VIH : tout comprendre à la polémique du lénacapavir entre Gilead et MSF

Médecins Sans Frontières (MSF) a manifesté lors de la Conférence internationale sur le sida pour réclamer une baisse des prix du Lénacapavir.
Médecins Sans Frontières (MSF) a manifesté lors de la Conférence internationale sur le sida pour réclamer une baisse des prix du Lénacapavir. © MSF

Alors que l'épidémie mondiale de VIH reste un enjeu de santé publique majeur, le groupe pharmaceutique Gilead Sciences bloque l'accès direct de Médecins Sans Frontières (MSF) au lénacapavir, un traitement préventif efficace à près de 100 %. Malgré des résultats financiers record publiés en mai 2026, l'entreprise américaine refuse de commercialiser son médicament auprès des ONG humanitaires, maintenant des millions de personnes hors de portée de cette innovation.

Au premier trimestre 2026, l’entreprise Gilead Sciences a annoncé un bénéfice de 6,96 milliards de dollars, dont plus de 5 milliards proviennent exclusivement de ses produits contre le VIH. Face à ces profits, MSF demande aux actionnaires d’agir par tous les moyens à leur disposition pour exercer pour que ce traitement préventif à action prolongée soit enfin vendu directement aux acteurs de terrain.

Qu'est-ce que le lénacapavir et pourquoi est-ce une révolution contre le VIH ?

Le lénacapavir est une forme injectable de prophylaxie pré-exposition (PrEP). Contrairement aux comprimés quotidiens, ce traitement ne nécessite que deux administrations par an (une injection tous les six mois).

Les données cliniques démontrent une efficacité hors norme :

  • 100 % d'efficacité chez les femmes cisgenres (étude PURPOSE 1).
  • 96 % d'efficacité chez les personnes de diverses identités de genre (étude PURPOSE 2).

Un médicament indispensable pour les populations marginalisées

Pour les populations clés à haut risque (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, personnes transgenres, travailleuses et travailleurs du sexe, ou personnes consommant des drogues injectables), ce format change la donne. Il permet de contourner la stigmatisation, la discrimination et la criminalisation qui bloquent trop souvent l'accès aux soins traditionnels.

Dans les contextes de crises de déplacements ou de conflits, six mois de protection continue représentent un outil de prévention indispensable.

Les raisons du blocage : le refus commercial de Gilead face aux demandes de MSF

Depuis plus d'un an, Gilead refuse systématiquement toutes les demandes d'achat direct de MSF, même pour des volumes d'approvisionnement limités. Aux États-Unis, le traitement est vendu au prix exorbitant de 28 000 dollars par an et par personne.

Un médicament qui pourrait coûter 40 dollars seulement

Pourtant, des études démontrent que si plusieurs fabricants étaient autorisés à le produire, son coût de production permettrait de le rendre accessible pour environ 40 dollars seulement par personne et par an.

Gilead enjoint MSF à s'approvisionner pour les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) par l'intermédiaire unique du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Or, cette stratégie comporte des failles majeures dénoncées par nos équipes :

  • Une exclusion des communautés ciblées : les critères du Fonds mondial excluent de nombreuses zones d'intervention et populations marginalisées que MSF tente d'atteindre.
  • Un sous-financement chronique : à titre de comparaison, l'an dernier, Gilead a réalisé plus de bénéfices sur le VIH que le Fonds mondial n'a pu en consacrer à cette lutte sur les dix dernières années combinées.
  • Des pénuries sur le terrain : dans les rares pays bénéficiaires comme l'Eswatini ou le Kenya, les allocations de doses sont plafonnées, insuffisantes, et les stocks s'épuisent déjà.

Des critères de licences pour les versions génériques qui excluent des millions de personnes

Bien que Gilead ait conclu des accords de licence pour la production de versions génériques à bas coût, l'impact réel de cette mesure reste limité. Ces médicaments génériques ne seront pas disponibles sur le marché avant 2027 au plus tôt.

De plus, de nombreux pays à forte prévalence de VIH sont exclus des accords de licence restrictifs de Gilead. C'est le cas du Brésil, du Mexique, de l'Argentine ou du Pérou, des nations qui ont pourtant accueilli et rendu possibles les essais cliniques du lénacapavir. En réalité, un quart des nouvelles infections mondiales par le VIH surviennent aujourd'hui dans des pays non couverts par l'accord de licence de Gilead.

Face à un « choix fatal », MSF appelle les actionnaires et les gouvernements à agir

Pour MSF, la stratégie commerciale actuelle met directement des vies en danger alors qu'environ 1,3 million de personnes contractent le VIH chaque année à travers le monde.

« Au début de l'épidémie de VIH/sida, les entreprises pharmaceutiques vendaient leurs antirétroviraux aux plus offrants. Nous savons comment cela s’est terminé : nous avons vu nos patients mourir et des communautés entières être dévastées. Nous ne pouvons pas laisser l’histoire se répéter », alerte le Dr Tom Ellman, directeur de l’Unité médicale d’Afrique au sein de MSF.

Le recours aux leviers juridiques nationaux

Les gouvernements ne doivent pas rester passifs face au monopole de la firme américaine. MSF les appelle à utiliser les outils juridiques de l’OMC : ces mécanismes permettent de délivrer des licences obligatoires pour contourner les brevets sans l'accord de Gilead. Ils rendraient possible une production de génériques du médicament, et permettraient d’aider des millions de personnes.

Notes

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