Décryptage

Antibiorésistance : une priorité de santé mondiale

Véritable urgence de santé globale, l’antibiorésistance menace de rendre à nouveau létales des maladies aujourd’hui simples à traiter. Médecins Sans Frontières est confrontée à cette problématique de santé publique sur l’ensemble de ses terrains d'intervention.

© Ehab Zawati/MSF

FOCUS - 4 clés pour comprendre

1.

1 Contexte

Les antibiotiques représentent l’une des principales innovations de la médecine au XXème siècle. Ils ont permis de révolutionner le traitement de certaines maladies infectieuses comme les pneumonies, la tuberculose ou la peste, en réduisant considérablement le nombre de décès liés à ces maladies.

Au cours des dernières décennies, les bactéries ont développé des mécanismes d’adaptation leur permettant de résister à des environnements hostiles, notamment à la présence d’antibiotiques. Ces bactéries devenues résistantes ne cessent de se propager, et ce, sur tous les continents. Depuis 2016, la lutte contre l’antibiorésistance est reconnue comme une priorité mondiale par les Nations unies, qui préconise un meilleur usage des antibiotiques existants, en passant – entre autres –, par un renforcement des systèmes de santé et des capacités de diagnostic. Pour Médecins Sans Frontières (MSF), le phénomène est un véritable enjeu au vu de l'importante cohorte de patients qu'elle prend en charge sur ses terrains d'intervention, lui permettant de mieux comprendre et de mieux décrire la prévalence des antibiorésistances, selon le contexte et la zone géographique. 

L'antibiorésistance fait partie de la famille des maladies considérées comme des « grandes tueuses ». On estime que si l'on continue à utiliser des antibiotiques de manière non rationnelle, comme c'est le cas aujourd'hui, l'antibiorésistance entraînera le décès de 10 millions de personnes par an à l'horizon de 2050 et en plongera plus de 28 millions dans l'extrême pauvreté. 

2.

2 EN CHIFFRE

En Chiffre Antibiorésistance

Source : Drugs for Neglected Diseases initiative

3.

3 EXPLICATIONS

© MSF juillet 2018

L'antibiorésistance est l'un des grands enjeux du XXIe siècle en termes de santé publique. Pourtant ce phénomène reste méconnu et mal documenté, alors qu'il s'agit d'une priorité de santé mondiale.

4.

4 Les repères chronologiques

1932

Découverte du premier antibiotique de synthèse, un composé du soufre : le prontosil.

1946

Apparition des premières résistances à la pénicilline, trois ans après sa mise sur le marché comme antibiotique.

2006

Ouverture par MSF d'un programme de chirurgie reconstructrice à Amman en Jordanie, dans lequel la problématique de l'antibiorésistance est fortement présente.

2014

Diffusion par l'OMS du premier rapport dédié à la résistance aux antibiotiques, compilant les données de 114 pays.

2015

Approbation d'un plan mondial de lutte contre l'antibiorésistance par l'Assemblée mondiale de la Santé, en mai.

2016

Reconnaissance de la lutte contre l'antibiorésistance comme une priorité mondiale par les Nations unies. Création du Partenariat mondial pour la recherche et le développement sur les antibiotiques (GARDP).

2020

La fondation MSF développe le projet AntibioGO, une application gratuite qui permettra d'aider les personnels de laboratoire non spécialisés dans la résistance aux antibiotiques, d'analyser les images d'antibiogrammes à l'aide d'un smartphone ou d'un tablette et de décider du traitement le plus adapté à chaque patient.

Focus

Les causes de l'antibiorésistance

La mauvaise utilisation des antibiotiques est en partie responsable du développement de l’antibiorésistance. Leur surprescription ou leur utilisation hors prescription relève à la fois d'une administration médicale banalisée et d'un mauvais usage généralisé des antibiotiques : la durée et/ou le dosage du traitement étant peu, voire pas, respecté. Le recours à des antibiotiques puissants pour traiter des infections simples, des maladies bénignes ou virales, a par ailleurs prouvé son inefficacité. L’utilisation massive d’antibiotiques dans l’élevage – et dans une moindre mesure, dans l’agriculture –, contribue également au phénomène : le développement de la résistance chez les bactéries animales peuvent ensuite être transmises à l’homme, par contact direct ou ingestion.
L’antibiorésistance peut aussi se développer à cause du non-respect des règles d’hygiène et de contrôle infectieux dans les hôpitaux, favorisant la propagation des bactéries – y compris résistantes – entre patients. Enfin, l’accélération de la circulation des personnes, qui fait de l’antibiorésistance une problématique globale, et la diffusion de bactéries résistantes portées par des individus sains, entrent également en jeu.

