Somalie : les coupes budgétaires de l’aide internationale aggravent la crise humanitaire

Somalie : les coupes budgétaires de l’aide internationale aggravent la crise humanitaire
Frauke Ossig, responsable de programmes MSF © MSF

En Somalie, les populations impactées par la sécheresse continuent de fuir. La région de Mudug, accueille environ 151 000 personnes déplacées. Alors que les coupes budgétaires ont contraint des dizaines de centres de santé et de nutrition à fermer, les sources d’eau se sont asséchées et les cas de malnutrition ont fortement augmenté. Frauke Ossig, responsable de programmes MSF, s’est récemment rendue dans la région. Elle revient sur l’ampleur de la crise humanitaire en cours.

La région de Mudug accueille plus de 150 000 personnes déplacées. Quelle est la situation sur place ? 

Le Mudug est au bord du gouffre. Des familles fuient vers des camps de personnes déplacées, sans aucun autre choix, après avoir parcouru d’énormes distances. De nombreux puits se sont complètement asséchés. En décembre 2025, les autorités ont signalé 71 forages et puits hors service dans les régions de Galgaduud et de Mudug — et le prix de l’eau a plus que doublé. Les familles sont contraintes de faire des choix impossibles entre acheter de l’eau, de la nourriture ou payer les frais de transport pour se rendre dans un dispensaire

Lorsque les patients arrivent dans nos établissements, leur état nous permet de voir exactement combien de temps ils ont dû attendre. La crise humanitaire ne commence pas à notre porte. Elle commence à des kilomètres de là, dans un village sans eau potable et sans dispensaire fonctionnel. 

Une alerte lancée en décembre 2025 a signalé que 29 142 personnes supplémentaires avaient été déplacées dans les régions de Bari, Mudug, Nugaal et Sanaag — accroissant la pression sur les communautés déjà à bout de souffle.

Quelle est la situation sur le plan médical ?

Les chiffres sont alarmants. En 2025, MSF a enregistré environ 117 840 consultations externes et 56 444 consultations aux urgences dans la région de Mudug. Les admissions pour malnutrition ont explosé : une hausse de 46 % des cas en consultation externe et de 58 % des cas hospitalisés par rapport à 2024.  

Plus de 3 800 enfants ont été pris en charge dans des centres de nutrition thérapeutique ambulatoire, et 2 200 ont nécessité une hospitalisation

Nous avons également traité plus de 56 000 infections respiratoires, près de 16 000 cas de diarrhée aqueuse aiguë et 801 cas de rougeole

« Ce que nous voyons à l'intérieur de nos établissements est le reflet de ce qui ne fonctionne pas à l'extérieur. »  

— Frauke Ossig, responsable opérationnelle de MSF pour la Somalie 

Ces chiffres sont révélateurs. Ils nous montrent que l'accès à l'eau potable, à une alimentation adéquate et à la vaccination ne sont pas garantis en dehors de nos établissements. Des maladies qui auraient ainsi pu être maîtrisées mettent désormais des vies en danger, faute de soins.

Des dizaines de centres de santé et de nutrition ont fermé leurs portes en raison de coupes budgétaires. Quelles conséquences avez-vous pu observer ? 

Cela signifie qu’il n’y a tout simplement plus nulle part où aller. Lorsque les services de première ligne ferment, les gens ne cessent pas d’être malades : ils repoussent simplement le moment de se faire soigner jusqu’à ce que leur état devienne critique. Les coupes budgétaires ont contraint, rien que dans la région du Puntland, des dizaines de centres de santé et de nutrition à fermer ou à faire face à de graves pénuries de personnel et de fournitures. L'offre de consultations prénatales et postnatales a, par exemple chuté en 2025, malgré des besoins croissants. Les possibilités d’orientation vers des spécialistes pour les cas complexes sont également de plus en plus limitées. 

À l'échelle nationale, au moins 4,4 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë grave à la fin de l’année 2025, et 1,85 million d'enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë entre août 2025 et juillet 2026 — parmi lesquels 421 000 cas graves.  

« Lorsque les soins de base contre la malnutrition et les soins de santé primaires se réduisent, les patients doivent parcourir de plus longues distances et faire face à des coûts plus élevés, ce qui augmente le risque de prise en charge tardive et de décès évitables. » 

— Frauke Ossig, responsable opérationnelle de MSF pour la Somalie 

MSF peut fournir des services essentiels : soins ambulatoires, traitements d'urgence, santé maternelle, vaccination et cliniques mobiles desservant les sites d'accueil des personnes déplacées et les villages isolés. Mais elle ne peut remplacer un système qui s'effondre.

Que faut-il faire maintenant ? 

Nous appelons les bailleurs et les acteurs humanitaires à prendre trois mesures urgentes.  

  • Maintenir et développer les services de santé et de nutrition à proximité des lieux de vie des populations. Un financement continu et fiable permet d’éviter la fermeture des structures médicales et favorise une prise en charge précoce — le moyen le plus efficace pour réduire les complications et les décès ; 
  • Renforcer la vaccination systématique et les campagnes de sensibilisation afin d’empêcher que des maladies évitables comme la rougeole ne se propagent davantage au sein de communautés déjà fragilisées ; 
  • Investir dans l'eau potable et l'assainissement en réparant les puits et développant l'approvisionnement en eau par camion-citerne, afin de réduire les cas de maladies diarrhéiques et de soutenir les progrès en matière de nutrition. 

« Nos données pour 2025 montrent déjà que le système est soumis à une pression considérable. Si nous ne changeons pas de cap dès maintenant, la situation s’empirera en 2026. »  

— Frauke Ossig, responsable opérationnelle de Médecins Sans Frontières pour la Somalie 

Si ces mesures sont retardées, l'issue est claire : les déplacements de population se poursuivront, davantage d'enfants arriveront dans un état critique, les épidémies se propageront et le nombre de décès évitables augmentera. Il est encore temps d'agir, mais le temps presse.

Notes

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