Soudan du Sud : "Si les personnes ne reçoivent pas plus d’eau, il pourrait y avoir une épidémie et ce serait un très gros problème"

Le Dr Christine Bimansha s'occupant d'un jeune patient Soudan du Sud décembre 2013.
Le Dr Christine Bimansha s'occupant d'un jeune patient, Soudan du Sud, décembre 2013. ©Kim Clausen/MSF

Christine Bimansha, médecin originaire de République démocratique du Congo, fait partie de l’équipe d’urgence de MSF au Soudan du Sud. Elle assure actuellement des consultations médicales pour les quelque 35 000 personnes qui ont trouvé refuge dans deux camps des Nations Unies à Juba, la capitale du Soudan du Sud.

« En ce moment, je travaille dans une clinique mobile de MSF dans l’un des camps de la mission des Nations Unies (UNMISS) à Juba – il s’agit d’un camp où de nombreuses personnes se sont rassemblées, probablement 15 000.
20 000 autres personnes sont également réfugiées dans un autre camp de l’ONU dans la ville. Cela fait environ 35 000 personnes au total. La densité de population dans les camps est très élevée – notre coordinateur de projet a fait le calcul : c’est dix fois plus qu’une ville comme Bombay!

Un calme relatif est revenu à Juba. Pour l’instant, nous pouvons nous déplacer, même s’il y a un couvre-feu. Mais pour les Sud Soudanais, en particulier la communauté Nuer, c’est différent. Ils ont peur de sortir. Même dans les camps de l’ONU, les hommes ne sortent pas. Des femmes se risquent à sortir en ville mais uniquement pendant la journée.

Dans le camp, nous avons installé une clinique, avec une zone de triage, un espace pour les consultations où nous sommes quatre médicaux à assurer les consultations. Il y a aussi une petite salle d’observation avec quatre lits sous la responsabilité d’une infirmière. Chaque jour nous assurons un peu plus de 200 consultations dans ce camp – aujourd’hui c’était 235. Pour le moment nous voyons beaucoup de patients souffrant de diarrhées et des personnes déshydratées aussi.  Aujourd’hui, près de la moitié des patients avaient la diarrhée. C’est le principal problème médical ici et c’est dû aux mauvaises conditions sanitaires dans le camp.

L’eau et l’assainissement sont les principaux problèmes auxquels sont confrontées les personnes déplacées : elles ne disposent pas d’un accès à l’eau suffisant et manquent de latrines. Le peu de nourriture qu’elles ont sont les vivres qu’elles ont emmenés avec elles. Quelques distributions de nourriture ont commencé, mais elles sont loin de couvrir les besoins des déplacés. Ceux qui en ont les moyens peuvent s’acheter de quoi manger mais les autres sont affamés.

Les organisations censées fournir de l’eau aux déplacés palabrent et constatent la situation, mais cela fait près de deux semaines que les gens sont là et la construction de latrines n’a commencé que depuis quelques jours. Il y a quelques points d’eau, mais l’eau n’était pas traitée il y a quelques jours encore et il n’y en a pas assez pour tout le monde. On est clairement loin du compte, tant en quantité qu’en qualité. Si cette lacune perdure dans le camp de l’UNMISS, la situation va encore se détériorer. Si les gens n’ont pas d’eau et qu’on assiste à l’explosion de maladies telles que le choléra, on pourrait faire face à une épidémie et à un très gros problème. La rougeole aussi est une menace significative : une épidémie serait difficile à endiguer dans de telles conditions de surpopulation.

Je me souviens de plusieurs patients qui m’ont marquée. Le premier était un adulte souffrant d’une diarrhée aqueuse sévère. C’était un grand homme d’environ 28 ans. Il était gravement déshydraté et sa diarrhée était incontrôlable. Elle s’écoulait directement vers le sol. Il ne pouvait rien y faire. Il se sentait tellement honteux de ne pas pouvoir l’arrêter qu’il était au bord des larmes. Ca m’a frappée, mais son traitement lui a finalement permis de rentrer chez lui.

Il y a aussi eu cette petite fille de 8 ou 9 mois, complètement léthargique, presque comateuse, tant elle était déshydratée. On ne parvenait pas à trouver une veine pour une perfusion, donc on a convaincu sa mère de lui mettre directement des sels de réhydratation dans la bouche. Après une trentaine de minutes, le bébé a ouvert les yeux. La mère ne parvenait pas à croire que ces simples sels pouvaient sauver la vie de son enfant. Elle était époustouflée et elle est repartie heureuse.

J’étais au Soudan du Sud en 2011, à Pibor, quand la clinique de MSF y a été pillée et fermée. Et je travaille pour le pool d’urgence de MSF. Je vais donc souvent dans des contextes où la sécurité est précaire et la paix inexistante. Dans ce pays, les choses vont vraiment mal. Outre la violence politique, il y a beaucoup de tensions entre les différentes communautés. De nombreuses organisations ont évacué leur personnel et suspendu leurs programmes. Chez MSF, nous avons réduit à l’essentiel nos équipes régulières, mais nous avons aussi amené des gens expérimentés pour aider à gérer la réponse d’urgence. C’est que la population a besoin d’assistance, plus que jamais. »

Dossier spécial Urgence au Soudan du Sud

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