Témoignage de République centrafricaine : "une année de violence, de souffrance et de peur inimaginables"

Enfant déplacé dans le camp de M'Poko Bangui février 2014
Enfant déplacé dans le camp de M'Poko, Bangui, février 2014 ©Christian Nestler

Depuis le coup d’État du 24 mars 2013, en République centrafricaine (RCA), la violence et les troubles ont continué d'augmenter et de se propager dans le pays. La population civile, victime principale de ce chaos, est exposée à la violence, à la malnutrition et aux maladies. Ronald Kremer, coordinateur des urgences pour MSF revient de RCA et témoigne.

"Nombreux sont les civils qui paient le prix de crimes commis par les ex-Sélékas, les milices anti-Balakas et les criminels tirant parti de cette situation chaotique.

On estime que 20 % de la population a été déplacée par les violences. Beaucoup se cachent dans la brousse ou se retrouvent piégés dans les enceintes d'hôpitaux, d'églises et de mosquées.

Plus récemment, des attaques collectives, en représailles contre la communauté musulmane, ont poussé cette minorité à fuir massivement le pays.

Depuis combien de temps MSF travaille-t-elle en RCA ?

MSF a commencé à travailler en RCA il y a plus de dix ans. Il s'agissait alors de répondre à des besoins sanitaires criants et au manque d’infrastructures.

Il y a un an, je n’imaginais pas que la situation, déjà très dégradée, pourrait encore se détériorer. La violence est devenue extrême. Des milliers de personnes n’ont pas accès aux centres de santé et aux hôpitaux. D’autres ont fui les violences et leurs habitations et se cachent encore en brousse ou bien se sont réfugiés dans les pays voisins.

À quel point les communautés minoritaires sont-elles vulnérables aujourd’hui ?

Par exemple, il ne reste plus que 1 500 musulmans dans le quartier de PK 12 de Bangui. Ils sont cernés par une communauté hostile qui ne veut plus d’eux dans le pays ou souhaite carrément leur mort. Récemment, ils ont reçu des jets de grenades et ont été victimes de fusillades. La peur est exacerbée. C’est également difficile pour MSF d'y travailler, mais nous devons y être ; en une journée, nous pouvons y mener jusqu'à plus de 200 consultations médicales.

La semaine dernière, j’étais à Boguila, dans le nord du pays, où le niveau de violence est important. En un peu moins d’une heure, plusieurs blessés par balle ont été amenés à l’hôpital. Une femme est également arrivée avec le bras tailladé à coups de machette. Elle ne pleurait pas, ne criait pas, mais j’ai vu la terreur dans ses yeux.

L'expérience des violences passées et la peur omniprésente font que, au moindre événement, à la moindre rumeur de menace, les gens paniquent et fuient leur village. Les mères viennent chercher leurs enfants à l’hôpital et s’enfuient en brousse avec eux.

Il y a un peu plus d’un mois, l'équipe de Bossangoa m’a téléphoné pour me dire que 15 camions évacuaient la population musulmane vers le Tchad. Les gens se bousculaient pour monter à bord. Ils étaient sur les nerfs, comme notre personnel. Ils disaient qu’ils ne voulaient pas partir, parce qu’ils vivaient pour la plupart depuis des générations en Centrafrique, mais qu’ils étaient obligés de s’exiler, seul choix qui leur reste pour assurer leur sécurité.

Quelles sont les pathologies auxquelles MSF est confrontée ?

Le paludisme est la première cause de mortalité. Nous voyons également des maladies dermatologiques, des infections respiratoires, des enfants souffrant de malnutrition, des blessés par balle et arme blanche, des personnes battues...

J’ai accompagné un dispensaire mobile MSF à Benzambé, un village situé au nord de Bossangoa. Le trajet n’est pas facile, car il faut quitter la route principale. J’ai été frappé par le nombre de personnes qui se sont spontanément présentées aux consultations. Alors que nous étions sur place, des blessés sont arrivés, transportés sur des motos.

Une jeune femme avait été blessée lors d’une attaque sur son village une douzaine d'heures plus tôt. Elle avait reçu une balle dans l’estomac. Elle était très mal en point, mais encore consciente. Plus on attend, plus le risque d’infection et de complications est élevé. Heureusement, nous avons pu la transférer, ainsi que d’autres, à l’hôpital de Bossangoa.

Quels sont les plus gros défis à relever pour la population ?

Je suis très inquiet pour la santé psychologique des gens. Des centaines de milliers de personnes ont assisté à des choses horribles, perdu des membres de leur famille, des amis, ont dû s'enfuir...

Avec l'arrivée de la saison des pluies, le paludisme va se propager. La malnutrition est également une grande préoccupation. Lorsque les gens sont déplacés, ils ne peuvent plus travailler la terre, de plus beaucoup de champs ont été délibérément saccagés ou brûlés.

Enfin, il y a ceux qui ont réussi à quitter le pays, où ils étaient en grand danger, pour le Tchad et le Cameroun. MSF essaye de les prendre en charge dans ces pays.

Mais, même s’ils y sont plus en sécurité pour l’instant, que va t-il se passer pour eux ? Où travailleront-ils ? Comment leurs enfants iront-ils à l’école ? Que feront-ils dans un pays qu’ils ne considèrent pas comme le leur ?"


MSF est présente en RCA depuis 1997 et mène actuellement 7 projets réguliers (Batangafo, Carnot, Kabo, Ndélé, Paoua, Bria et Zémio) et 7 projets d'urgence (Bangui, Berbérati, Bouar, Boguila, Bocaranga, Bossangoa, Bangassou, ainsi que des dispensaires mobiles dans le Nord-Ouest du pays). Plus de 300 expatriés et plus de 2 000 employés nationaux travaillent actuellement pour MSF en RCA. Des équipes MSF mènent des acticités d'urgence pour les réfugiés centrafricains au Tchad, au Cameroun et en République démocratique du Congo.
 

MSF lance un appel aux dons d’urgence pour poursuivre ses actions et développer sa capacité à agir auprès de cette population meurtrie.
 

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