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Libye : arrestations massives à Tripoli, des milliers de personnes détenues dans des conditions désastreuses

Des hommes détenus dans le centre de Janzour aux abords de Tripoli.
Des hommes détenus dans le centre de Janzour, aux abords de Tripoli. 2017. © Guillaume Binet/Myop

Au moins 5 000 migrants et réfugiés ont été arrêtés à Tripoli par les forces de sécurité gouvernementales, au cours de raids massifs, depuis le 1er octobre. Lors de ces rafles arbitraires, menées à leurs domiciles, de nombreuses personnes auraient été soumises à de graves violences physiques et sexuelles. Un jeune migrant a été tué et au moins cinq autres ont été blessés par balle, d’après l'ONU.

Les migrants et les réfugiés, parmi lesquels se trouvent des femmes et des enfants, ont été conduits dans différents centres de détention de Tripoli, administrés par l’Etat. MSF fournit des soins médicaux dans trois de ces centres. Conséquence de ces raids, le nombre de détenus a triplé au cours des cinq derniers jours.

MSF appelle les autorités libyennes à mettre fin à ces arrestations massives de migrants vulnérables, et à libérer toutes les personnes détenues illégalement.

"Il faut mettre fin à la détention arbitraire et fermer ces centres insalubres et dangereux », déclare Ellen van der Velden, responsable des opérations de MSF en Libye. « Les autorités doivent identifier des alternatives sûres et dignes à la détention et permettre la reprise immédiate des vols d'évacuation humanitaire et de réinstallation hors de Libye ».

En raison de l'insécurité engendrée par les raids en cours, les équipes MSF n'ont pas été en mesure de déployer leurs cliniques mobiles hebdomadaires à travers la ville au profit des migrants et réfugiés nécessitant des soins médicaux. Beaucoup d'entre eux ont aujourd’hui peur de sortir de chez eux.

« Des hommes de sécurité, armés et masqués, ont fait irruption dans la maison où je vivais avec trois autres personnes », raconte Abdo ( le prénom a été modifié ). « Ils nous ont attaché les mains dans le dos et nous ont traîné hors de la maison. Nous les avons suppliés de nous laisser le temps de rassembler nos affaires et nos papiers, mais ils n'ont rien voulu entendre. Certaines personnes ont été rouées de coups et gravement blessées. Ils m'ont frappé à la tête avec la crosse d'un fusil. [Plus tard], le médecin a dû recoudre la plaie et l'envelopper de 10 pansements. Les hommes masqués nous ont tous fait monter dans des véhicules, puis nous nous sommes retrouvés au centre de détention de Ghout Sha'al. J'y suis resté quatre jours et y ai vécu des moments très difficiles. J’ai vu des personnes sans défense se faire tabasser. Le quatrième jour, j'ai réussi à m'échapper. Je suis libre maintenant. Je suis libre. »

Les personnes arrêtées ont été enfermées dans des cellules insalubres et surpeuplées, avec un accès très limité à l'eau potable, à la nourriture et aux sanitaires. Au vu de la violence des arrestations, il est probable que de nombreuses personnes aient besoin de soins médicaux urgents. Des équipes de MSF ont réussi à visiter deux centres de détention au cours des deux derniers jours : Shara Zawiya et Al-Mabani (également connu sous le nom de Ghout Sha'al).

Dans le centre de détention d'Al-Mabani, les hangars et les cellules étaient tellement surpeuplés que les hommes étaient obligés de rester debout. À l'extérieur des cellules, des centaines de femmes et d'enfants étaient détenus en plein air. Des hommes ont confié à MSF ne pas avoir mangé depuis trois jours, tandis que plusieurs femmes ont dit n’avoir reçu qu’un morceau de pain et de fromage par jour. Plusieurs hommes étaient inconscients et nécessitaient une attention médicale urgente.

A Al-Mabani, les gardes sont intervenus violemment pour intercepter un groupe de détenus qui tentait de s’échapper. L’équipe de MSF présente sur place a entendu deux tirs d'armes lourdes à très courte distance et a assisté au passage à tabac d'un groupe d'hommes, qui ont ensuite été forcés à monter dans des véhicules et conduits vers une destination inconnue.

Dans ces conditions très tendues et avec un temps de visite sévèrement limité, les équipes MSF ont traité 161 patients, dont trois pour des blessures liées à la violence. Elles ont également facilité le transfert de 21 patients nécessitant des soins médicaux spécialisés vers des cliniques soutenues par MSF à Tripoli.

MSF a récemment repris ses activités médicales dans les centres de détention de Shara Zawiya, Al-Mabani et Abu Salim à Tripoli, après presque trois mois de suspension suite à des incidents et des violences répétés contre les migrants et les réfugiés détenus dans ces installations. La reprise du travail de MSF était conditionnée à l’assurance que certaines conditions de base seraient respectées.  « Cet accord conclu avec les autorités gérant les centres a été clairement violé, au vu des conditions de détention actuelles » dénonce Ellen van der Velden.

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