Gaza : 5 faits qui prouvent que le cessez-le-feu n’est qu’une illusion

Gaza : 5 faits qui prouvent que le cessez-le-feu n’est qu’une illusion
Une équipe médicale de MSF s'occupe des pansements d'un patient.  © Nour Alsaqqa/MSF

Neuf mois après l'annonce d'un prétendu cessez-le-feu à Gaza, la population continue d'être la cible des attaques et violences perpétrées par Israël. Confinées sur un territoire restreint, deux millions de personnes tentent de survivre à une violence continue. Les équipes de MSF maintiennent des hôpitaux de campagne et soignent les blessés. 5 faits pour comprendre la réalité d'un cessez-le-feu qui n'en a que le nom. 

Bilan humain : le nombre de victimes n'a jamais cessé d’augmenter à Gaza

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1 185 Palestiniens ont été tués et 3 816 blessés depuis l'annonce du soi-disant cessez-le-feu le 10 octobre 2025. Cela représente environ un Palestinien tué ou blessé toutes les 80 minutes, sans interruption depuis neuf mois. Au 19 juin, plus de 265 enfants avaient été tués, selon l'UNICEF. Les forces israéliennes continuent de mener des frappes quotidiennes tout en étendant leur zone de contrôle. 

« Les familles continuent d'enterrer leurs morts. Et l'espace où deux millions de personnes sont censées survivre s'est réduit à moins d'un tiers de sa superficie d'il y a trois ans. Ce n'est pas un cessez-le-feu : c'est la même violence structurelle sous un autre nom », témoigne Ozan Agbas, responsable des urgences pour la Palestine chez MSF.

Des attaques directes contre le personnel soignant 

Pour le personnel de MSF à Gaza, la frontière entre soigner des patients et le devenir soi-même est extrêmement mince. « Au milieu de cette terreur persistante, nos collègues palestiniens continuent de faire fonctionner des hôpitaux de campagne, de soigner les blessés, d'offrir un soutien en santé mentale, de distribuer de l'eau et de fournir des soins essentiels à la population de Gaza. » 

Le 16 juillet, une frappe israélienne près d'une clinique MSF à Al-Mawasi a conduit quatre blessés vers nos équipes.  

Le 17 juillet, deux immeubles résidentiels abritant notre personnel ont été frappés à Gaza City sans avertissement, piégeant des familles à l’intérieur sous les décombres. Ce même jour, nos équipes ont pris en charge 12 personnes à Deir al-Balah et Al-Nuseirat - dont sept enfants - blessées lors d'une frappe ciblant des funérailles à Al-Nuseirat. Bilan total : 8 morts et 20 blessés. Parmi les victimes figurait le fils de 21 ans d'un soignant de MSF. Notre collègue a appris ce drame alors qu'il travaillait aux urgences. 

« Il ne s'agit pas d'incidents isolés, mais d'un aperçu de la situation réelle sur une période de 48 heures. Près de deux ans après l'installation de l'hôpital de campagne de MSF à Deir al-Balah, nos équipes continuent d'être submergées par des blessés de guerre », affirme Ozan.

2. Confinement des populations : la « ligne jaune » est devenue une arme 

La « ligne jaune », négociée dans le cadre du cessez-le-feu sous couvert de sécurité, s'est transformée en un instrument de contrôle aux mains des forces israéliennes. Ni clairement délimitée ni fixe, cette frontière s'avance vers l'ouest au gré des décisions militaires israéliennes, sans négociation ni avertissement pour la population. 

Cette semaine, une mère a raconté à nos équipes que son fils de 14 ans, atteint de trisomie 21, avait reçu cinq balles tirées par des tireurs d'élite israéliens près de la ligne jaune, alors qu'il jouait à proximité de son domicile. 

Au moment de l’annonce du cessez-le-feu, les forces israéliennes contrôlaient environ la moitié de Gaza. Aujourd'hui, près de deux millions de Palestiniens sont confinés sur environ 30 % du territoire

Des conditions de vie dramatiques 

Environ 90 % de la population a été déplacée de force, et la plupart vivent dans des tentes surpeuplées. La gale, les infections respiratoires et les morsures de rats y sont monnaie courante. Lorsque les frappes ne suffisent pas à contraindre la population, la surpopulation, les maladies et le dénuement s’en chargent : une méthode plus lente pour rendre la zone totalement invivable. 

