Pakistan : MSF s’alarme du renvoi massif et forcé des réfugiés afghans

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Médecins Sans Frontières (MSF) exhorte le gouvernement pakistanais à suspendre immédiatement les expulsions forcées visant la population afghane. Alors que le Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière s'intensifie, nos équipes réclament la mise en place d'exemptions officielles pour toutes les personnes nécessitant une protection internationale.

Durcissement des règles : vers l'annulation des droits de séjour provisoires des Afghans

Le 10 juillet 2026, le Pakistan a élargi le champ d’application de son Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière (IFRP). Lancé en novembre 2023 pour cibler les personnes sans titre de séjour, ce dispositif ordonne désormais l’arrestation et l’expulsion de tous les Afghans détenteurs de permis provisoires.
Cette mesure touche les titulaires :

  • De la carte de citoyen afghan (Afghan Citizen Card – ACC), délivrée par les autorités locales.
  • De la carte de certification d’enregistrement (Proof of Registration – PoR), attribuée en collaboration avec les agences de l’ONU.

Ces documents permettaient pourtant à de nombreuses familles de résider légalement au Pakistan depuis plusieurs décennies.
« Le Pakistan accueille des millions de réfugiés afghans depuis plus de 45 ans, malgré un soutien international limité », rappelle Marko den Hartogh, chef de mission de MSF au Pakistan. « Beaucoup ont passé la majeure partie de leur vie ici. Il est essentiel que les personnes ayant besoin de protection ne soient pas expulsées et que les retours s'effectuent de manière volontaire, sûre et digne. »

Peur des arrestations et renoncement aux soins : un impact sanitaire dramatique

Cette politique d'expulsion a des répercussions inquiétantes sur la santé et les moyens de subsistance des populations. Par peur d’être arrêtées ou détenues, de nombreuses familles cessent de travailler et perdent toute capacité à subvenir à leurs besoins fondamentaux. De nombreux réfugiés évitent également de se rendre à l'hôpital ou dans les centres de santé par peur des contrôles policiers.
Les conséquences médicales sont déjà alarmantes sur le terrain :

  • Une malnutrition aiguë en hausse : dans les cliniques mobiles ouvertes par MSF au début de l’année 2026 à Quetta, près de 90 % des patients traités pour malnutrition étaient des réfugiés afghans, principalement des femmes et des enfants.
  • Des taux critiques chez les plus jeunes : parmi les enfants pris en charge, 33,3 % souffraient de malnutrition aiguë globale (dont 7,6 % de forme sévère et 25,7 % de forme modérée).

Najib*, un réfugié afghan détenteur d'une carte PoR valide, a été arrêté lors d’une perquisition à son domicile.
« Ma femme était enceinte de trois mois lorsque la police m’a arrêté. Quand j’ai été libéré le lendemain, elle était complètement bouleversée et saignait abondamment à cause du stress », raconte-t-il. « Terrifié à l’idée d’être réarrêté, je l'ai tout de même emmenée à l’hôpital pour tenter de la sauver. Quand nous sommes arrivés, il était déjà trop tard : elle avait fait une fausse couche. »
 

Afghanistan : un retour forcé vers des conditions de vie difficiles

Pour les personnes contraintes de repasser la frontière, les conditions de vie en Afghanistan s'avèrent extrêmement précaires. Les évaluations menées par MSF en octobre 2025 et avril 2026 dans les sites d’accueil informels de la province de Kandahar ont révélé des hébergements inadaptés et une sous-nutrition généralisée, un manque criant d’accès aux soins de santé de base, et des conditions d’assainissement déplorables, favorisant l'émergence d’épidémies.
Selon le HCR, plus de 2,5 millions d’Afghans ont déjà été contraints de retourner dans leur pays dans le cadre de l'IFRP, saturant un système de santé afghan déjà très fragile. Cette situation est aggravée par l'exclusion des femmes et des filles de la vie publique, l’effondrement économique et la baisse drastique des financements humanitaires internationaux.

L’appel de MSF à garantir la sécurité des personnes vulnérables

Face à cette urgence, MSF exhorte les pays qui d’accueillent des réfugiés afghans à mettre un terme immédiat aux renvois forcés vers l’Afghanistan et à veiller à ce que les procédures de retour ne mettent pas des vies en danger. 

« Nous demandons au gouvernement pakistanais de renouer avec sa tradition de solidarité envers les réfugiés et d'adopter des mécanismes officiels pour identifier et protéger les personnes vulnérables », conclut Marko den Hartogh.
Cette protection doit impérativement s'appliquer aux femmes, aux filles et aux enfants, aux personnes âgées ou en situation de handicap, aux patients nécessitant des soins médicaux urgents ou de longue durée, aux réfugiés en attente de réinstallation ainsi qu'à toutes les personnes exposées à la discrimination ou aux persécutions.

*Le prénom a été modifié afin de protéger l'identité de la personne.
 

L'action de MSF au Pakistan

Présente au Pakistan, Médecins Sans Frontières (MSF) apporte une assistance médicale gratuite aux populations les plus vulnérables, en ciblant tout particulièrement les réfugiés afghans, les femmes et les enfants. Nos équipes concentrent leurs actions sur la santé maternelle et pédiatrique, le traitement de la malnutrition, ainsi que le dépistage et la prise en charge de maladies infectieuses complexes comme la tuberculose, la leishmaniose ou l'hépatite C. Via des structures fixes et des cliniques mobiles, les équipes de MSF interviennent également en urgence lors de situations d'urgences humanitaires ou climatiques pour garantir un accès aux soins de base aux familles marginalisées.

Notes

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