Fistules obstétricales : une blessure indélébile pour les femmes au Nigeria et en Somalie

Un responsable de la santé mentale de MSF anime une séance de groupe avec des patientes atteintes de fistule obstétricale à l'hôpital général de Jahun, à Jahun, dans l'État de Jigawa, au Nigeria.
Un responsable de la santé mentale de MSF anime une séance de groupe avec des patientes atteintes de fistule obstétricale à l'hôpital général de Jahun, à Jahun, dans l'État de Jigawa, au Nigeria. © Abba Adamu Musa/MSF

Dans certains contextes, accoucher peut représenter un haut risque. Les fistules obstétricales font partie des complications les plus graves et touchent chaque année, entre 50 000 et 100 000 femmes dans le monde. Au Nigeria et en Somalie, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) témoignent de l’enjeu de ces complications et de leurs actions sur place.

Qu’est-ce qu’une fistule obstétricale ?

Les fistules obstétricales sont un handicap grave et sources d’une stigmatisation sociale forte pour les femmes qui en sont atteintes. Elles se développent lors d’un accouchement prolongé et compliqué. Sans accès rapide à des soins obstétricaux d'urgence, les tissus mous situés entre le canal génital et la vessie ou le rectum, sont endommagés, créant une ouverture permanente par laquelle l'urine ou les selles s'écoulent en continu.

« La plupart des femmes qui viennent nous voir ont déjà accouché ailleurs ou ont essayé de le faire, souvent à domicile, et souvent après plusieurs jours de travail », explique le Dr Raphael Kananga, coordinateur médical de MSF au Nigeria.

La compression prolongée de la tête du fœtus sur les tissus du bassin engendre un manque d'irrigation sanguine qui provoque la nécrose de la paroi vaginale, formant un orifice entre le vagin et la vessie, entre le vagin et le rectum ou les deux à la fois.

Quels sont les facteurs de risques ?

Les risques de développer une fistule obstétricale sont accentués par plusieurs facteurs :

  • Les mariages et les grossesses précoces car le développement physique incomplet augmente la durée des accouchements ;
  • La malnutrition infantile ;
  • Les mutilations génitales féminines ;
  • Des établissements de santé qui ne peuvent pas garantir des césariennes d’urgence.

 

Au Nigeria et en Somalie, ces facteurs sont accentués par l'insécurité, les déplacements de population et les longues distances que de nombreuses femmes doivent parcourir pour atteindre un établissement de santé opérationnel.

Conséquences des fistules obstétricales

De lourds impacts sur la santé des femmes

Les conséquences physiques de ces lésions impliquent des fuites urinaires ou fécales constantes et incontrôlables. Les femmes atteintes de ces fistules sont confrontées à des infections récurrentes, des douleurs chroniques, et à un risque accru de complications rénales. Elles sont également souvent dans l’incapacité de dormir ou d'exercer leur activité professionnelle normalement.

Hodan*, a été mariée dans un village en Somalie alors qu'elle était encore adolescente. Son premier accouchement a été long et compliqué. Le bébé est né à l'aide de forceps, mais n'a pas survécu. Peu après, Hodan a perdu le contrôle de sa vessie.

Les conséquences impactent aussi la santé des nouveau-nés. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), dans 90 % des cas, le bébé est mort-né.

Une stigmatisation sociale

Les femmes atteintes de fistules obstétricales payent également un fort coût social. La plupart sont rejetées par leurs maris et leurs familles, se retirent de la vie professionnelle, religieuse et communautaire, et vivent dans un isolement profond. Elles développent aussi des symptômes de dépression et d’anxiété.

Hodan vit avec ce problème depuis huit ans. « Avant, je me cachais », confie-t-elle. « Seules les personnes de la maison étaient au courant de ma maladie ». Cette honte l’a longtemps empêchée de chercher des soins.

Quelles solutions pour éviter ces complications ?

Informer les femmes et leur entourage

Informer les femmes et leur entourage sur les soins qu’elles peuvent recevoir en cas de fistules est primordial. La décision de se faire soigner revient rarement uniquement à la femme. « Dans de nombreux foyers, ce sont le mari, la belle-mère ou d’autres membres de la famille qui prennent cette décision — et il faut disposer à l’avance des fonds nécessaires pour le transport » informe le Dr. Idris Suleiman Abubakar.

Savoir reconnaître les signes et les conséquences d’un accouchement compliqué est central. « Pendant longtemps, je ne savais pas qu’il existait un nom pour désigner ce qui n’allait pas chez moi, ni qu’il existait un traitement », explique Hodan.

Aisha* une patiente de l’hôpital de Jahun, soutenu par MSF au Nigeria, a déjà subi deux opérations et se prépare à en subir une troisième. « Au début, je pensais que je ne guérirais jamais. Puis je suis venue ici et j’ai vu d’autres femmes atteintes de la même maladie. J’ai compris que je n’étais pas seule ».

Former du personnel qualifié en obstétrique et lever les obstacles à l’accès aux soins maternels

La prévention doit être multiforme : l’État, les communautés, les familles et les femmes ont chacun un rôle à jouer.

L’un des plus gros réducteurs de risque est l'accompagnement de l'accouchement par un personnel qualifié. Cela suppose que les soignants aient spécifiquement reçu une formation en obstétrique.

« Les accoucheuses traditionnelles, présentes dans de nombreux foyers, devraient ainsi être formées pour détecter les problèmes et orienter les patientes vers des soins spécialisés », ajoute le Dr. Idris Suleiman Abubakar.

Les gouvernements doivent mettre en place des mesures. Le Nigeria a, par exemple, rendu la césarienne gratuite pour toutes les femmes enceintes dans les hôpitaux publics. Il est également nécessaire de mettre en place des solutions de transport permettant à une femme de se rendre dans un établissement de santé sans avoir à payer de frais de transport au préalable.

Le soutien de MSF pour lutter contre cette complication

Pour prendre en charge les femmes atteintes, MSF a organisé une réponse multidimensionnelle. « Le traitement ne se limite pas à la chirurgie. Il s'agit avant tout d'écouter et d'aider les femmes à retrouver confiance en elles », explique Frida Athanassiadis, coordinatrice médicale de MSF en Somalie.

Nos équipes soutiennent le service dédié aux fistules de l’hôpital général de Jahun, au Nigeria depuis 2008, d’une capacité de 55 lits. Les patientes touchées restent entre deux et trois mois, car chaque femme peut avoir besoin de plusieurs interventions chirurgicales. Elles reçoivent aussi des soins en santé mentale, un suivi nutritionnel et des séances de kinésithérapie.

De janvier à mars 2026, nos équipes ont pris en charge 64 femmes.

À Baidoa, dans le sud-ouest de la Somalie, MSF et le ministère de la Santé de l'État proposent depuis 2025 des interventions de chirurgie reconstructive, un soutien psychologique et des soins de réadaptation aux femmes atteintes d'une fistule obstétricale.

 

* Les noms des patientes ont été modifiés.

Notes

    À lire aussi