Soudan du Sud : le bombardement et le pillage des hôpitaux privent de soins plus de 700 000 personnes

Soudan du Sud : le bombardement et le pillage des hôpitaux privent de soins plus de 700 000 personnes
Ce qui reste de la pharmacie d'Old Fangak rouille désormais après sa destruction lors du bombardement du 3 mai 2025. © MSF

Un an après le bombardement de l’hôpital d’Old Fangak, dans l’Etat de Jonglei, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle toutes les parties au conflit, tant les forces gouvernementales que les groupes d’opposition, à cesser immédiatement toute attaque contre les établissements de santé et à garantir leur protection. Aucun objectif militaire ne peut justifier, ni légalement ni moralement, le bombardement d’un hôpital, le meurtre de professionnels de santé ou le fait de priver toute une population d’accès aux soins.

Une escalade de violence ciblée contre les infrastructures médicales

Le 3 mai 2025, l’hôpital géré par MSF à Old Fangak, dans l’État de Jonglei, au Soudan du Sud, a été délibérément bombardé par les forces gouvernementales, alors qu’il était clairement signalé et que ses coordonnées GPS avaient été communiquées aux autorités. Un drone a ensuite frappé le marché local. Sept personnes ont été tuées et 27 blessées, dont quatre membres du personnel de MSF. L'hôpital n'a jamais rouvert.  

Depuis 2025, 12 attaques ont visé le personnel et les installations de MSF à travers le Soudan du Sud. Aujourd'hui, il ne reste plus que deux hôpitaux dans les zones touchées par le conflit de l'État de Jonglei, où vivent plus d'un million de personnes. Tous deux sont gérés par MSF. Une nouvelle attaque signifierait l'effondrement total des soins de santé pour toute une population.

L'intensification du conflit et des frappes aériennes en 2026

« Les bombardements d’Old Fangak et de Lankien par les forces gouvernementales sud-soudanaises ne peuvent rester sans réponse », a déclaré Isabelle Defourny, présidente de MSF. « MSF appelle les autorités sud-soudanaises à fournir des explications claires et à prendre un engagement officiel et public pour protéger les hôpitaux et les professionnels de santé. Les attaques contre les structures de santé constituent des violations du droit international humanitaire, elles doivent cesser. » 

Depuis janvier 2025, le conflit armé s’est fortement intensifié entre, d’une part, les forces gouvernementales - les Forces de défense populaires du Soudan du Sud (SSPDF) et leurs alliés des Forces de défense populaires ougandaises (UPDF) - et d’autre part, les groupes d’opposition, notamment le SPLA-IO, le NAS et l’Armée blanche Nuer. L'une des principales caractéristiques marquantes de cette escalade est l’augmentation des frappes aériennes : 138 ont été enregistrées en 2025, contre seulement deux pour toute l’année 2024. Entre janvier et mars 2026, au moins 18 frappes aériennes ont eu lieu, la plupart dans l’État de Jonglei. Toutes les informations disponibles montrent que les SSPDF et l’UPDF sont les seules parties au conflit capable de mener des bombardements aériens.

Un million de civils menacés par l'absence de services chirurgicaux

Entre janvier 2025 et avril 2026, MSF a subi 12 attaques contre son personnel et ses installations, toutes dans des zones contrôlées par des groupes d’opposition. Parmi ces attaques figurent le bombardement d’Old Fangak le 3 mai 2025, le bombardement de l’hôpital de Lankien le 3 février 2026, le pillage des installations de MSF à Ulang, Pieri et Akobo, et l’enlèvement de membres du personnel de MSF. Toutes ces structures de santé ont été bombardées, pillées ou contraintes de suspendre leurs activités. Aucune n’a repris ses activités, à l’exception du centre de santé primaires de Pieri, qui a partiellement rouvert il y a quelques semaines pour des soins de base uniquement.  

En 2025, à la suite du bombardement de Old Fangak et du pillage d’Ulang, plus de 400 000 personnes ont perdu l’accès aux soins. 366 000 personnes supplémentaires ont perdu l’accès aux soins au cours des trois premiers mois de 2026, à la suite du bombardement de Lankien et du pillage des structures de Lankien, Pieri et Akobo. Concrètement, cela signifie qu’actuellement il n’y a plus aucune capacité chirurgicale dans les zones touchées par le conflit de l’État de Jonglei.

La détresse des populations civiles à Akobo

La ville d’Akobo illustre à quel point une communauté peut être rapidement privée de soins, d’abris, de nourriture et de moyens de subsistance. Le 6 mars, le gouvernement a émis un ordre d’évacuation aux habitants, aux agences de l’ONU et aux ONG, leur donnant seulement 72 heures pour partir avant une offensive militaire contre les zones contrôlées par l’opposition. L’hôpital de la ville a été pillé peu après. Aujourd’hui, il ne reste presque plus personne à Akobo. 

« Les personnes âgées et les personnes handicapées ont été laissées sur place. Des gens ont été tués. Tous les systèmes d’approvisionnement en eau ont été détruits, même les panneaux solaires ont été emportés. Au moins trois personnes sont mortes de faim et de soif », raconte un membre du personnel de MSF à Akobo, en avril 2026. 

Dans les zones touchées par le conflit de l’État de Jonglei, MSF gère deux hôpitaux assurant des soins de santé secondaires, à Chuil et à Paguir, ce qui est loin d’être suffisant pour une population de plus d’un million de personnes. Les consultations et les admissions se font souvent en plein air, les infrastructures étant insuffisantes. Aucun objectif militaire ne peut justifier, ni légalement ni moralement, le bombardement d’un hôpital, le meurtre de professionnels de santé ou le fait de priver toute une population d’accès aux soins médicaux.  

Les responsables doivent rendre des comptes, sans quoi l’impunité règne.

Notes

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