Ukraine : les attaques russes sur les infrastructures énergétiques menacent directement la vie des habitants

Les services d'urgence ont installé des tentes spéciales dans chaque quartier de Kiev pour que les gens puissent se réchauffer, passer la nuit, recharger leurs téléphones portables et obtenir des repas chauds, grâce à la présence de cuisines mobiles.
Les services d'urgence ont installé des tentes spéciales dans chaque quartier de Kiev pour que les gens puissent se réchauffer, passer la nuit, recharger leurs téléphones portables et obtenir des repas chauds, grâce à la présence de cuisines mobiles. © Anhelina Shchors/MSF

Près de quatre ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, et alors que les températures ont atteint -20 degrés dans le pays, les forces russes continuent de bombarder les infrastructures énergétiques, limitant l’accès à l’électricité, au chauffage et à l’eau courante à des millions de civils ukrainiens. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ainsi que les patients vivent et travaillent parfois dans des maisons déjà endommagées par les attaques russes, alors que les produits de première nécessité manquent.

La majorité des patients de MSF vivant aux abords des lignes de front, dans les régions de Dnipropetrovsk, Donetsk et Zaporijia, sont âgés de plus de 50 ans et vivent avec des maladies chroniques, maintenant exacerbées par le grand froid et le manque d’abris. Dans ces régions, malgré l’urgence nationale déclarée, de nombreuses personnes ont fait face à des épisodes réguliers d’hypothermie suite aux coupures de courant. 

« Aujourd’hui, nous sommes dans un village qui a eu l’électricité pendant seulement une heure et demie de toute la journée » explique Ivan Afanasiev, médecin MSF. « Même notre équipe médicale avait froid, alors imaginez comment les patients devaient se sentir. L’exposition prolongée au grand froid a un impact très négatif pour les patients atteints d’une maladie chronique ». 

Les maladies chroniques, comme le diabète ou les maladies cardio-vasculaires entraînent des besoins spécifiques, et sont difficilement prises en charge dans un contexte où les produits de première nécessité manquent.

« Ils ont plus de difficultés à contrôler leur taux de sucre dans le sang ou bien leur pression sanguine. Les personnes en situation d’handicap ne peuvent pas bouger pour se réchauffer et sont plus vulnérables à l’hypothermie » ajoute Ivan Afanasiev.

« Ça ne concerne pas uniquement les personnes qui vivent à la rue » explique Roman Horenko, anesthésiste MSF. « À cause des coupures de courant et de chauffage, les gens ne peuvent pas se réchauffer dans leur propre maison. Nous avons pris en charge une femme âgée, qui était restée allongée pendant plusieurs jours, sans pouvoir bouger, du fait des conséquences d’un AVC. Finalement, une ambulance est arrivée et l’a amenée à l’hôpital de Dnipropetrovsk, où elle a été admise pour déshydratation et hypothermie ». 

Kseniia Lipynska, employée de MSF, a vu sa fenêtre brisée pendant une attaque au drone.

« Des drones ont attaqué une centrale électrique et j’ai vu les flammes à travers la fenêtre de ma cuisine » relate-t-elle. « Les explosions se rapprochaient, alors mes parents et moi nous sommes abrités dans le couloir, car l’intensité des frappes brisait nos fenêtres ».

« Pendant une pause entre deux explosions, j’ai vite couru pour enfiler des habits chauds » ajoute-t-elle. « On a recouvert les fenêtres avec des planches, mais ça n’a pas aidé. Maintenant, on bloque les fenêtres avec des oreillers et des couvertures. Il fait si froid à l’intérieur que de la glace s’est formée sur les stores ». 

Le niveau de destruction infligé aux habitations est si important que les reconstructions prendront beaucoup de temps. La possibilité que les logements soient de nouveaux détruits ou endommagés lors de futures frappes, et la hausse des coûts des marchandises liée à l’inflation poussent certains habitants à remettre en question la rénovation de leur habitation. 

Plus loin sur la ligne de front de Vinnytsia à Kiev, les gens continuent de souffrir des coupures de courant, alors que le pays fait face à l’une des plus grandes vagues de froid qu’il ait connu. 

« Vivre à Kiev ces dernières semaines, ressemblait plus à de la survie que de la vie » détaille Anhelina Shchors, employée de MSF. « Le sentiment d’avoir toujours froid nous hante, surtout quand les températures atteignent –20 degrés dehors, sans avoir de moyen de se réchauffer chez soi ». 

Notes

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