Yémen : en 2015, dans le seul hôpital de traumatologie MSF au coeur de la bataille d'Aden
En 2015, le Yémen était en guerre depuis près d'un an. Alors qu'en mars, le mouvement Ansar Allah, opposé aux forces du président Abdrabbo Mansour Hadi, entre à Aden, les besoins en soin de traumatologie explosent. L'hôpital MSF figure alors parmi les derniers hôpitaux d'Aden encore fonctionnels et devra, entre mars et juillet 2015, prendre en charge des milliers de personnes blessées au cours de la guerre. Retour sur quatre mois d'urgence au sein de l'hôpital d'Aden.
« Ce que j’ai vu ce jour-là était inimaginable. L’hôpital était rempli de patients blessés par la guerre. Les couloirs résonnaient de cris », raconte le Dr Nagwan de MSF. En mars 2015, le service de traumatologie de l’hôpital universitaire d’Aden, géré par Médecins Sans Frontières (MSF), est devenu le seul établissement de la ville à prendre en charge les victimes des combats. Pendant quatre mois, au cœur de la bataille pour prendre le contrôle d'Aden, l’hôpital a fonctionné sous pression constante, traitant un flux ininterrompu de patients gravement blessés.
En septembre 2014, Ansar Allah, plus connu sous le nom du mouvement Houthis, et ses alliés, avaient pris le contrôle de larges zones de la capitale, Sanaa. Sous la pression, le président Hadi démissionne en janvier 2015 et se réfugie à Aden, un port situé dans le sud du Yémen qui était alors le dernier bastion du gouvernement reconnu internationalement. En mars 2015, les rumeurs d’une avancée d'Ansar Allah vers le sud se multiplient. « Les habitants se précipitaient dans les magasins pour stocker nourriture et produits de première nécessité. Personne ne savait ce qui allait se passer », se souvient le Dr Nagwan.
Le 25 mars, le mouvement Ansar Allah et ses alliés entrent dans Aden. Des combats éclatent dans toute la ville, y compris dans les quartiers résidentiels, tandis que le président Abdrabbo Mansour Hadi quitte le pays. Très vite, la violence touche l’hôpital MSF. « En rentrant chez moi, j’ai vu un véhicule transportant des blessés s’écraser contre l’hôpital », raconte le Dr Nagwan. Bien qu’il ne fasse pas encore partie de l’équipe MSF, il entre immédiatement pour aider. « Je me suis retrouvé dans ce qui ressemblait à un champ de bataille, arrêtant le saignement d’un patient, cherchant une veine pour un autre, passant d’un cas critique à l’autre. »
Entre le 25 et le 26 mars, MSF prend en charge environ 180 patients. Dans les semaines qui suivent, Aden devient une ville divisée : le nord et le sud passent sous le contrôle d'Ansar Allah, le centre reste aux mains des forces séparatistes du sud, qui intègreront plus tard le Conseil de transition du Sud (Southern Transitional Council, STC).
Les mois se succèdent et la prise en charge des urgences reste pourtant au coeur de l'activité de MSF : les équipes médicales doivent toujours prioriser les soins vitaux. Mohamed, coordinateur logistique de MSF, explique : « Les chauffeurs transportaient les patients, le personnel administratif nettoyait les matelas, tout le monde aidait les équipes médicales. Nous devions gérer la foule, calmer les tensions et protéger le personnel médical pour qu’il puisse continuer à soigner. »
En juillet 2015, les combats s’intensifient lors du retrait d'Ansar Allah d’Aden, provoquant le plus grand afflux de blessés depuis le début du conflit. Entre mars et août 2015, MSF prend en charge environ 2 800 patients, dont de nombreuses femmes et enfants.
En février 2025, le programme de chirurgie traumatologique de l’hôpital d’Aden a fermé après 12 ans d’activité, au cours desquels MSF a réalisé plus de 65 000 consultations d’urgence et près de 68 000 interventions chirurgicales.
Si la violence a diminué, le Yémen reste aujourd’hui encore très instable et l’accès aux soins y est toujours limité.
Au cours des derniers mois, les tensions ont augmenté entre le Conseil présidentiel du Yémen, reconnu internationalement et soutenu par l’Arabie saoudite, et le Conseil de transition du Sud (STC), soutenu par les Émirats arabes unis, qui revendique plus d’autonomie pour le sud du pays. MSF continue d’être présente à Aden, de suivre l’évolution des besoins et de garder un plan d’urgence prêt à être déployé en cas de dégradation de la situation.