Afghanistan : les hôpitaux en première ligne face à la violence

Le 6 juillet, MSF a installé une clinique temporaire pour les personnes déplacées par les violents combats autour de la ville de Kunduz. L'équipe a effectué plus de 3 400 consultations lors des 12 premiers jours.
Le 6 juillet, MSF a installé une clinique temporaire pour les personnes déplacées par les violents combats autour de la ville de Kunduz. L'équipe a effectué plus de 3 400 consultations lors des 12 premiers jours. © Prue Coakley/MSF

[Mise à jour du 13 août 2021] Depuis le jeudi 12 août, les villes de Lashkar Gah, Herat et Kandahar, où les équipes MSF sont présentes, sont passées sous le contrôle de l'Émirat islamique d'Afghanistan (AIE, communément appelé les Talibans). Il y a quelques jours, cela avait été déjà le cas à Kunduz, où MSF travaille également. Nos équipes sur place continuent leur travail médical. MSF a reçu des assurances de toutes les parties au conflit que nos structures de santé, notre personnel et nos patients seront respectés.

La violence en Afghanistan s’accentue depuis le mois de mai avec des combats aux alentours et à l'intérieur des capitales provinciales entre les forces afghanes et l'Émirat islamique d'Afghanistan (AIE, également connu sous le nom de taliban). Ces combats entravent l’accès aux soins médicaux et multiplient le nombre de personnes tuées ou blessées. Dans les régions où MSF intervient, ces conséquences se font ressentir et entraînent des déplacements massifs de populations.

​​« La situation du pays s’est tellement détériorée que nous arrivons à un point où dans certaines villes, comme Lashkar Gah et Kunduz, les installations médicales sont en première ligne, explique Laura Bourjolly, responsable MSF des affaires humanitaires en Afghanistan. Dans tous nos projets, nos équipes continuent à traiter les patients, malgré les circonstances difficiles. Nous avons adapté nos activités médicales pour répondre aux besoins aigus. »

Prise en charge des blessés

À Lashkar Gah, où MSF soutient l’hôpital de Boost, des combats intenses ont lieu au sein même de la ville depuis une semaine. La vie est à l'arrêt et les soignants traitent les urgences médicales, obstétricales et chirurgicales. Le personnel reste à l'hôpital pour soigner les patients, alors que des coups de feu, des attaques au mortier, et des frappes aériennes ont lieu à proximité. Le 9 août, une roquette a explosé dans l'enceinte de l’établissement, tout près de la salle d'urgence, sans faire de victime.

Malgré le conflit, MSF a réussi à garder tous les départements de l’hôpital ouverts. La semaine dernière à Boost, MSF a pris en charge de nombreux blessés de guerre, et a effectué 20 interventions chirurgicales en une seule journée. 

Dans le centre de traumatologie de Kunduz, un infirmier examine la radio d'un patient qui a subi une fracture de la partie supérieure et inférieure de la jambe suite à une explosion.
Dans le centre de traumatologie de Kunduz, un infirmier examine la radio d'un patient qui a subi une fracture de la partie supérieure et inférieure de la jambe suite à une explosion. © Stig Walravens/MSF

Les combats se sont également intensifiés récemment dans et autour de Kunduz.  À la fin de la semaine dernière, la ville est tombée aux mains de l'AIE. Lorsque les violences se sont intensifiées en juillet, les bureaux de MSF ont été transformés en une unité de traumatologie de 25 lits. Entre le 1er et le 9 août, 127 patients ont été soignés pour des blessures par balles et par explosions, dont 27 enfants de moins de 16 ans. L’équipe continue de prodiguer des soins dans l'unité de traumatologie mais a commencé à transférer les services ambulatoires vers le nouveau centre de traumatologie de Kunduz (KTC), en construction depuis 2018. MSF maintient également son soutien à l'avant-poste du district de Chahar Dara, une unité de stabilisation dans un district à l'extérieur de la ville de Kunduz, qui a accueilli 126 blessés de guerre entre le 1er et le 8 août.

Continuité des soins

Dans un pays où le système de santé fonctionne mal, la violence aggrave grandement l'accès aux soins. Dans les zones où les combats font rage, il est trop dangereux pour les gens de quitter leur domicile pour se faire soigner. Certains attendent la dernière minute, alors que leur état de santé s’est déjà détérioré. Le nombre de patients dans les salles d'urgence, dans le centre de traitement de la Covid-19 ou dans les cliniques externes diminue à mesure que la violence augmente. 

À Kandahar, MSF gère un projet pour les patients atteints de tuberculose pharmacorésistante (TB-R). Ils bénéficient de consultations à distance et reçoivent une réserve de médicaments pour éviter d'avoir à traverser les lignes de front.

Il y a quelques jours à Lashkar Gah, le nombre de femmes enceintes en demande de soins a augmenté lorsque la situation s'est apaisée. Les urgences médicales, les accouchements et les maladies chroniques ne s'arrêtent pas en temps de guerre. « On avait une seule femme enceinte à l’hôpital, explique Sarah Leahy, coordinatrice MSF du projet de Helmand, mais le jour suivant, après que les combats se sont un peu calmés, dix femmes enceintes ont réussi à nous rejoindre. Il y a donc un vrai besoin. Des femmes se retrouvent à accoucher à domicile, sans aide médicale disponible en cas de complications. Cela est très préoccupant. »

Assistance aux personnes déplacées

Les affrontements ont également forcé des centaines de milliers de personnes à quitter leur domicile. Certaines sont allées chercher un peu de sécurité dans les zones urbaines et vivent dans des quartiers informels, avec un accès limité aux services de base tels qu'un abri, de la nourriture, et des soins médicaux.

En juillet, à Kunduz, MSF a ouvert une petite clinique offrant des consultations ambulatoires aux femmes et aux enfants déplacés à Sar Dawra. L’équipe a commencé à fournir de l'eau potable aux personnes déplacées à l'intérieur du pays. La clinique a traité environ 300 patients par jour et, au début du mois d’août, MSF a transféré les activités à une autre organisation pour permettre aux équipes de se concentrer sur les soins de traumatologie.

Au moins de juin, de violents combats autour de la ville de Kunduz ont forcé des milliers de personnes à quitter leur domicile. 400 familles ont cherché refuge dans un campement informel où les équipes de MSF ont fourni 12 000 litres d'eau potable par jour.
Au moins de juin, de violents combats autour de la ville de Kunduz ont forcé des milliers de personnes à quitter leur domicile. 400 familles ont cherché refuge dans un campement informel où les équipes de MSF ont fourni 12 000 litres d'eau potable par jour. © Prue Coakley/MSF

Dans la ville de Kandahar, MSF a mis en place une clinique temporaire fournissant des soins médicaux aux enfants de moins de cinq ans dans le camp de Haji, un campement informel où vivent actuellement 500 personnes déplacées. L’équipe a également réhabilité des points d'eau et assuré l'accès aux toilettes et aux douches. Depuis le 28 juillet, plus de 170 enfants ont été pris en charge, la plupart pour des maladies respiratoires, des diarrhées et des anémies.

Le conflit reste très actif avec des flambées de violence dans différentes régions du pays. MSF adapte autant que possible ses projets pour répondre à l’évolution des besoins. Le personnel médical doit faire face à un rythme effréné, tout en assurant la sécurité de leur famille. Alors que les combats arrivent en ville, les hôpitaux continuent de fonctionner mais la peur d’être au mauvais endroit au mauvais moment est toujours présente, comme cela a pu être le cas à Lashkar Gah. MSF demande à ce que tous les établissements de santé soient respectés par les parties prenantes du conflit.

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