Burkina Faso : des centaines de milliers de personnes face au risque épidémique

Distribution d'eau par les équipes MSF dans la ville de Kongoussi. Burkina Faso. 2020. 
Distribution d'eau par les équipes MSF dans la ville de Kongoussi. Burkina Faso. 2020.  © Noelie Sawadogo/MSF

La région Centre-Nord du Burkina Faso accueille 386 000 personnes déplacées, qui ont fui les affrontements entre groupes armés, les attaques et les massacres. Un chiffre qui a quasiment doublé ces six derniers mois alors que la situation sécuritaire se dégrade. Isolées et sans accès ou presque aux soins de santé, ces populations sont désormais exposées aux risques épidémiques avec la saison des pluies qui s'installe.

Près de la moitié des personnes déplacées par les violences au Burkina Faso sont installées dans la région du Centre-Nord, où l’accès aux soins médicaux est devenu problématique. Au moins 21 structures de santé ont fermé et 38 autres ne fonctionnent qu'a minima, depuis la fin du mois de mai.

Malgré la présence de plusieurs organisations humanitaires sur le terrain et l’assistance apportée jusqu’à présent pour combler les manques à court et moyen termes, les besoins des déplacés sont immenses. Le peu de ressources disponibles rend également les choses difficiles pour les communautés d’accueil et alimente des tensions.

Des populations coupées de tout

« Nous étions déjà nombreux quand une nouvelle vague est arrivée, raconte un habitant de la ville de Bourzanga. Couvrir les besoins en eau potable pour tout le monde est un grand défi. Désormais, avec les pluies, la qualité de l’eau va se détériorer et cela risque de générer des maladies. La nourriture, l’hébergement et les latrines sont également un problème. Nous leur avons montré où il était possible d’installer des abris loin des zones inondables, mais il n’y a pas assez d’espace pour tout le monde. »

Camp de déplacés à Pissila dans la région Centre-Nord. Les conditions d'hygiène sont insuffisantes et les biens des personnes déplacées sont exposés aux intempéries. Burkina Faso. 2020.
Camp de déplacés à Pissila dans la région Centre-Nord. Les conditions d'hygiène sont insuffisantes et les biens des personnes déplacées sont exposés aux intempéries. Burkina Faso. 2020. © Noelie Sawadogo/MSF

Des déplacements d’une telle ampleur combinés au surpeuplement des camps, à un faible accès à l’eau et des installations sanitaires médiocres : les conditions sont propices à la propagation de maladies. La saison des pluies au Burkina Faso s’accompagne inexorablement d’une recrudescence du nombre de cas de paludisme à travers les eaux stagnantes favorisant la prolifération des moustiques.

Accès aux soins

En 2019, le paludisme était la maladie la plus fréquente chez les patients MSF de la région Centre-Nord. Cette année 7 231 personnes atteintes du paludisme ont déjà été prises en charge. « Plus de 60 % des personnes déplacées dans la région Centre-Nord sont des enfants, la population la plus vulnérable face au paludisme », précise Hassan Maïyaki, chef de mission MSF au Burkina Faso.

Un membre des équipes MSF en consultation avec une patiente dans la salle de triage du centre de santé de Bourzanga. Burkina Faso. 2020. 
Un membre des équipes MSF en consultation avec une patiente dans la salle de triage du centre de santé de Bourzanga. Burkina Faso. 2020.    © Noelie Sawadogo/MSF

De nombreux parents, sans ressources depuis qu'ils ont fui leur foyer, n’ont pas les moyens de payer une consultation médicale. « Quand nos enfants sont malades, il faut les amener à l’hôpital, même si cela implique de s’endetter parce que nous n’avons pas d’argent, témoigne Nabonswendé, installée depuis un an dans le village de Pissila. La gratuité des soins offerts par MSF nous permet au moins d’évacuer ce souci. ». À Pissila, MSF est présente dans un centre de santé et déploie des cliniques mobiles pour atteindre les personnes dans les zones périphériques.

Les priorités restent l’eau potable, la nourriture, les abris et les soins de santé, pour les personnes déjà sur place comme pour les nouveaux arrivants. « Pour que nous puissions continuer à répondre aux besoins sanitaires de ces populations, il faut qu’elles puissent avoir accès à des conditions d’hygiène et de logement décentes, un cadre de vie propre et des latrines », déclare Hassan Maïyaki.

Les tentes et les structures d'urgence ne résisteront pas aux intempéries qui arrivent avec la saison des pluies et les conditions de vies insalubres des déplacés les exposent davantage aux risques épidémiques et notamment aux maladies hydriques comme le choléra ou la dysenterie.

Une assistance insuffisante

Les équipes MSF procèdent à des distributions dans le Centre-Nord, comme ce fût le cas à Silmangué, à environ 170 kilomètres de Kaya. Plus de 2 000 familles de déplacés ont reçu des articles essentiels – seaux, jerrycans, gobelets – et des tentes. Mais pour Hassan Maïyaki il faut bien plus. « Le nombre de déplacés augmente avec le temps, ainsi que leurs besoins, associés à ceux des communautés d’accueil. »

Une distribution de biens de premières nécessité par les équipes MSF au Burkina Faso. 2020. 
Une distribution de biens de première nécessité par les équipes MSF au Burkina Faso. 2020.  © Noelie Sawadogo/MSF

Les autorités sanitaires régionales se concentrent sur la prévention et l’élimination des conditions propices à la prolifération de moustiques et d’autres porteurs de maladies. Les équipes de MSF sur le terrain se tiennent prêtes à soutenir les autorités sanitaires locales en cas de flambée de paludisme. 

La malnutrition est une autre menace sanitaire renforcée par la saison des pluies coïncidant avec la période de soudure saisonnière. Entre janvier et juin 2020, MSF a fourni des aliments thérapeutiques à 1 580 enfants souffrant de malnutrition.

Plus de 2,2 millions de personnes ont besoin d’assistance au Burkina Faso, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Il est primordial de continuer à orienter les fonds et les ressources humaines vers l’amélioration des conditions de vie des plus vulnérables. « L’ampleur de la situation est telle qu’elle nécessite une intervention massive et une approche plus globale afin de garantir l’assistance apportée aux populations », conclut Hassan Maïyaki, le chef de mission MSF.

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