Des stratégies complémentaires pour lutter contre le phénomène

MSF s’inscrit dans un effort global de lutte contre l’antibiorésistance par différentes stratégies : 

Depuis plus de vingt ans, grâce aux activités de la Campagne pour l'accès aux médicaments essentiel (CAME), MSF se mobilise pour lutter contre les obstacles politiques et juridiques entravant l’accès aux traitements médicaux.  Cette Campagne a mené à la création du DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative), une organisation de recherche visant à concevoir de nouveaux traitements contre les maladies négligées. En collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé, le DNDi a mis en place un Partenariat mondial pour la recherche et le développement sur les antibiotiques (GARDP), en 2016. Le GARDP développe ainsi de nouveaux traitements pour lutter contre les infections résistantes aux médicaments, tout en œuvrant pour rendre ces traitements disponibles de manière durable et accessibles pour toute personne qui en a besoin.

Sous le microscope : l'analyse des formes de résistance

Afin d'assurer un traitement adapté pour chaque patient et d'utiliser les antibiotiques de manière plus raisonnée, MSF met en place des laboratoires de microbiologie pour soigner au mieux les populations vulnérables (blessés de guerre, enfants malnutris, patients atteints par le VIH/Sida, etc.) affectées par des infections bactériennes. Dans le laboratoire microbiologique de l'hôpital MSF d'Aden au Yémen par exemple, les techniciens de laboratoire analysent les échantillons prélevés sur les patients pour identifier les résistances aux antibiotiques parmi les autres types de bactéries courantes. Cela permet de choisir le meilleur médicament et de faciliter le processus de traitement des infections. 

« Le laboratoire de microbiologie de l'hôpital d'Aden reçoit des échantillons de sang, d'urine, de tissus osseux et de liquides de la colonne vertébrale. Nous analysons les échantillons en testant leur résistance aux antibiotiques. Puis, nous partageons les résultats avec les médecins qui suivent le cas. »
Emad Saif, technicien dans le laboratoire de microbiologie de MSF à Aden


MSF a également décidé de développer un laboratoire portable, le Mini Lab, présentant toutes les fonctionnalités d'un laboratoire classique, mais adapté aux conditions dans lesquelles elle intervient. Ce laboratoire en kit permettra donc, à terme, de contribuer à la lutte contre l’antibiorésistance en testant les bactéries responsables des pathologies que les équipes rencontrent.
 

Kit MiniLab
© MSF

La Fondation MSF développe aussi une application gratuite pour smartphone, AntibioGO, conçue pour aider les médecins et les cliniciens à diagnostiquer la résistance aux antibiotiques dans les milieux à faibles ressources. Cette application utilise le traitement de l’image et l’intelligence artificielle pour faciliter l’interprétation des tests qui mesurent la résistance aux antibiotiques. Plus spécifiquement, l’application, disponible hors ligne, permettra au personnel MSF ainsi qu’à d’autres professionnels de santé, non spécialisés dans la résistance aux antibiotiques, d’analyser les images d’antibiogrammes à l’aide d’un smartphone ou d’une tablette, et de décider du traitement le plus adapté à chaque patient.

© MSF 2020

MSF recherche des microbiologistes

Nous recherchons des microbiologistes pour nos missions de terrain, afin de mettre en place des laboratoires d'analyses microbiologiques pour des populations vulnérables affectées par des infections bactériennes et afin de lutter contre l’antibiorésistance.

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Notre intervention

En 2006, Médecins Sans Frontières ouvre à Amman, en Jordanie, une structure hospitalière spécialisée dans la chirurgie reconstructrice.

Médecins Sans Frontières ouvre en 2009 au Mali un projet pédiatrique intégré en collaboration avec le ministère de la Santé dans le district de Koutiala, dans le sud-est du Mali.

Médecins Sans Frontières offre une prise en charge spécialisée aux personnes atteintes de brûlures sévères à Port-au-Prince, en Haïti.

Depuis 2005, Médecins Sans Frontières offre une prise en charge aux personnes affectées par la tuberculose multirésistante en Arménie.

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