Afghanistan : quel accès aux soins pour les populations du Helmand?

Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan,
Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2011 ©Kate Holt

Après 18 ans de conflits, les besoins humanitaires de la population afghane sont immenses. Dans le sud du pays, MSF soutient l'hôpital Boost, le seul hôpital de référence de la province du Helmand, violemment frappée par les combats.

MSF a repris ses opérations en Afghanistan en 2009, après avoir fermé tous ses programmes en 2004, à la suite de l'assassinat de 5 membres de son personnel. Après des années de guerre, la situation s’est dégradée dans l’ensemble du pays tout comme l’offre de soins.  Face aux besoins accrus dans la province du Helmand, l'une des régions les plus touchées par les combats, MSF a décidé de rouvrir le projet de Lashkar Gah. « Lorsque MSF est arrivée à l'hôpital Boost en 2009, l'hôpital comptait 150 lits avec une vingtaine de patients », raconte Marcella Kraaij, ancienne coordinatrice du projet MSF dans la province du Helmand. 

En 2019, le taux d'occupation des lits est souvent de 100 % et le nombre de patients admis est 30 fois plus élevé qu'il y a dix ans, passant d'environ 120 par mois en 2009 à 3 500 par mois en 2019.  « Aujourd'hui, nous avons environ 400 lits, plus de 900 employés et nous soignons des milliers de patients chaque mois. En 10 ans, on a vraiment développé les ressources de l’hôpital et amélioré la cohérence de son fonctionnement. Les bâtiments ont été améliorés, le nombre d'employés a été augmenté, beaucoup de formations ont été dispensées au personnel et il n’y a plus de pénuries de médicaments ou de fournitures. »

Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2010
 © Ton Koene
Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2010 © Ton Koene

Aujourd'hui, l'hôpital Boost est le seul hôpital de référence dans la province et l'un des deux seuls hôpitaux gérés par le ministère de la Santé dans le sud de l'Afghanistan. 

Des soins materno-infantiles indispensables

Depuis le début de l’année, ce sont près de 68 000 enfants qui ont été soignés à l'hôpital, dont près de 3 400 contre la malnutrition, l'une des principales causes de mortalité infantile dans le Helmand.

« Mon nouveau-né souffrait beaucoup. Je n’arrivais pas à le nourrir et nous n’avions pas d’argent pour acheter du lait, alors nous avons décidé d'aller à l'hôpital Boost. Quand nous sommes arrivés, mon fils souffrait de malnutrition et a dû être pris en charge en urgence. Il se rétablit doucement mais nous ne savons pas ce qu’il se passera une fois rentrés au village », explique Malalay, une jeune afghane dont le fils a été admis à l’hôpital Boost.

 

Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2019
 © MSF/Elise Moulin
Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2019 © MSF/Elise Moulin

Plus de 13 200 femmes ont été admises à la maternité depuis le début de l’année, dont 5 218 pour des accouchements avec complications, souvent car elles n’ont pas réussi à arriver à temps. « Beaucoup de patientes arrivent à l'hôpital en état de choc, après des saignements parce qu'elles ont essayé d’accoucher à domicile. Elle sont déjà dans un état très grave. Ce mois-ci, cinq femmes sont mortes à leur arrivée », détaille Rita Alexandra Batista Luz Mano, gynécologue à l'hôpital Boost.

Un hôpital au cœur des combats

Le conflit actuel a un impact sur l’accès aux soins de la population. Les habitants vivent au quotidien avec le risque d’être blessés par des mines, des bombes, ou encore d’être pris dans des tirs croisés. Le simple fait de se rendre ou de quitter l'hôpital les expose à d'énormes risques.  

Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2013
 © Mikhail Galustov
Hôpital Boost, Lashkar Gah, Province du Helmand en Afghanistan, 2013 © Mikhail Galustov

« A Lashkar Gah, les équipes de MSF voient des patients qui ont mis des heures à se rendre à l'hôpital , explique Mia Hejdenberg, ancienne chef de mission de MSF en Afghanistan. Ils sont retardés par les checkpoints et les combats sur la route, de sorte qu'ils arrivent souvent dans un état critique. Et quand ils sont enfin hospitalisés, et en sécurité, beaucoup interrompent leur traitement pour rentrer chez eux notamment parce qu'ils n'ont pas les moyens de faire attendre un taxi pour le retour. »

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