Syrie : à Alep, la population prise au piège lutte pour sa survie

L'hôpital Al Quds situé dans le nord de la ville d'Alep après avoir été bombardé (photographié en avril 2016).
L'hôpital Al Quds, situé dans le nord de la ville d'Alep, après avoir été bombardé (photographié en avril 2016). ©Karam Al-Masri/AFP

Les populations civiles d’Alep sont une nouvelle fois les premières victimes de l’intensification des combats ces trois dernières semaines. Tandis que les quartiers est de la ville sont la cibles de frappes aériennes continues, les quartiers ouest essuient des tirs d’obus qui font de nombreux blessés et victimes.

Près de 250 000 personnes se sont retrouvées prises au piège dans l’est de la ville, contraintes de lutter pour leur survie. La seule route reliant cette partie d’Alep aux zones contrôlées par les forces non gouvernementales est coupée. Désormais, la population, et plus particulièrement les blessés de guerre et les malades, n’a aucun moyen de sortir, et aucun camion de ravitaillement en nourriture et en médicaments ne peut accéder à ces quartiers. Le siège de cette partie de la ville ne fait qu’accroître le nombre dramatique de civils vivant en état de siège en Syrie.

Non seulement les hôpitaux sont attaqués, mais aussi ils souffrent également d’approvisionnements insuffisants en médicaments et en matériel médical. En l’espace d’une semaine seulement, quatre hôpitaux soutenus par MSF ont été endommagés.

Il y a un mois, l’un de ces hôpitaux, spécialisé dans la chirurgie générale et vasculaire, avait déjà été touché et contraint de fermer. MSF a participé à la réhabilitation en urgence de cette structure, lui permettant de rouvrir il y a deux semaines. Quelques jours après, le 23 juillet, l’hôpital a de nouveau été endommagé après qu’une frappe aérienne a touché le bâtiment voisin. Le personnel a donc commencé à envoyer des patients dans un autre hôpital, qui a lui aussi été touché peu de temps après. Durant quelques minutes, les deux structures se sont mutuellement renvoyées des patients car elles étaient toutes deux victimes de frappes aériennes.

« Les directeurs d’hôpitaux nous ont dit que ce mois-ci, le nombre de blessés avait fortement augmenté dans leurs établissements. L’un des hôpitaux a reçu jusqu’à 50 patients par jour, mais la semaine dernière, il a été touché et contraint de fermer. Où vont-ils aller maintenant ? Comment va-t-on pouvoir faire passer les matériaux et le matériel nécessaires pour réparer la structure ?, s’interroge Pablo Marco, chef des opérations de MSF pour le Moyen-Orient. Si les frappes sur les centres de santé ne cessent pas immédiatement, il n’y aura bientôt plus aucun service médical viable dans l’est d’Alep. D’autant plus que les hôpitaux ne sont pas les seuls menacés ; avec les pénuries de carburant qui risquent de s’aggraver dans les semaines à venir, les ambulances ne pourront bientôt plus circuler. »

Les quelques médecins et chirurgiens encore en activité dans l’est d’Alep ont du mal à prendre en charge les centaines de milliers de personnes qui ont désespérément besoin de soins. Les blessés, les malades et le personnel médical sont terrifiés à l’idée de se rendre dans une structure de santé. Le personnel médical s’inquiète de la pérennité de ses stocks et se demande même s’il sera en mesure de continuer son travail sous la menace de frappes incessantes.

Depuis 2014, MSF fournit des médicaments, des équipements médicaux et du matériel à six centres de santé, trois points de premiers secours et dix hôpitaux de la ville d’Alep, dont deux sont maintenant fermés à cause de bombardements. Fin avril 2016, l’organisation a effectué son dernier ravitaillement de 330 mètres cubes (l’équivalent de dix camions pleins). Celui-ci devait permettre aux centres hospitaliers de tenir trois mois. Le prochain doit avoir lieu bientôt, mais MSF craint qu’il ne soit possible de faire passer quoi que ce soit. Les services médicaux de première nécessité risquent fortement d’être effacés de la carte, que ce soit par des frappes aériennes, ou par l’étouffement progressif du ravitaillement.

« Nous enjoignons une nouvelle fois les parties belligérantes à respecter le droit de la guerre et ceux qui ont de l’influence sur elles à mettre fin à ce carnage. Le message est clair : arrêtez de bombarder des hôpitaux et des infrastructures civiles, autorisez les évacuations de malades et de blessés, et permettez aux convois de ravitaillement en nourriture, en médicaments et en denrées de première nécessité de pénétrer dans la ville », ajoute Pablo Marco.

MSF dirige six structures de santé dans le nord de la Syrie et soutient plus de 150 centres de santé et hôpitaux dans le pays, dont beaucoup se trouvent dans des zones assiégées.

ALLER PLUS LOIN

Cinq ans après le début de la guerre, plus de la moitié des Syriens ont quitté leur maison. Un million et demi de personnes sont prises au piège dans les villes assiégées.

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