« Il s'agit de la poursuite d'un génocide calibré pour être suffisamment violent afin de maintenir la souffrance quotidienne des Palestiniens, tout en restant assez discret pour éviter de susciter l'indignation internationale. C'est un cessez-le-feu qui continue de tuer, d'enfermer et de priver d'aide », affirme Ozan Agbas.

3. Destruction des logements et guerre psychologique 

La destruction des habitations et la guerre psychologique fondée sur l’insécurité n'ont pas cessé avec la signature de l'accord. À l'est de la ligne jaune contrôlée par Israël, des quartiers entiers sont rasés. À l'ouest, les frappes continuent de toucher des tentes et des abris de fortune. 

Au moment de la signature du cessez-le-feu : 

  • 60 % de la population s'était déjà retrouvée sans abri. 
  • Près de 77 % des logements étaient endommagés ou détruits. 
  • 1,9 million de personnes avaient été déplacées de force. 

Aujourd'hui, près d'un million de Gazaouis vivent sous des tentes sans accès fiable à l'eau potable, à l'électricité ou aux soins, selon le Conseil norvégien pour les réfugiés. 

Pourtant, les ordres « d'évacuation » soudains et arbitraires continuent d'être utilisés pour effrayer les populations. Comme tous les habitants, nos collègues n'ont souvent que quelques minutes pour fuir, abandonnant le peu qu'il leur reste sans savoir s'ils trouveront un endroit sûr.

Un véhicule de MSF est stationné devant l'hôpital Al Rantisi à Gaza, au milieu des décombres et des destructions qui caractérisent la zone. La photographie, prise depuis l'entrée de l'hôpital, donne sur la rue. Gaza, octobre 2025

 
 © MSF
Un véhicule de MSF est stationné devant l'hôpital Al Rantisi à Gaza, au milieu des décombres et des destructions qui caractérisent la zone. La photographie, prise depuis l'entrée de l'hôpital, donne sur la rue. Gaza, octobre 2025   © MSF

4. Instrumentalisation de l'aide humanitaire et entraves aux soins 

En tant que puissance occupante, l'État d'Israël a l'obligation, au regard du droit international, de garantir aux Palestiniens l'accès à l'aide humanitaire, indépendamment des négociations politiques. L'aide continue pourtant d'être utilisée comme un levier de pression : 

  • Restrictions aux points de passage : l'acheminement des fournitures reste entravé par des consignes arbitraires et changeantes. 
  • Instrumentalisation politique : l'aide est intégrée aux négociations comme s'il s'agissait de concessions politiques alors qu’il s’agit d’une obligation légale. 
  • Aide humanitaire qui met en danger les populations : le souvenir des dispositifs d'aide meurtriers de l'année dernière, tels que les points de distribution de la « Gaza Humanitarian Foundation », est source d’inquiétudes quant à la mise en œuvre de nouveaux plans. 

Au lieu de remplir ses obligations, Israël a révoqué l'enregistrement d'organisations internationales, dont MSF, contraignant le personnel international à quitter la Palestine et bloquant l'arrivée de matériel médical. De nouvelles propositions visent désormais à confiner les Palestiniens dans des camps étroitement contrôlés, où l'accès à l’aide serait conditionné par la présence d’enceintes militarisées, supervisées par des forces approuvées par Israël.

5. L'impact psychologique continu sur les populations 

Le cessez-le-feu n'a apporté ni sécurité ni stabilité. Dans toute la bande de Gaza, les équipes de MSF constatent des niveaux alarmants de deuil, d'anxiété sévère, de troubles du sommeil et de détresse psychologique. Certains patients, notamment des mères de famille, confient à nos soignants avoir des idées suicidaires. 

« La guérison psychologique est impossible tant que les bombes continuent de tomber et que le bourdonnement constant des drones résonne au-dessus des têtes. Les gens vivent dans la terreur permanente de ne pas survivre à la journée », témoigne Ozan Agbas.

Pour aller plus loin : Gaza, nos réponses à vos questions  

Quelle est la situation humanitaire à Gaza ? Comment nos équipes parviennent-elles à soigner malgré les pénuries ? Pour comprendre la réalité de la vie des Palestiniens et les modalités de notre action, découvrez notre foire aux questions dédiée.

Notes

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