Lutte contre le VIH : pourquoi le laboratoire pharmaceutique Gilead refuse-t-il de vendre un médicament clé à MSF ?
Communiqué de presse
Médecins Sans Frontières (MSF) a adressé une lettre ouverte au laboratoire pharmaceutique américain Gilead, appelant l’entreprise à accepter de vendre du lénacapavir à MSF, un médicament qui constitue l’une des avancées les plus importantes de ces dernières décennies en matière de prévention du VIH.
Environ 1,3 millions de personnes contractent chaque année le VIH, ce qui souligne l’urgence d’élargir l’accès à des moyens de prévention efficaces. Médecins sans Frontières (MSF), en tant qu’organisation humanitaire très impliquée dans la prévention et le traitement du VIH/SIDA, a demandé au laboratoire Gilead de lui vendre directement des doses de lénacapavir. Ce traitement préventif du VIH est administré par injection seulement deux fois par an grâce à une action prolongée. Gildead a refusé, alors que ce médicament pourrait sauver la vie de millions de personnes exposées à un risque élevé d’infection.
Jusqu’ici, la firme pharmaceutique a redirigé MSF vers le Fonds mondial, qui possède des stocks plafonnés, tandis que dans le même temps, les pays à revenus élevés peuvent se fournir directement auprès de Gilead.
« Empêcher les organisations humanitaires d’accéder à une avancée médicale met en danger les personnes vulnérables », alerte le Dr Tom Ellman, directeur de l’Unité médicale d’Afrique australe (SAMU) de MSF.
Le Fonds Mondial a reçu des stocks limités : seulement 2 millions de personnes couvertes sur trois ans, bien en deçà des besoins mondiaux. Le laboratoire affirme qu’il s’agit de l’intégralité des volumes disponibles pour les pays à revenu faible et intermédiaire jusqu’à l’arrivée des génériques en 2027.
Pourtant, lors d’un point presse avec le Département d’État américain le 18 novembre 2025, son PDG a admis que Gilead disposait d’une capacité de production bien supérieure. Entre refus de ventes directes, accès limité et opacité des prix, il est difficile de croire que Gilead cherche réellement à garantir un accès équitable plutôt qu’à maintenir le contrôle du produit pour maximiser ses profits.
Gilead a l’obligation de garantir que l’accès au lénacapavir ne dépende ni du lieu de résidence, ni de l’identité des personnes, ni des moyens financiers de leur pays. Le développement de ce médicament a bénéficié de financements publics et de la confiance de communautés ayant participé aux essais cliniques — beaucoup vivant aujourd’hui dans des pays qui sont exclus de ce dispositif à cause des restrictions imposées par le laboratoire. Ces restrictions sont donc totalement inacceptables.
« Gilead doit décider s’il donne la priorité à la protection des personnes ou à la protection de ses profits. Cela fait écho, de manière effrayante, aux politiques que nous avons connues dans les années 1990, lorsque les antirétroviraux étaient fournis aux populations du Nord, tandis que le reste du monde s’en voyait privé et que de nombreuses vies étaient perdues à cause du VIH/sida, » déclare le Dr Tom Ellman.
En 1999, alors que l'épidémie de VIH/Sida faisait rage dans le monde entier, MSF a lancé la Campagne pour l’accès aux médicaments essentiels. Ce mouvement a permis de rompre le monopole des brevets, de favoriser la production de génériques d’antirétroviraux et de faire chuter les prix de 99 % en dix ans, offrant ainsi des soins vitaux à des millions de personnes dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Aujourd’hui, MSF concentre ses programmes de prévention du VIH sur les populations les plus vulnérables — les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes transgenres et les travailleurs du sexe — et intervient dans des zones de conflit ou des contextes instables, où l’accès aux médicaments et le suivi d’un traitement quotidien sont extrêmement difficiles. Dans ces conditions, il est urgent d’élargir l’accès à des outils de prévention hautement efficaces, comme les médicaments de prophylaxie pré-exposition (PrEP) à action prolongée, afin de protéger les personnes exposées au VIH et de sauver des vies.