Nigeria : la saison des pluies accentue le risque d’épidémie et d’insécurité alimentaire
Au Nigeria, la saison des pluies, de mai à septembre, aggrave la crise sanitaire dans le pays. Chaque année, dans le nord-ouest du pays particulièrement, les fortes pluies sont à l’origine de propagation de maladies hydriques, d’insécurité alimentaire et de risque d’inondation. Cela est accentué par des années de violences armées dans l'État de Zamfara, marquées par des enlèvements, des raids sur des villages, des vols de bétail et des embuscades qui ont détruit les moyens de subsistance de la population et ont restreint l’accès aux services de santé essentiels. Médecins Sans Frontières (MSF) revient sur les risques liés à cette saison et ses actions pour lutter contre les épidémies et répondre aux urgences dans le pays.
La hausse des risques de maladies hydriques
Lorsque l'eau de pluie s'accumule dans des flaques d'eau stagnante, elle crée des conditions idéales pour la prolifération des moustiques vecteurs de maladies. Les cas de paludisme se multiplient, des épidémies de choléra se déclarent et d'autres maladies d'origine hydrique, comme la fièvre typhoïde, se propagent rapidement. Ces maladies touchent en particulier parmi les personnes les plus vulnérables telles que les femmes enceintes et les enfants.
« La saison des pluies a un impact sur la manière dont nous prenons en charge les patients », explique Sani Adamu, responsable des soins infirmiers à l’hôpital de MSF à Zamfara.
« Dans les régions où l'assainissement est insuffisant et où les sources d'eau ne sont pas sûres, l’eau contaminée peut-être à l’origine d’une propagation de maladie », ajoute Sani Adamu. « Les inondations emportent les déchets, les ordures et les matières fécales vers les sources d'eau, favorisant ainsi la propagation de maladies d'origine hydrique. Les enfants jouent dans cette eau, les familles l'utilisent, et les gens tombent malades. La surpopulation aggrave encore davantage cette propagation. »
La saison des pluies est également marquée par l’augmentation de maladies à transmission vectorielle, c’est-à-dire transmises par un animal. C’est ce dont témoigne Hadiza Malami : « Pendant la saison des pluies et de la chaleur, les cas de paludisme sont plus nombreux, car les moustiques sont partout. »
La saison des pluies augmente le risque de mortalité
Pour des familles comme celle de Rakiya Usman, qui vit dans la commune de Shinkafi, ces risques font partie du quotidien. Son petit-fils, Auwalu Biliya, est tombé gravement malade de la fièvre typhoïde. Il a développé de sévères complications et a été transféré à l’hôpital général de la zone de gouvernement local (LGA) de Zurmi, soutenu par MSF, pour y subir une intervention chirurgicale vitale.
« La perforation due à la typhoïde est causée par des bactéries transmises par l'eau ou des aliments contaminés », explique Sani Adamu. « Il est essentiel de traiter rapidement la maladie. Si le traitement est retardé, l'intestin peut se perforer, ce qui entraîne une affection grave. À ce stade, les complications peuvent être mortelles, et la chirurgie est la seule option possible ».
Auwalu Biliya a reçu des soins à temps, mais de nombreuses personnes arrivent trop tard – ou pas du tout - entraînant des conséquences mortelles.
La malnutrition et la maladie : un cycle dangereux
La saison des pluies coïncide également avec la période de disette sur le plan agricole. À ce moment de l’année, les réserves alimentaires des ménages sont épuisées et les nouvelles récoltes ne sont attendues que dans plusieurs mois. La sous-alimentation affaiblit les systèmes immunitaires, rendant même les maladies courantes mortelles.
« Tout le monde est touché, mais les enfants âgés de moins de 15 ans et les femmes enceintes sont les plus vulnérables », informe Sani Adamu.
Pour beaucoup de familles, déjà déplacées à cause des violences, la faim et la maladie ont des conséquences graves, qui mettent leurs vies en danger.
Les obstacles à l’accès aux soins de santé
Face à l'aggravation de la malnutrition et à l'exposition aux maladies, un accès rapide aux soins de santé est essentiel. La plupart des maladies et des décès survenant pendant la saison des pluies pourraient effectivement être évités.
Pourtant, pour beaucoup, celui-ci reste hors de portée, pour plusieurs raisons :
- L'insécurité limite les déplacements et isole certaines zones ;
- L’éloignement des établissements de santé ;
- Le manque d’effectif et d’équipements des établissements de santé ;
- Les routes inondées et les ponts endommagés ;
- Le coût des transports et des soins oblige de nombreuses familles à retarder leur prise en charge ou à se tourner vers des soins informels.
Saratu Abdullahi est la mère de Jamila, qui est tombée malade après des déplacements répétés. Le trajet pour se rendre dans un centre de santé opérationnel coûte 10 000 nairas, une somme qu’elle a peinée à réunir.
Elle témoigne de l’ampleur de la situation : « Pendant la saison des pluies, beaucoup d’enfants contractent le paludisme. À peine l'un d'entre eux est-il guéri qu'un autre tombe malade. Il arrive même que trois de vos enfants soient malades en même temps, et vous ne savez plus quoi faire ».
La réponse de MSF pendant la saison des pluies
Chaque année, MSF intensifie son action dans le nord du Nigeria afin de répondre à l'augmentation prévisible des besoins médicaux pendant la saison des pluies :
- En lançant des interventions d'urgence ;
- En augmentant le nombre de lits disponibles ;
- En renforçant ses services pour faire face à l'afflux de patients.
L'organisation gère ou soutient quatre établissements de santé destinés à traiter les maladies liées à la saison des pluies et au pic saisonnier de malnutrition.
En 2025, MSF a pris en charge 136 778 patients atteints de paludisme et 13 877 atteints de choléra à Zamfara.
Dans l’Etat de Zamfara, MSF a traité 60 566 enfants pour malnutrition en 2025.
« Il est essentiel de prendre des mesures préventives avant et pendant la saison des pluies. Sensibiliser davantage les communautés, améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, et mener des campagnes de vaccination sont autant de moyens de réduire l’impact des maladies », explique Sani Adamu. « Les établissements de santé doivent également être correctement équipés et soutenus afin de pouvoir diagnostiquer et traiter les patients rapidement et efficacement ».