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Mexique : un centre dédié aux personnes victimes de torture et de violence extrême

Alejandro est pris en charge dans le centre dédié aux victimes de torture ou de violences extrêmes MSF de Mexico. 2022. 
Alejandro est pris en charge dans le centre dédié aux victimes de torture ou de violences extrêmes MSF de Mexico. 2022.  © Jordi Ruiz Cirera

Depuis juillet 2017, MSF propose une prise en charge complète aux personnes victimes de torture ou de violences extrêmes à Mexico. Néstor Rubiano, psychologue et coordinateur MSF, revient sur les raisons d’être et le fonctionnement de cette structure spécialisée.

Pourquoi cette structure a-t-elle été créée ? 

Lorsque MSF a commencé à travailler avec les personnes en migration au Mexique en 2011, nous avons été témoins d’un type de violence que nos équipes n'avaient jamais vu auparavant.

C’est une violence extrême, souvent infligée avec une cruauté sinistre. Ce centre est né de la nécessité de proposer une prise en charge médicale complète à des personnes qui ont énormément souffert, parfois depuis leur enfance, puis à nouveau lors de leur parcours migratoire.

Gustavo*, originaire d’El Salvador

« J'ai dû partir parce que j'ai vu quelque chose que je n'aurais pas dû voir. Quelqu'un m'a averti que j'avais cinq minutes pour m’enfuir. J'ai découvert que ma maison avait été attaquée environ 15 ou 20 minutes après mon départ. Ils ont tout détruit là-bas et ont laissé des impacts de balles dans les murs. Ils allaient me tuer. 

J’ai fui mon pays et j’ai été extorqué par la police au Guatemala et au Mexique, puis agressé sexuellement quand je dormais dans la rue. J'ai également été victime de discrimination parce que je suis gay et parce que je suis un migrant. »

* Le prénom du témoin a été modifié à sa demande afin de préserver son anonymat.

© Jordi Ruiz Cirera

Nous sommes confrontés à une violence structurelle et organisée. Cela consiste, par exemple, à faire subir des actes de barbarie à une personne, en lui coupant les doigts pendant des jours et en la privant de nourriture. Ces criminels peuvent également s’en prendre à la famille de la personne torturée, en emmenant un de ses parents sur place et en le torturant à son tour, afin d’augmenter le niveau de souffrance et intimider davantage.

Quelles sont les conséquences de ces violences extrêmes ?

Les blessures physiques de ce type de violence sont très graves, nécessitant parfois une intervention chirurgicale. Nous rencontrons aussi beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles. Parfois, elles tombent enceintes. C'est une situation très complexe pour une femme seule, migrante, à la rue. Avec un bébé, la situation devient encore plus difficile. Certaines personnes perdent le lien avec la réalité, elles entrent dans un monde imaginaire et parallèle pour se protéger de leurs souffrances et de leurs souvenirs. Nous avons rencontré des patients qui se sont retrouvés à la rue et qui, en l’absence de soutien d’associations ou d’autres organisations, sont tombés dans la dépendance. 

Et puis, petit à petit, non seulement grâce au traitement que nous offrons, mais aussi grâce au soutien d'autres institutions qui offrent un logement, une formation et un travail, nous pouvons réussir à aider un survivant à vivre de façon autonome.

Rosa, originaire du Mexique

« Je suis agricultrice et je vivais dans un village du Mexique. Trois membres de ma famille ont été tués devant moi. Mon mari et moi avons survécu en nous cachant. Mes deux filles jouaient à 20 mètres du lieu de l’attaque et je suis restée des heures sans nouvelles d’elles, en pensant qu’elles étaient mortes. Nous avons ensuite décidé de fuir tous les quatre, de peur que les attaquants ne reviennent. 

Je ne sais pas où sont enterrés mes proches. J'essaie de ne pas penser à la dernière fois que je les ai vus : ils appelaient à l'aide et suppliaient pour qu’on ne les tue pas. Ce souvenir me hante. Je savais que j'avais besoin d'aide et d’un traitement. »

© Jordi Ruiz Cirera

MSF concentre son attention sur le volet médical, avec des psychiatres et des psychologues, et nous assurons aussi un accompagnement en kinésithérapie, car les patients ont des blessures plus ou moins graves nécessitant parfois des soins et de longues convalescences. Nous collaborons également avec d'autres acteurs sur les questions de protection, d'hébergement et sur différentes formations et cours, afin que le patient soit pris en charge de manière globale. Notre objectif est d’autonomiser au maximum une personne, mais aussi d'atténuer autant que possible son traumatisme et sa douleur.

Est-ce que ces violences ont augmenté ?

En effet, la violence contre les migrants a augmenté du fait de la criminalisation et de la militarisation, concrétisées avec la mise en place de différents obstacles. Cela signifie que les gens doivent emprunter des itinéraires plus dangereux, caractérisés par la présence de réseaux de crime organisé et un degré plus élevé de violence.

Beaucoup de nos patients ont également subi des violences dans leurs pays d'origine, comme le Honduras, le Guatemala et El Salvador. Ici, ils sont paralysés, car ils ne sont pas autorisés à se déplacer pour chercher la sécurité dans un autre pays, ou bien ils sont renvoyés ou détenus à la frontière. Il s'agit d'un cercle vicieux avec une forte probabilité de répétition de la violence.

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