Éclairage

République démocratique du Congo : l’urgence permanente

Fragilisée par plusieurs années de guerre et de conflits impliquant de nombreux groupes armés notamment dans l’est du pays, la République démocratique du Congo est régulièrement en proie à des urgences sanitaires d’une très grande ampleur.

04/12/2018
© Vincenzo Livieri

SITUATION - Les 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

La République démocratique du Congo (RDC) est confrontée à une des crises humanitaires les plus complexes, les plus longues et aiguës au monde. L’est du pays a été ravagé par les guerres du Congo, qui ont fait près de 6 millions de morts entre le milieu des années 90 et le début des années 2000. 1,5 million de personnes déplacées vivent dans les régions des Kivus, encore en proie à des affrontements entre de nombreux groupes armés. Depuis 2016, deux nouvelles crises dans les régions du Tanganyika et des Kasaïs ont provoqué la fuite de milliers de personnes et on compte aujourd’hui 4,1 millions de personnes déplacées dans le pays (HCR, 2017).

 

Malgré des ressources naturelles immenses, la RDC reste un des pays les plus pauvres au monde, confronté à des urgences sanitaires chroniques. L’espérance de vie dans le pays est d’environ 58 ans et près d'un enfant sur dix meurt avant l’âge de cinq ans. C’est le plus important terrain d’intervention de Médecins Sans Frontières, en termes de nombres de personnes déployées sur place et de bénéficiaires.

2.

2 La carte de situation

Les principales régions d’intervention de MSF RDC 2016

Principales interventions de Médecins Sans Frontières en République démocratique du Congo. Source : rapport international de MSF 2016

©MSF

3.

3 Décryptage

© MSF mars 2018

En mars 2018, en Ituri, dans le nord de la République démocratique du Congo, des centaines de milliers de personnes fuient les zones de conflit. Pour répondre aux besoins de ces déplacés, MSF soutient le camp de déplacés de Bunia, en effectuant des donations de kits de première nécessité, en approvisionnant ce camp en eau potable et en soutenant trois centres de santé.

4.

4 Les repères chronologiques

1985

Première présence opérationnelle permanente de MSF, après les premières interventions de l’association à partir de 1976.

1994

Génocide au Rwanda et fuite de plus d’un million de Hutus vers le Zaïre voisin, après la prise de pouvoir par les Tutsis.

1996

Création en septembre de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, et début de la première guerre du Congo.

1996

Attaques des camps, massacres et traque des réfugiés hutus du Zaïre par les armées rwandaise, burundaise et l’AFDL.

1997

Fuite du président Mobutu. Prise de pouvoir à Kinshasa de Laurent-Désiré Kabila, jusqu’à son assassinat en 2001.

1998

Début de la deuxième guerre du Congo, dans laquelle s’oppose une multitude de groupes armés et qui impliquent neuf pays africains, jusqu’en 2003.

2001

Prise de pouvoir de Joseph Kabila, suite à l'assassinat de son père, suivie de son élection et de sa réélection en 2006 et 2011.

2005

Ouverture du projet de soutien de l’hôpital de Rutshuru au Nord-Kivu en réponse aux affrontements et violences dans la région.

2013

Enlèvement de quatre membres des équipes de MSF dans la région du Nord-Kivu en juillet, par les Forces démocratiques alliées (ADF).

2015

Ouverture du projet de prise en charge des personnes affectées par le VIH/Sida à Goma.

2018

Intervention de MSF dans la province de l'Equateur pour faire face à une épidémie d'Ebola.

Situation - L’éclairage

Des épidémies fréquentes

De nombreux obstacles limitent l’accès aux soins de santé en République démocratique du Congo : récurrence des conflits armés, déplacement de population, manque d’infrastructures, de personnel médical et incapacité du système de santé à répondre aux besoins des populations. La RDC est un pays immense, qui fait près de 4 fois la taille de la France et sa géographie impose des défis, notamment logistiques, à l’intervention des équipes humanitaires. Il faut en effet parfois plusieurs jours pour atteindre les villages reculés de certaines régions, avec dans le cas de campagnes de vaccination par exemple, l’obligation de respecter la chaîne du froid pour préserver la viabilité des vaccins.

