Tchad : la baisse de l’aide internationale aggrave la situation nutritionnelle
Communiqué de presse
Rationnements alimentaires, pénuries d'eau potable, explosion de la malnutrition : dans l'Est du Tchad, la situation humanitaire s’est considérablement détériorée sous l'effet des coupes budgétaires internationales. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle les bailleurs de fonds à financer en urgence et intégralement les plans de réponse humanitaire et demande la suspension des relocalisations de réfugiés vers d’autres camps tant que les conditions ne sont pas réunies.
Des coupes budgétaires dramatiques pour la santé des femmes et des enfants
Les graves pénuries de financements internationaux ont contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) à réduire de moitié les rations alimentaires distribuées dans l'Est du Tchad depuis janvier 2026. Les conséquences sur la santé des plus vulnérables sont immédiates :
- Un taux de malnutrition alarmant chez les mères : entre janvier et juin 2026, sur près de 6 000 femmes enceintes et allaitantes dépistées par MSF à Adré, 21,2 % souffraient de malnutrition modérée ou sévère, dépassant largement le seuil d'urgence humanitaire fixé à 15 %. À ce jour, aucune prise en charge structurée de la malnutrition chez les femmes n’existe en dehors de distributions ponctuelles de farines enrichies.
- Une hausse des hospitalisations pédiatriques : au centre de santé d'Adré, les admissions d'enfants atteints de malnutrition ont bondi de 30 % entre janvier et avril par rapport à 2025.
Ruptures de stock et rationnement des produits nutritionnels
Les contraintes financières mettent directement sous tension les chaînes d'approvisionnement en aliments thérapeutiques qui permettent de lutter contre la malnutrition. Seuls deux tiers des besoins annuels étant couverts, l'UNICEF et ses partenaires se voient obligés de rationner les traitements à 10 sachets par enfant et par semaine au lieu de 14. Si cette mesure permet d'étirer les stocks jusqu'au début de l'année 2027, administrer des doses complètes entraînerait une rupture totale dès novembre 2026.
Du côté du PAM, les ruptures de stock de produits destinés à la malnutrition aiguë modérée ont aggravé la situation en mai et juin. Les livraisons effectuées fin juin seront épuisées dès septembre, sans aucune visibilité sur de futurs financements.
Relocalisation des réfugiés soudanais : une politique qui met les populations en danger
Depuis le début du conflit au Soudan, plus de 930 000 réfugiés - dont plus de 80 % de femmes et d'enfants - ont traversé la frontière tchadienne pour fuir les combats, arrivant dans des zones où les communautés hôtes vivent déjà dans une précarité chronique.
« Après avoir survécu à des mois de violences incessantes et d'attaques de drones au Darfour, les réfugiés arrivent dans des villes comme Adré physiquement épuisés, souffrant de malnutrition et profondément traumatisés, pour découvrir une nouvelle réalité brutale : ils se retrouvent dans des zones où les communautés hôtes vivent déjà dans une extrême pauvreté et où les acteurs humanitaires sont peu nombreux », alerte Léa Ledru, coordinatrice de projet MSF à Adré.
À Adré, l'exclusion des populations locales des distributions alimentaires alors qu’elles subissent de plein fouet l’inflation accentue la précarité. Le bidon de 20 litres d'huile de cuisson y est passé de 12 000 à 20 000 FCFA (de 21 à 35 dollars).
En raison des tensions créées par cet afflux de réfugiés sur les ressources déjà insuffisantes, le HCR et les autorités tchadiennes ont relocalisé 644 003 personnes vers l'intérieur du pays depuis avril 2023 (dont 43 108 en 2026). Or, en raison du manque de financements internationaux, ces camps ne sont pas prêts à recevoir des réfugiés.
« Les relocalisations ne résolvent pas le problème : elles ne font que déplacer les réfugiés d'une communauté hôte sous-dotée vers une autre, sans que l'aide ne soit renforcée », dénonce Léa Ledru.
À deux heures au sud d'Adré, le camp de Metché accueille déjà 43 300 personnes et attend 10 000 nouveaux arrivants en provenance d’Adré d'ici la fin de l'année. Les admissions pédiatriques dans l’hôpital soutenu par MSF y ont déjà augmenté de 75 % au premier semestre 2026.
Le manque d’eau fait planer le risque d'une crise sanitaire
Seuls prestataires de santé sur place avec Action contre la Faim (ACF), les équipes de MSF doivent également prendre en charge l'afflux d'enfants atteints de malnutrition en provenance des camps d'Arkoum et d'Allacha. Dans le camp de Metché, la situation sanitaire est critique :
- Un accès à l'eau très en dessous des normes : les habitants ne disposent que de 8 litres d'eau par jour et par personne, bien en dessous du seuil d'urgence humanitaire minimal de 20 litres.
- La hausse des maladies hydriques : poussées à consommer de l'eau insalubre, les familles sont touchées par une augmentation des diarrhées. Le nombre de cas à Metché a grimpé de 634 au premier semestre 2025 à 1 044 sur la même période en 2026.
Avec l'arrivée de la saison des pluies, les lacunes persistantes en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène (WASH) et de nutrition font craindre une résurgence du choléra, dont l'épidémie avait fait 2 979 cas et 167 décès à la fin de l'année 2025.
Suspension des relocalisations et aide d'urgence sont indispensables
Face à ce risque sanitaire majeur, MSF demande instamment aux autorités tchadiennes et au HCR de suspendre les nouvelles relocalisations vers Metché, Aboutengué et Arkoum tant que les services d'alimentation, d'eau et de santé n'atteignent pas les normes d'urgence pour toutes les populations.
MSF réitère son appel aux bailleurs de fonds internationaux pour financer intégralement et sans délai le Plan de réponse aux réfugiés 2026 et le Plan de réponse humanitaire pour le Tchad.
L'action de MSF au Tchad
Au Tchad, Médecins Sans Frontières intervient en urgence dans l'Est auprès des réfugiés soudanais et des populations locales pour fournir des soins médicaux, traiter la malnutrition et déployer des services d'eau potable. Présentes également dans le Sud pour la santé maternelle et la lutte contre le paludisme, les équipes luttent contre les épidémies et alertent régulièrement sur le manque critique de financements internationaux.