Rougeole en RDC : « le coronavirus ne doit pas mettre en péril la réponse aux autres urgences sanitaires »

Des vaccins contre la rougeole sont acheminés à moto depuis Lisala jusqu'à Boso Manzi, dans la province de la Mongala, une région du nord de la RDC difficile d’accès et durement frappée par l’épidémie de rougeole. En février 2020, MSF y a déployé une équipe d’urgence pour mener une vaste intervention de vaccination et de prise en charge.
Des vaccins contre la rougeole sont acheminés à moto depuis Lisala jusqu'à Boso Manzi, dans la province de la Mongala, une région du nord de la RDC difficile d’accès et durement frappée par l’épidémie de rougeole. En février 2020, MSF y a déployé une équipe d’urgence pour mener une vaste intervention de vaccination et de prise en charge. ©Caroline Thirion/MSF

Voilà plus de deux ans que les équipes MSF luttent contre la plus grande épidémie de rougeole au monde, qui a tué plus de 6 600 personnes. Cela se passe en République démocratique du Congo et aujourd'hui encore lutter contre l'épidémie demande beaucoup de moyens d'actions. Que se passera-t-il si ces moyens sont concentrés sur la lutte contre la pandémie de Coronavirus ?

Début 2020, des centaines de cas de rougeole ont été notifiés dans la zone de santé de Boso Manzi, située dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo. En réponse, MSF a envoyé une équipe d’urgence sur place pour évaluer la situation, lancer une nouvelle campagne de vaccination et soutenir la prise en charge des malades. Cette intervention s’ajoute à la liste déjà longue d’actions menées par MSF pour lutter contre une épidémie de rougeole qui dure depuis plus de deux ans maintenant.

« Les besoins sont immenses mais l’approvisionnement en médicaments de nos centres de santé reste difficile, explique Gédéon Mushadi, le médecin chef de zone. Le peu qui est disponible dans chaque structure n’arrive pas à couvrir les besoins de la population. » Boso Manzi est située à six heures de route de la capitale régionale, une piste très difficilement praticable pour le convoi de motos MSF. Comme dans la plupart des localités reculées et difficiles d’accès, les grandes tueuses que sont la rougeole, le paludisme, les diarrhées et les infections respiratoires sont une réalité quotidienne.

La zone de santé de Boso Manzi, dans la province de Mongala, a été durement touchée par l’épidémie de rougeole en RDC. En février 2020, les équipes d’urgence de MSF y ont lancé une vaste intervention de vaccination et de prise en charge. Les cas graves, repérés dans les aires de santé locales, sont référés à l'hôpital général de référence de Boso Manzi, où MSF appuie la prise en charge du personnel de santé local.
 © MSF/Caroline Thirion
La zone de santé de Boso Manzi, dans la province de Mongala, a été durement touchée par l’épidémie de rougeole en RDC. En février 2020, les équipes d’urgence de MSF y ont lancé une vaste intervention de vaccination et de prise en charge. Les cas graves, repérés dans les aires de santé locales, sont référés à l'hôpital général de référence de Boso Manzi, où MSF appuie la prise en charge du personnel de santé local. © MSF/Caroline Thirion

Il aura fallu des mois pour que cette épidémie de rougeole soit déclarée officiellement en juin 2019, et les campagnes de vaccination des autorités ont connu d’importants retards, des problèmes de coordination et un manque de partenaires – focalisés pour beaucoup sur la gestion de l’épidémie d'Ebola. Planifiées depuis 2 ans, les activités supplémentaires de vaccination n’ont ainsi démarré qu’en octobre 2019.

