Épidémie d’Ebola en RDC : MSF intensifie son action

Ebola : face à la propagation du virus, MSF intensifie sa réponse en RDC
Aménagement d'un espace à l'hôpital de Mongbwalu qui facilitera les procédures de prévention et de contrôle des infections pour le personnel en contact avec les cas suspects et confirmés. © MSF

Face à l'expansion rapide de l'épidémie d'Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo, les équipes de Médecins Sans Frontières se mobilisent aux côtés du ministère de la Santé local pour tenter de contenir la propagation du virus et renforcer la prise en charge des patients. Cette dix-septième épidémie frappe une région au système de santé extrêmement fragile, où les populations vivent depuis des années dans l’insécurité.

Un nouveau défi sanitaire majeur dans un contexte de crise humanitaire

Au 28 mai, 125 cas confirmés, 906 cas suspects et 223 décès avaient déjà été officiellement rapportés à travers les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces chiffres sont à prendre avec prudence : l’ampleur réelle de l’épidémie reste impossible à évaluer. En cause, les capacités de test extrêmement limitées et les difficultés d'accès à certaines zones.
Les risques de cette nouvelle épidémie d’Ebola due au virus Bundibugyo sont d’autant plus importants qu’il n’existe encore aucun vaccin ni traitement approuvés pour ce virus.

« Cette épidémie frappe des régions déjà fragilisées par des années de conflits et des déplacements massifs de population », explique Ewald Stals, Représentant de MSF en RDC. « Tant en Ituri qu’au Nord- et Sud-Kivu, l’insécurité a contraint des millions de personnes à fuir leur foyer. Ces mouvements de population se conjuguent à des systèmes de santé déjà fragiles. Dans certaines structures, les capacités d’accueil et d’isolement atteignent déjà leurs limites. L’identification rapide des cas, le suivi des personnes contacts et l’isolement des malades deviennent particulièrement complexes, augmentant le risque de propagation du virus. »

L'Ituri, épicentre de l'épidémie du virus

L’Ituri demeure de très loin la province la plus touchée, concentrant plus de 90 % des cas suspects notifiés, avec une augmentation inquiétante des contaminations dans les zones de Mongbwalu et Rwampara.

« Depuis deux semaines, la possibilité de faire entrer du matériel et des équipes est freinée par des restrictions de mouvements aériens et terrestres. Faute de capacités de dépistage suffisantes, des centaines d’échantillons attendent encore d’être traités dans les laboratoires. Pendant ce temps, les capacités d’isolement et de prise en charge des patients restent insuffisantes. Tout cela affecte l’ampleur de la réponse humanitaire et génère une incompréhension et une peur légitimes auprès des populations », affirme le Dr Alan Gonzalez, Directeur adjoint des opérations de MSF.

Bien que quelques organisations spécialisées - dont MSF - soient déployées en Ituri, les besoins dépassent largement les capacités des organisations actuellement sur place.

Le déploiement des structures de santé MSF en Ituri

Dans cette province, les équipes de MSF ont démarré la construction d’un centre de traitement Ebola d’une capacité de 65 lits, destiné à accueillir les cas confirmés et suspects. MSF soutient également le ministère de la Santé dans la prise en charge et l’isolement des patients à l’hôpital général de Mongbwalu - cœur de l’épidémie - ainsi qu’à l’hôpital général de référence de Fataki.

À Bunia, la capitale provinciale, un dispositif d’isolement a été mis en place au sein de l’hôpital Salama. MSF appuie plusieurs structures sanitaires de la ville pour optimiser la gestion des cas et renforcer la prévention et le contrôle des infections, un maillon essentiel pour éviter les infections nosocomiales dans des services sous forte pression.

Parallèlement, des équipes médicales, logistiques et de promotion de la santé soutiennent la surveillance épidémiologique et les activités de sensibilisation autour de l’épidémie. Cette collaboration étroite avec les communautés est cruciale ; dans plusieurs zones, les inquiétudes et la circulation de rumeurs compliquent la réponse et freinent le recours précoce aux soins.

 

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L'impact indirect de l'épidémie sur l'accès aux autres soins de santé

Les équipes observent déjà des conséquences indirectes sur le système de santé. Des patients atteints d’autres pathologies renoncent à se rendre dans les structures médicales par crainte du virus ou des mesures d’isolement, faisant craindre une aggravation silencieuse d’autres urgences médicales.

Aménagement d'un sas d'habillage pour le personnel soignant à l'hôpital de Mongbwalu. Cet espace facilitera les procédures de prévention et de contrôle des infections pour le personnel en contact avec les cas suspects et confirmés.
 © Anna SCHÖNHOFER/MSF
Aménagement d'un sas d'habillage pour le personnel soignant à l'hôpital de Mongbwalu. Cet espace facilitera les procédures de prévention et de contrôle des infections pour le personnel en contact avec les cas suspects et confirmés. © Anna SCHÖNHOFER/MSF

La réponse médicale d'urgence au Nord-Kivu et au Sud-Kivu

Au Nord-Kivu : l'expérience des précédentes épidémies

Dans le Nord-Kivu, la réponse s’organise en s'appuyant sur les dispositifs déjà opérationnels issus des crises sanitaires précédentes (Ebola, Mpox, choléra). 

  • À Goma, un centre de traitement Ebola de 80 lits a commencé à accueillir ses premiers patients.
  • Des unités d’isolement pour les cas suspects ont également été installées dans plusieurs structures soutenues par MSF : l’hôpital de Kyeshero, mais aussi à Walikale, Mweso et Rutshuru.
  • À Butembo, MSF a dépêché une équipe médico-logistique afin d'identifier les axes d’interventions prioritaires en collaboration avec les autorités sanitaires.

Au Sud-Kivu : formation et structures d'isolement

Dans le Sud-Kivu, où plusieurs cas ont été confirmés, MSF a entamé la mise en place de deux centres de traitement Ebola à Bukavu et Lwiro. En parallèle, nos équipes forment le personnel de santé local aux mesures strictes d’hygiène, de prévention et de contrôle des infections.
 

MSF apporte une réponse humanitaire malgré l'insécurité et les défis logistiques

Partout dans le pays, MSF mobilise ses capacités médicales et logistiques pour apporter une aide. En dépit des contraintes d’accès et de sécurité (fermetures de frontières, les annulations de vols), plusieurs centaines de tonnes de matériel médical et logistique ont déjà été acheminées en Ituri et au Nord-Kivu.

Alors que le nombre de cas continue d’augmenter, les prochaines semaines seront déterminantes pour renforcer la prise en charge, accélérer le dépistage en laboratoire et maintenir l’accès aux soins de santé dans les zones affectées.

Notes

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