Ebola : une épidémie qui persiste et des zones préoccupantes dans le Nord-Kivu

Luis Encinas est un des spécialistes d'Ebola chez MSF. Il tient dans ses bras un garçon de sept ans atteint par la maladie. Centre de traitement d'Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018.
Luis Encinas est un des spécialistes d'Ebola chez MSF. Il tient dans ses bras un garçon de sept ans atteint par la maladie. Centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018. ©John Wessels

En République démocratique du Congo (RDC), dans la province du Nord-Kivu et notamment dans les communautés urbaines de Beni et Butembo, l’épidémie d’Ebola qui s’est déclarée le 1er août continue de sévir. Plus de 440 personnes ont été contaminées et plus de 255 d’entre elles n’ont pas survécu.

Cette dixième épidémie que subit la RDC est devenue la plus importante de son histoire depuis la découverte du virus en 1976 dans l’ex-Zaïre, à proximité de la rivière Ebola.  

Quarante ans plus tard, malgré une mobilisation massive et coordonnée entre plusieurs acteurs-clés tels l’Organisation mondiale de la Santé, le ministère de la Santé congolais et des ONG, dont Médecins Sans Frontières (MSF), l’épidémie n’est toujours pas contrôlée et impose notamment aux équipes de MSF de redoubler d’efforts et d’accroître ses activités pour pouvoir envisager d’éradiquer l’épidémie en cours.

Butembo : nouvelle zone la plus touchée par l’épidémie

La situation est particulièrement inquiétante à Butembo et ses alentours dont Kalunguta, située sur l’axe Beni – Butembo, avec une augmentation des cas confirmés et une résistance communautaire assez importante dans certaines zones.

Intervention de Médecins Sans Frontières en réponse à l'épidémie d'Ebola qui sévit depuis le 1er août. République démocratique du Congo. 2018.
 © MSF
Intervention de Médecins Sans Frontières en réponse à l'épidémie d'Ebola qui sévit depuis le 1er août. République démocratique du Congo. 2018. © MSF

Pour le moment, le nombre de cas dans le centre-ville de Butembo demeure peu élevé ; en revanche dans la partie est de la ville, à Katwa, et dans certains territoires reculés de l’aire de santé de la ville, les équipes de MSF, seul acteur humanitaire impliqué dans la prise en charge des patients aux côtés des autorités locales, n’ont pas le contrôle sur certains foyers isolés, et l’insécurité qui les entoure empêche de mener toutes les activités nécessaires à la riposte, notamment celles effectuées au sein même des communautés affectées.

Des travailleurs de santé MSF transportent un patient après que son test d'Ebola s'est révélé négatif. Centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018.
 © John Wessels
Des travailleurs de santé MSF transportent un patient après que son test d'Ebola s'est révélé négatif. Centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018. © John Wessels

« Au regard des dernières données, nous sommes très préoccupés par la situation épidémiologique dans cette zone. Nous savons désormais que cette épidémie va durer et nous devons nous efforcer de mieux la contrôler. Avec les autorités, nous avons fait le choix stratégique de déployer nos activités au plus près des populations concernées et d’organiser des formations auprès de personnes clés de la communauté afin d’avoir accès aux malades et à leurs proches », précise John Johnson, responsable de projets MSF à Butembo.


Les premiers résultats semblent probants puisque justement des nouveaux cas provenant de ces zones sont signalés et des patients transférés à Butembo, au centre de traitement Ebola (CTE) géré par MSF en collaboration avec le ministère de la Santé. La capacité de prise en charge de ce CTE a été revue à la hausse ces derniers jours et il dispose aujourd’hui de 64 lits. En parallèle, les activités de décontamination et de vaccination ont été renforcées. Près de 2 000 travailleurs de première ligne ont pu bénéficier d’un vaccin administré par les équipes MSF, cette vaccination étant l’une des composantes de la stratégie globale pour contenir l’épidémie.

Des travailleurs de santé MSF dans le centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018.
 © John Wessels
Des travailleurs de santé MSF dans le centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018. © John Wessels

Antoine, responsable des activités de promotion de santé au sein du CTE de Butembo témoigne : « le travail que je mène au quotidien est primordial dans notre réponse à l’épidémie. En informant les personnes présentes au CTE sur les symptômes d’Ebola ou de ceux de proches avec qui ils auraient été en contact, nous souhaitons les inciter à être pris en charge le plus rapidement possible. Un malade peut guérir d’Ebola. Nous demandons à chaque survivant qui sort de notre centre de devenir un ambassadeur de la cause et de témoigner de son histoire. Certaines personnes désormais immunisées face au virus peuvent à leur tour aider, et occuper le rôle si précieux de garde-malade notamment pour les enfants isolés de leur famille. C’est tous ensemble, car nous sommes tous concernés, que nous pourrons vaincre cette épidémie », indique-t-il.

À Beni, une mobilisation de chaque instant

« Quatre mois après le début de l’épidémie, nous restons toujours aussi mobilisés et vigilants face à son évolution. À Beni, le nombre de cas par semaine ne baisse pas. Heureusement, à Mangina, la localité dans laquelle l’épidémie avait démarré le 1er août, aucun nouveau cas n’a été reporté depuis plusieurs semaines et nous pourrons très prochainement arrêter nos activités dans ce centre de traitement », précise Axelle Ronsse, responsable de la réponse d’urgence Ebola pour Médecins sans Frontières.

Un travailleur de santé MSF accompagne un homme susceptible d'être atteint par Ebola. Centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018.
 © John Wessels
Un travailleur de santé MSF accompagne un homme susceptible d'être atteint par Ebola. Centre de traitement Ebola de Butembo. République démocratique du Congo. 2018. © John Wessels

« En revanche, à Beni malgré l’action de la riposte, de nouveaux cas sont confirmés quotidiennement. Pour lutter contre ce fléau, nous avons intensifié nos opérations médicales et sanitaires en ouvrant un centre de transit de 48 lits dont l’activité ne faiblit pas et en réalisant, par exemple, des décontaminations dans les centres de santé où un patient confirmé est passé. Pour ne pas mener uniquement des réponses réactives, nous avons également accentué notre travail de formation et sensibilisation aux mesures d’hygiène auprès des professionnels de santé et des communautés », conclut Axelle Ronsse.

Depuis le début de l’épidémie le 1er août 2018, les équipes de MSF participent à la riposte Ebola au Nord Kivu et en Ituri voisine. MSF a ouvert des centres de traitement dans les villes de Mangina, Butembo et Tchomia, un centre d’isolement dans la ville de Bunia et un centre de transit dans la ville de Béni. MSF mène également des activités de contrôle, prévention et sensibilisation dans des centres de santé et au sein des communautés affectées.

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