Cette situation a contribué au très lourd bilan humain dans le pays. « Aujourd’hui, le nombre de cas a baissé mais l’épidémie est loin d’être finie et certaines zones enregistrent même des hausses, explique Emmanuel Lampaert, coordinateur des opérations de MSF pour la RDC. Une action urgente est requise dans une centaine de zones de santé. Depuis janvier, plus de 50 000 cas de rougeole ont officiellement été notifiés, et plus de 600 décès ont été enregistrés. Un grand nombre de zones connaissent une hausse des cas et des décès et ne sont même pas incluses dans le dernier plan de riposte national. »

Une maman vient de faire vacciner sa petite fille contre la rougeole, dans le cadre de la campagne de vaccination organisée par MSF dans la zone de santé de Boso Manzi, province de la Mongala. Malgré la vaccination contre la rougeole mise sur pied dans cette zone par les autorités congolaises en décembre, un grand nombre de cas ont encore été enregistrés par la suite. MSF a donc envoyé une équipe en février pour mener une nouvelle campagne de vaccination et appuyer la prise en charge des patients dans les structures de santé.
 © MSF/Caroline Thirion
Une maman vient de faire vacciner sa petite fille contre la rougeole, dans le cadre de la campagne de vaccination organisée par MSF dans la zone de santé de Boso Manzi, province de la Mongala. Malgré la vaccination contre la rougeole mise sur pied dans cette zone par les autorités congolaises en décembre, un grand nombre de cas ont encore été enregistrés par la suite. MSF a donc envoyé une équipe en février pour mener une nouvelle campagne de vaccination et appuyer la prise en charge des patients dans les structures de santé. © MSF/Caroline Thirion

La région de Boso Manzi avait pourtant bénéficié de campagnes de vaccination menées par l’OMS et les autorités congolaises en décembre 2019. « Dans les zones reculées comme celle-ci, les structures de santé locales n’ont pas de chaîne du froid et manquent de moyens de transport, explique Philippe Mpabenda, le médecin en charge de l’intervention d’urgence MSF. Les vaccinations se concentrent souvent dans l’environnement immédiat de certains centres de santé, et n’atteignent pas les communautés plus éloignées. De plus, l’efficacité des vaccins dépend fortement de la capacité à les maintenir à une température allant de 2 à 8 degrés Celsius. » 

Dans ce contexte déjà difficile, de nouveaux obstacles à la vaccination sont récemment apparus avec la pandémie de Covid-19. « Il est crucial de mettre en œuvre les mesures de prévention du coronavirus pour protéger les populations et le personnel de santé, surtout dans un pays où les capacités sanitaires sont très limitées, poursuit Emmanuel Lampaert. Mais ces mesures affectent aujourd’hui la réponse aux autres urgences vitales, comme la rougeole, dans lesquelles le transport des vaccins et des équipes, par exemple, ou l’organisation des vaccinations de masse sont essentiels. »

« Si les efforts ne sont centrés que sur le Covid-19, d’autres crises majeures sont à venir, s’inquiète Emmanuel Lampaert. Réduire les activités de vaccination, la prévention du paludisme ou l’appui nutritionnel rendra la situation sanitaire encore plus difficile pour le pays. Cela entraînera une mortalité excessive que nous ne pouvons cautionner silencieusement. »

En plus du vaccin contre la rougeole, les enfants reçoivent de la vitamine A et du Mebendazol, en guise de déparasitage. Malgré la vaccination mise sur pied dans cette zone par les autorités congolaises en décembre, un grand nombre de cas de rougeole ont encore été enregistrés et MSF a donc envoyé une équipe d’urgence en février dans la zone de santé de Boso Manzi.
 © MSF/Caroline Thirion
En plus du vaccin contre la rougeole, les enfants reçoivent de la vitamine A et du Mebendazol, en guise de déparasitage. Malgré la vaccination mise sur pied dans cette zone par les autorités congolaises en décembre, un grand nombre de cas de rougeole ont encore été enregistrés et MSF a donc envoyé une équipe d’urgence en février dans la zone de santé de Boso Manzi. © MSF/Caroline Thirion

Les équipes MSF se sont déjà déployées dans une dizaine de provinces en 2020 pour lutter contre la rougeole, vaccinant plus de 260 000 enfants et offrant des soins à plus de 17 000. « On court derrière les foyers d’épidémie, explique Philippe Mpabenda. Le mois dernier, notre équipe était dans la province de l'Équateur, et nous nous apprêtons à intervenir dans une autre région. »

Au cours des six semaines d’intervention de MSF à Boso Manzi, plus de 1 000 patients ont été soignés. Hors de l’hôpital, les équipes ont vacciné plus de 44 000 enfants à travers les différentes aires de santé de la zone.

À lire aussi