213 survivants débarquent à Messine après une semaine meurtrière en Méditerranée

Le jeudi 21 novembre 2019, MSF et SOS Méditerranée ont secouru 90 naufragés, qui avaient quitté la Libye le mardi soir précédent.
Le jeudi 21 novembre 2019, MSF et SOS Méditerranée ont secouru 90 naufragés, qui avaient quitté la Libye le mardi soir précédent. ©Hannah Wallace Bowman/MSF

Alors que les 213 personnes secourues par l'Ocean Viking la semaine dernière débarquent ce dimanche à Messine (sud de l'Italie), SOS MEDITERRANEE et Médecins Sans Frontières (MSF) demandent une nouvelle fois aux gouvernements européens de mettre fin aux obstacles entravant les opérations de recherche et sauvetage (SAR) et de garantir une réponse coordonnée à la catastrophe humanitaire qui se déroule actuellement en Méditerranée centrale.

Plus de 700 personnes auraient tenté de fuir la Libye sur de fragiles embarcations cette semaine, alors que de nouveaux troubles et de violents bombardements faisant des victimes civiles ont été signalés à Tripoli et dans ses environs. Sur les 215 personnes secourues par l'Ocean Viking lors de trois opérations de sauvetage, près d'un tiers étaient des enfants de moins de 18 ans, dont la grande majorité voyageaient seuls.

« Nous sommes soulagés que les survivants soient débarqués dans un lieu sûr aujourd'hui. En raison des conditions météorologiques très instables, des vies humaines continuent d'être mises en danger en tentant cette périlleuse traversée. Ces derniers jours ont été particulièrement meurtriers en Méditerranée centrale. Il est urgent qu’une intervention coordonnée soit mise en place pour prévenir d'autres pertes de vie dans les semaines à venir, la situation est critique », déclare Nicholas Romaniuk, coordinateur des opérations de recherche et sauvetage pour SOS MEDITERRANEE à bord de l'Ocean Viking.

Comme les opérations de sauvetage se sont déroulées dans la zone de responsabilité du Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage (JRCC) libyen, Tripoli a été désigné comme port de débarquement pour les survivants. L'Ocean Viking a décliné, car aucun port en Libye ne peut actuellement être considéré comme un lieu sûr. L'Ocean Viking a ensuite demandé aux autorités maritimes maltaises et italiennes d’attribuer un autre lieu sûr pour le débarquement des survivants. 

« La catastrophe humanitaire en cours en Libye et en Méditerranée incarne l'incapacité des États de l'UE à agir conformément aux principes et obligations humanitaires du droit international. Rien que ces derniers jours, au moins 440 personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens, qui sont financés par l'UE, et ont été renvoyées de force vers les conditions de violence et d'exploitation qui sont reconnues par l’UE, déclare Michael Fark, coordinateur de projet pour MSF à bord de l’Ocean Viking. Pendant ce temps, les corps de ceux qui n'ont pas pu être trouvés échouaient sur le rivage. Alors même que l'Ocean Viking attendait des instructions pour son débarquement, des rapports annonçaient un autre naufrage tragique au large de Lampedusa. Ce sont là les effets dévastateurs de leurs politiques que les dirigeants européens ne peuvent plus ignorer. »

MSF et SOS MEDITERRANEE exhortent les gouvernements de l'UE à prendre des mesures immédiates pour attribuer un lieu sûr aux 151 survivants encore bloqués à bord de navires de sauvetage ; à répondre au besoin urgent de capacités européennes de recherche et de sauvetage proactives ; et à mettre en œuvre de manière efficace un mécanisme de débarquement durable et prévisible.

Le conflit armé et l'insécurité croissante en Libye affectant toujours plus les civils, et par là même encore davantage les migrants et les réfugiés extrêmement vulnérables, les dirigeants de l'UE devraient reconsidérer leur soutien politique et matériel au système des retours forcés en Libye. Les personnes fuyant la Libye ne peuvent tout simplement pas y être renvoyées.

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