur les côtes libyennes.

D’après Ibrahim Younis, chef de mission MSF en Libye : « Ces combats démontrent une fois de plus que la Libye n’est en aucun cas un endroit sûr pour les réfugiés et migrants et rendent d’autant plus urgent le besoin de tout faire pour permettre à ces personnes de fuir et d’être évacuées vers un pays où elles pourront être en sécurité. »

Selon le HCR, près de la moitié des personnes actuellement détenues dans les centres de détentions sont des réfugiés fuyant des pays comme l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie et le Soudan. Elles doivent être protégées en vertu du droit international. Les autorités libyennes, les gouvernements de pays sûrs en Europe et ailleurs, et les Nations unies ont échoué à mettre en place un mécanisme effectif d’évacuation et de prise en charge des demandes d’asile pour ces personnes extrêmement vulnérables. Les Etats européens mettent au contraire en œuvre des mesures pour les empêcher de quitter la Libye et demander l’asile.

« Ces personnes ont fui pour leur vie, beaucoup ont quitté des zones de conflit, passé des mois dans des conditions terribles, retenues captives par des trafiquants, avant d’être enfermées dans ces centres de détention. Sans possibilité de s’échapper, elles se retrouvent encore plus prises au piège au milieu des combats », ajoute Ibrahim Younis.

La grande majorité des personnes qui se trouvent en ce moment dans les centres de détention ont été interceptées en mer et ramenées en Libye. De telles pratiques ont aggravé la surpopulation dans les centres de détention de Tripoli, et les conditions déjà épouvantables dans lesquelles les détenus y sont entassés. La détérioration observée au cours des derniers mois a des conséquences sur l’état de santé physique et psychologique des personnes détenues dans des conditions déplorables. Parmi eux se trouvent des femmes enceintes, des personnes avec de graves problèmes médicaux, des enfants.

Les équipes MSF continuent d’apporter depuis le début des combats des consultations médicales, de la nourriture, des suppléments nutritionnels et de l’eau à une partie des personnes qui se trouvent encore en centres de détention. MSF ainsi que d’autres acteurs humanitaires ont toutefois un accès très limité à l’ensemble des personnes ayant besoin d’assistance. Les communautés libyennes dans et autour Tripoli sont également affectées par ces combats et ont des difficultés pour accéder aux soins de santé.

Présente depuis 2011 dans le pays, MSF travaille dans les centres de détention de Tripoli, Khoms, Zliten et Misrata, en fournissant des soins de santé primaire, du soutien psychologique et des services pour améliorer l’accès à l’eau et l’assainissement. MSF est la seule organisation qui réalise des références pour les urgences médicales pour les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile dans les centres de détention et mène également des activités médicales à Bani Walid.

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