De nombreuses maladies y sont endémiques ou présentes de façon récurrente, comme le paludisme, le choléra, la rougeole ou les fièvres hémorragiques. Les populations congolaises sont ainsi frappées par des épidémies de rougeole depuis des décennies et la RDC connaît une résurgence majeure de la maladie depuis 2010. La rougeole est particulièrement dangereuse pour les enfants de moins de cinq ans, alors qu’elle est facilement évitable grâce à la vaccination (efficace sur environ 85 % des enfants vaccinés). Extrêmement contagieuse, elle peut entraîner de multiples complications et être mortelle. En l’absence de traitement antiviral, le personnel soignant travaille à traiter les symptômes, éviter les complications et contrôler la fièvre. Médecins Sans Frontières intervient notamment lors de campagnes de vaccination massives, en prévention ou en réponse aux urgences, pour éviter la propagation de l’épidémie.

© MSF 2016

La lutte contre le paludisme en RDC est souvent présentée comme un succès depuis le début des années 2000, avec une diminution générale du nombre de cas. Pourtant la maladie compte toujours parmi les premières causes de décès dans le pays (OMS, 2012), et touche particulièrement les enfants : en 2016, Médecins Sans Frontières a ainsi pris en charge 922 000 patients congolais affectés par le paludisme. Les populations de la République démocratique du Congo sont également soumises au choléra, maladie endémique dans six provinces et l’épidémie qui s’est déclarée en 2017 a touché la quasi totalité du pays, favorisée par la sécheresse et les déplacements de population.
Plus rares, les fièvres hémorragiques sont aussi présentes dans le pays. Les maladies à virus Ebola sont réapparues en 2014, 2017 et plus récemment en 2018, dans la province de l'Equateur.
Une épidémie de fièvre jaune s’est propagée depuis l’Angola jusque dans les régions du sud-ouest de la RDC en 2016.

Des explosions de violences

La République démocratique du Congo est marquée par des années de guerre. Celles dites du Congo, débutent en 1996 et prennent officiellement fin en 2002 avec la signature des accords de Sun City (Afrique du Sud), qui prévoient la formation d'un gouvernement de transition. Elles ont laissé place à une multitude de conflits armés, d’affrontements ou de guerres aux conséquences dramatiques pour les populations du pays, aussi bien au Tanganyika, qu’au Kasaï ou dans les Kivus.

Dès 2004, la guerre reprend dans le Nord-Kivu, région de l’est du pays, frontalière avec l’Ouganda, et oppose la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) aux forces gouvernementales et leurs alliés. La guerre s’installe et gagne en intensité, notamment avec la mutinerie des éléments CNDP réintégrés dans l’armée régulière qui forment la rébellion du M23 et prennent la capitale provinciale Goma en novembre 2012.

Durant cette décennie, les parties au conflit commettent meurtres de masse, tortures et pillages et les soldats pratiquent le viol de manière systématique. Dans ce contexte de violences et d’exactions généralisées, l’intervention de Médecins Sans Frontières est extrêmement difficile et ses équipes tentent de venir en aide aux populations directement touchées par la guerre, en plus de celles frappées par les conséquences indirectes du conflit (déplacement de population, malnutrition infantile, manque d’accès à l’eau potable, paludisme…).

1,13 million

de déplacés par la violence dans les Kivus en 2011.

Les équipes de Médecins Sans Frontières prennent en charge plus de 1 200 femmes victimes de viols en 2005, près de 3 500 l’année suivante et 5 600 en 2009, presque tous commis par des membres appartenant aux forces armées régulières ou rebelles. En 2005, près du quart des opérations chirurgicales réalisées par Médecins Sans Frontières dans l’hôpital de Rutshuru sont liées à des blessures de guerre.

Les interventions des équipes de Médecins Sans Frontières sont toutefois restreintes par des impératifs sécuritaires - risques d’attaques et d’enlèvements notamment - et l’accès aux victimes du conflit est limité. Après les combats de 2012 et 2013 entre le M23 et les forces gouvernementales dans le Nord-Kivu - pendant lesquels Médecins Sans Frontières est restée le seul acteur humanitaire sur place- et la défaite militaire du groupe rebelle, les affrontements ne se sont pas pour autant arrêtés dans la région.

Le Congo Research Group, recense en 2018 plus de 130 groupes armés dans la seule région des Kivus et c’est notamment l’un d’eux qui a enlevé quatre membres des équipes MSF en 2013. L’une des otages a réussi à s’enfuir après treize mois de captivité. Et Médecins Sans Frontières, malgré les efforts déployés, restait toujours sans nouvelle des trois autres otages en 2018.

Notre intervention

Médecins Sans Frontières offre une assistance médicale et une réponse aux urgences médicales aux populations de la République démocratique du Congo.

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux personnes affectées par le VIH/Sida en République démocratique du Congo.

Depuis 2005, Médecins Sans Frontières soutient l’hôpital de Rutshuru dans la région du Nord-Kivu et offre des soins de santé primaire et secondaire aux populations de l’est de la République démocratique du Congo.

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