Viols, faim, attaques contre les civils et les hôpitaux : le Soudan du Sud au bord du gouffre
Communiqué de presse
Dans un rapport, Médecins Sans Frontières (MSF) décrit 12 attaques perpétrées en moins d’un an et demi contre son personnel et ses structures au Soudan du Sud, qui ont privé d’accès aux soins près de 762 000 personnes. Au Soudan du Sud, les attaques indiscriminées contre infrastructures civiles, le recrutement forcé et les violences sexuelles sont devenus le quotidien de la population. MSF appelle tous les acteurs du conflit à protéger les civils, le personnel de santé et les organisations humanitaires.
Escalade de la violence et hausse des traumatismes médicaux au Soudan du Sud
Dans son rapport, “Ils les ont tués alors qu’ils fuyaient”, Médecins Sans Frontières décrit l’escalade de violence au Soudan du Sud, qui se traduit notablement dans ses données médicales. Ainsi, en 2025, le nombre de personnes prises en charge pour des blessures par balle a augmenté de 77 % par rapport à 2024. Alors que l’on a dénombré 138 frappes aériennes en 2025 – contre deux l’année précédente - MSF observe une augmentation très nette du nombre de traumatismes liés aux explosions, mais aussi des cas de violences sexuelles et sexistes (6 095 personnes prises en charge pour l’ensemble de ces violences en 2025, contre 4 765 en 2024). De janvier à avril 2026, MSF avait déjà pris en charge plus de 1 800 personnes victimes de violences, dont 885 survivants de violences sexuelles et sexistes, ce qui illustre l’aggravation rapide des souffrances infligées aux civils.
« Je me suis enfuie avec mon enfant, raconte une femme déplacée et soignée dans une structure de MSF à Chuil, dans l’État de Jonglei. Je pouvais voir le village brûler au loin. Ils ont incendié les maisons, et ont brûlé vive ma grand-mère à l’intérieur du tukul [maison traditionnelle]. Ils ont tué les personnes âgées qui sont restées derrière parce qu’elles ne pouvaient pas courir avec nous. »
Depuis janvier 2025, MSF a soigné en moyenne 16 personnes par jour pour des blessures liées à la violence dans six États – Jonglei, Upper Nile, Central Equatoria, Lakes, Warrap et Western Equatoria – ainsi que dans deux zones administratives, Abyei et Greater Pibor.
« Dans toutes ces régions, les civils subissent des frappes aériennes et des attaques terrestres, des recrutements forcés, des enlèvements et des violences sexuelles et sexistes généralisées », explique Zakaria Mwatia, chef de mission de MSF au Soudan du Sud.
Un membre du personnel de MSF raconte, à propos d’une patiente soignée à l’hôpital civil de Yei, (Central Equatoria), en mars 2026 : « Le vendredi soir, elle avait été violée en réunion par un groupe d’hommes à Yei. Elle ne savait pas combien ils étaient. Elle est venue chez nous pour recevoir des soins. Ensuite, sa grand-mère l’a emmenée au village, pensant qu’elle y serait en sécurité. Le lundi suivant, elle est partie seule chercher du bois. Elle a alors été violée une seconde fois par un homme armé non identifié. Elle est revenue dans notre clinique le mardi. »
Les structures de santé et les hôpitaux délibérément ciblés
Alors que la population est exposée à des niveaux de violence extrêmes, le secteur de la santé est délibérément ciblé par les différents acteurs du conflit. Depuis janvier 2025, MSF a subi 12 attaques contre son personnel et ses structures de santé, notamment des enlèvements et des pillages. L’hôpital soutenu par MSF à Old Fangak a été délibérément bombardé par les forces gouvernementales en mai 2025. L’hôpital de Lankien, géré par MSF, a également été bombardé par ces mêmes forces en février 2026. Les structures de santé à Ulang, Pieri et Akobo ont été pillées lors d’incidents distincts par des assaillants inconnus.
Parallèlement, l’espace humanitaire se réduit de manière alarmante. « L’insécurité généralisée, les refus d’accès et l’instrumentalisation de l’aide empêchent de plus en plus les organisations humanitaires d’atteindre les populations ayant les besoins les plus urgents », ajoute Zakaria Mwatia. « MSF a observé une tendance inquiétante, avec de plus en plus de blocages d’accès à l’aide et d'ordres d’évacuation visant les civils et les acteurs humanitaires. »
L’aide humanitaire est également utilisée comme outil à des fins militaires et politiques par toutes les parties au conflit. Les tentatives visant à forcer les ONG à déplacer l’aide vers certaines zones privent des communautés entières d’une assistance vitale et rendent impossible une réponse humanitaire adéquate – notamment dans les régions contrôlées par l’opposition à Jonglei et Upper Nile.
Les civils souffrent également des déplacements forcés, de dommages physiques immédiats et durables, d’un risque grandissant de malnutrition et de maladies, de besoins accrus en santé mentale et de la perte de leurs moyens de subsistance. Les longs trajets effectués sans accès régulier à la nourriture et à l’eau, ainsi que les conditions de vie difficiles, les rendent plus vulnérables, en particulier dans un contexte où la réponse humanitaire est limitée et où l’approvisionnement en denrées essentielles est perturbé.
MSF appelle au respect du droit international humanitaire
MSF appelle le gouvernement du Soudan du Sud, l’Armée populaire de libération du Soudan du Sud en opposition (SPLA-IO), ainsi que toutes les parties au conflit, à protéger et respecter les civils et les infrastructures civiles. En vertu du droit international humanitaire, toutes les parties ont l’obligation de respecter et protéger les civils et d’éviter l’usage de la force indiscriminée ou disproportionnée, notamment les frappes aériennes et les armes incendiaires dans les zones peuplées. MSF rappelle que l’accès humanitaire doit rester libre afin que l’aide puisse parvenir à toutes les personnes dans le besoin, où qu’elles se trouvent.
MSF est présent au Soudan du Sud depuis 1983. Ce pays reste l’un de ses principaux terrains d’opération dans le monde. Depuis le début de l’année 2025, les combats se sont intensifiés dans tout le pays, opposant les forces gouvernementales, les Forces de défense du peuple sud-soudanais (SSPDF) et leurs alliés – y compris les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) – à une coalition fragmentée de groupes d’opposition, comprenant notamment la SPLA-IO, le Front national du salut (NAS), la White Army nuer et des milices alliées. Le conflit ne se résume pas à une rivalité entre deux camps : il s’agit d’une guerre multipartite aux alliances changeantes, profondément divisée selon des lignes ethniques, régionales et politiques.