Crise humanitaire en Somalie : 5 faits essentiels pour comprendre l'urgence en 2026

Des femmes transportent des bidons alors qu'elles reviennent du point de distribution d'eau du camp de personnes déplacées de Banban, à Baidoa, en Somalie.
Des femmes transportent des bidons alors qu'elles reviennent du point de distribution d'eau du camp de personnes déplacées de Banban, à Baidoa, en Somalie. © Bishar Mayow/MSF

Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient en raison de la position stratégique de la Somalie par ses routes maritimes, au carrefour entre le continent africain, le Moyen-Orient et l’océan Indien, une crise humanitaire majeure s'aggrave à l'intérieur du pays à un rythme alarmant. Derrière les enjeux sécuritaires, des millions de Somaliens font face à une réalité brutale : sécheresses, insécurité alimentaire sévère et effondrement des services de santé de base. La crise est également aggravée par une baisse drastique des financements de l’aide internationale, alors même que les besoins n'ont jamais été aussi importants. Sur place, Médecins Sans Frontières (MSF) continue d’apporter une aide humanitaire à la population. Voici cinq faits pour comprendre l’urgence actuelle en Somalie.

La sécheresse détruit les moyens de subsistance et oblige les familles à fuir 

Les dernières saisons des pluies peu abondantes et la hausse des températures — en particulier au Puntland et dans l'État du Sud-Ouest — ont asséché les puits et les pâturages, entraînant une flambée des prix de l'eau

Les familles sont désormais contraintes de compter sur l’eau acheminée par camion, à des coûts inabordables. Parallèlement, la forte mortalité du bétail et l’effondrement de la production agricole ont anéanti leurs principales sources de revenus. 

En conséquent, des milliers de familles ont été forcées d’abandonner leurs foyers pour rejoindre des camps de personnes déplacées surpeuplés autour de villes comme Baidoa et dans la région de Mudug, à la recherche d’eau, de nourriture et de soins de santé.

Des millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë 

En 2024, les équipes de MSF ont pris en charge 18 066 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère en Somalie, marquant une hausse inquiétante par rapport à l'année précédente.

Après quatre saisons des pluies consécutives qui ont échoué, l'ONU a estimé que 4,4 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire critique en 2025. Parmi elles :

  • 1,85 million d'enfants de moins de cinq ans ont été exposés à un risque de malnutrition aiguë. 
  • 421 000 enfants souffraient d’une malnutrition aiguë sévère. 

Parallèlement, plus de 3,3 millions de personnes ont été déplacées, mettant à rude épreuve les ressources déjà limitées et les services de base des communautés d’accueil.

L'effondrement alarmant du financement de l’aide internationale 

La crise humanitaire en Somalie est exacerbée par un manque de soutien financier sans précédent. Le plan d’intervention actuel de l’aide internationale, conçu pour venir en aide à des millions de personnes, n’a reçu que 20 % des fonds nécessaires. Sur les 1,42 milliard de dollars requis, seuls 288 millions ont été débloqués.

En raison de ces coupes budgétaires, le plan a été réduit de 75 %, faisant chuter le nombre de bénéficiaires de six millions à seulement 1,3 million.

Des services de santé et de nutrition au bord de la rupture

À mesure que les financements s'amenuisent, les établissements de santé sont obligés de fermer. Depuis le début de l'année 2025, plus de 200 centres de santé et de nutrition ont fermé leurs portes à travers le pays, privant 1,7 million de personnes de soins.

Les impacts sont majeurs : 

  • En seulement six mois, le nombre de centres de traitement de la malnutrition est passé de 775 à 629.
  • Des pénuries de fournitures essentielles telles que le lait thérapeutique destiné aux enfants souffrant de malnutrition sévère.
  • Une recrudescence des maladies évitables telles que la rougeole, la diphtérie et la diarrhée aqueuse aiguë.

Le rôle de MSF : une intervention vitale qui peine à combler le fossé

MSF continue de prodiguer des soins vitaux dans les zones de Baidoa et la région de Mudug : soutien aux hôpitaux, gestion de centres de traitement de la malnutrition, services d’urgence médicale, et déploiement de cliniques mobiles pour atteindre les communautés isolées.

Toutefois, les besoins dépassent rapidement les capacités disponibles. Les équipes de MSF ont constaté :

  • Une hausse de 32% des décès chez les enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë dans les structures soutenues par MSF. 
  • Une forte aggravation de la situation, avec une hausse de 146 % des traitements en hospitalisation (ITFC), alors que le nombre d’admissions est resté stable. 

Allara Ali, coordinatrice de projet MSF en Somalie, explique : « Nous voyons des enfants arriver dans nos hôpitaux dans un état critique, souvent après des voyages de plusieurs jours sans nourriture ni eau. La sécheresse n’a pas seulement asséché les puits, elle a érodé tout le réseau de soutien sur lequel comptent les familles. Nos équipes travaillent sans relâche pour traiter la malnutrition sévère et les épidémies de rougeole et de diphtérie, mais nos capacités sont poussées à leurs limites. Les gens sont épuisés ».

Entre le 13 décembre 2025 et le 31 janvier 2026, MSF a distribué 12 410 000 litres d’eau potable, mais les besoins restent bien supérieurs à la réponse actuelle.

Notes

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