Haïti : un rapport de MSF alerte sur l’ampleur des violences sexuelles à Port-au-Prince

Une survivante âgée de 34 ans raconte son histoire lors d'un entretien avec le personnel de MSF à la clinique Pran Men'm. Commerçante de profession, elle voyageait avec un groupe de femmes pour acheter des marchandises lorsque des hommes armés ont intercepté leur camion et l'ont forcé à quitter la route principale sous la menace d'une arme. Le groupe a été emmené dans un endroit isolé, où les femmes ont été victimes d'agressions violentes et de violences sexuelles.
Une survivante âgée de 34 ans raconte son histoire lors d'un entretien avec le personnel de MSF à la clinique Pran Men'm. Commerçante de profession, elle voyageait avec un groupe de femmes pour acheter des marchandises lorsque des hommes armés ont intercepté leur camion et l'ont forcé à quitter la route principale sous la menace d'une arme. Le groupe a été emmené dans un endroit isolé, où les femmes ont été victimes d'agressions violentes et de violences sexuelles. © MSF

Dans la capitale haïtienne, les violences sexuelles ont connu une recrudescence alarmante depuis 2021 et sont désormais utilisées systématiquement pour semer la terreur parmi la population. Une situation d’autant plus dramatique qu’elle survient dans un contexte de détérioration des infrastructures, notamment sanitaires, et des conditions de vie de la population, après des années de violences armées et après que les coupes budgétaires américaines dans les services de planification familiale en Haïti ont privé des milliers de personnes d’un accès vital aux contraceptifs et à la prévention du VIH. Médecins sans Frontières (MSF) appelle à une augmentation et une pérennisation des financements et à une action urgente et coordonnée des autorités haïtiennes et acteurs de la sécurité, des organisations humanitaires, des bailleurs des agences de Nations Unies.

Le rapport « Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti » publié par MSF s’appuie sur 10 ans de données médicales et témoignages collectés au sein de la clinique Pran Men’m, créée en 2015 et spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles. Sur cette période, l’établissement a fourni des soins médicaux et psychosociaux à près de 17 000 personnes, dont 98% de femmes et de filles.

« Depuis 2021, le nombre de survivantes de violences sexuelles prises en charge par la clinique a presque triplé, passant d’une moyenne de 95 admissions mensuelles en 2021, à plus de 250 en 2025 » explique Diana Manilla Arroyo, Cheffe de mission de MSF en Haïti.

Les données de MSF montrent que les femmes et les filles sont prises pour cible à tout âge. Nombre d’entre elles ont été déplacées par les violences armées dans la ville, les rendant plus vulnérables aux violences sexuelles. Près de 20% des personnes prises en charge à Pran Men’m ont été agressées à plusieurs reprises.

Les témoignages recueillis à Pran Men’m font état d’agressions de plus en plus brutales. Depuis 2022, 57 % des patientes ont déclaré avoir été agressées par des membres de groupes armés, souvent dans le cadre d’agressions collectives. Plus de cent victimes de violences sexuelles ont déclaré avoir été agressées par dix auteurs ou plus à la fois.

« Ils m’ont battue et cassé les dents... Trois jeunes qui pourraient être mes enfants... », témoigne une survivante de 53 ans. « Quand j’ai refusé de coucher avec eux, ils m’ont frappée et je suis tombée. Pendant que je luttais, ils m’ont donné des coups dans le dos qui me font encore mal, des mois plus tard. Après m’avoir violée, ils ont violé ma fille… et battu mon mari. »

Le rapport met en évidence des insuffisances persistantes en matière de disponibilité des services nécessaires à la prise en charge des victimes de violences sexuelles. MSF est souvent dans l’incapacité de les orienter vers des services pourtant essentiels, tels que des refuges ou un soutien financier.

La peur de la stigmatisation, les difficultés financières, l’insécurité et le manque d’accès à l’information entravent l’accès aux soins des victimes de violences sexuelles. Depuis 2022, seul un tiers d’entre elles sont arrivées à la clinique de Pran Men’m dans les trois jours suivant leur agression, délai pendant lequel il est possible de prévenir la transmission du VIH et 59 % des patientes n’ont pas pu se présenter dans les cinq jours, et donc se prémunir d’une grossesse non désirée.

« Nous demandons une augmentation durable des financements des services de prise en charge, afin de garantir un accès gratuit à des soins médicaux et psychosociaux complets aux survivantes de violences sexuelles. Nous appelons également à la reconnaissance sans équivoque du caractère généralisé des violences sexuelles et de leur utilisation délibérée par des groupes armés comme outil de contrôle et de soumission des femmes et des filles.», conclut Diana Manilla Arroyo.

Notes

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